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Patrimoine. Il était une fois Tioumliline
Coup de gueule. Nouvelle scène "patriotique"
N° 344
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Wafaa Lrhezzioui

Patrimoine. Il était une fois Tioumliline

Les moines avait ouvert un
dispensaire avec des consultations
pédiatriques.
(JEAN-CLAUDE LAFFITTE)

Le monastère bénédictin, à quelques kilomètres d’Azrou, tombe en ruine depuis près de 40 ans. Retour en images sur l’un des hauts-lieux culturels des années 50/60.


Bienvenue chez les moines

A l’automne 1952, une vingtaine de moines bénédictins quittent le sud de la France pour s’installer au cœur du Moyen-Atlas, à 4 km d'Azrou. Le monastère de Tioumliline est bâti en pleine forêt, à 1600 mètres d’altitude, et porte le nom de la source qui alimente Azrou. Les pères de
Tioumliline constituent la première communauté de religieux chrétiens qui s’établit au Maroc, pour y mener une vie monastique faite de prière, de travail, de silence et d’austérité. Aujourd’hui, les trois bâtiments qui composent le monastère tombent en ruine. Les toits sont éventrés, les vitres brisées, les murs fissurés. Seuls quelques bergers squattent le pensionnat, où caquètements et bêlements ont remplacé les cris des enfants.

Au service du peuple
Loin de vivre reclus, les moines recueillaient et élevaient, parmi les enfants du pays, une cinquantaine d’orphelins. Un dispensaire, dirigé par un moine médecin, soignait également la population des environs avec des consultations en pédiatrie et puériculture. Le monastère était également un lieu d’hébergement pour les visiteurs de passage. Il comptait 17 chambres d’hôtes, ainsi que des petits bungalows, qui en faisaient un camp d’accueil à la belle saison. Lycéens en session de rattrapage, pèlerins et visiteurs s'y côtoient. “En plus des hommes politiques qu’ils hébergeaient, les pères n’hésitaient pas à apporter nourriture et boissons aux condamnés aux travaux forcés”, se souvient l’ancien pensionnaire, Saïd Bilali, dans son ouvrage Entre le baume et la blessure (Editions Okad, 2006).

Centre intellectuel
a partir de 1956, de nombreuses conférences internationales se tiennent dans le monastère de Tioumliline, organisées par les pères et animées par d’éminents intellectuels. Education et développement sont souvent au menu de ces discussions qui accueillent de hauts responsables marocains ou étrangers. Nationalistes et artistes s'y retrouvent à l’ombre des cèdres, parmi eux un certain Mehdi Ben Barka ou encore le peintre Jilali Gharbaoui, qui possèdait un atelier sur place. Mais le monastère était aussi un centre intellectuel pour les plus jeunes. L’importante bibliothèque, ramenée de France, est gracieusement mise à la disposition des lycéens d’Azrou par les bénédictins de Tioumliline. Aujourd’hui les rangées de livres ont laissé place aux tas de fumier et aux moutons.

Une reconversion abandonnée
Havre de paix et de verdure, le monastère de Tioumliline fut aussi un espace de liberté pour les collégiens d’Azrou, ce qui n’était pas sans déplaire aux acteurs politiques de l’Istiqlal. Prétextant une volonté de convertir au christianisme, le monastère fut fermé en 1968. Les membres de l’Association des anciens d’Azrou, reçus par Hassan II, avaient fait part au roi d’une demande pour transformer le monastère fermé en une école des Eaux et Forêts, comme le raconte Mohamed Benhlal dans son ouvrage Le collège d’Azrou, la formation d’une élite berbère civile et militaire au Maroc (1927-1959) (Editions Karthala et Ireman). L’auteur relate l’enthousiasme de Hassan II, mais aussi son choix d’implanter finalement l’école à Salé, laissant Tioumliline à l'abandon.



Jean-Claude Laffitte. Le Maroc à l’objectif

À 54 ans, Jean-Claude Laffitte a traîné ses guêtres de photojournaliste un peu partout, de l’agence parisienne Viva à la presse régionale française. Mais le goût de la photo reprend ses droits et ses premiers séjours au Maroc commencent au milieu des années 80. Installé depuis une dizaine d’années, Jean-Claude Laffitte n’a de cesse de balader son appareil photo dans le royaume. Des clichés argentiques aux montages numériques, ses productions sont notamment dans le Maroc à Contre-jour (Edition Marsam, 2006). Depuis, il a concocté une série de portraits de poètes du Maroc, exposée dans plusieurs Instituts français, et réalisé des catalogues d’expositions de peintres marocains. Avec Saïd Bilali, natif du Moyen-Atlas, il a entamé “un parcours poétique libre sur la région d’Azrou”, qui l’a amené à découvrir le monastère de Tioumliline. Les photos qu’il en a ramenées sont pour lui comme “un cri du cœur afin de sauver ce patrimoine”.

 
 
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