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Par Meriem El batoul Reggab
Coup de gueule. Nouvelle scène patriotique
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Fnaïre, le groupe emblématique
du rap taqlidi.
(TNIOUNI)
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On croyait la page de la chanson patriotique tournée depuis une décennie. Erreur : elle revient en force, sous les bras de cette fameuse nouvelle scène musicale.
Depuis quelque temps, je narrive même plus à allumer la radio, de peur de tomber sur une nouveauté. Je ne sais pas d'ailleurs si on peut appeler cela une nouveauté, car, ces derniers temps, les nouveautés musicales ont un goût de vieux. Encore une fois, je me retrouve à écouter un groupe marocain, un de plus, qui rappe de toutes ses |
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tripes sur un énième morceau pseudo-patriotique ! Du radotage au niveau des textes, et toujours la même recette, faite d'une succession de mots-clés quon dirait imposés par je ne sais qui : Je suis marocain, Maroc, drapeau, Tindouf
Il y a même un groupe qui a fait du nationalisme un créneau !
Au premier morceau, je me suis dit que ce nétait pas grave, qu'il faut de tout pour faire un monde musical. Mais là, ça fuse de partout ! Mais quelle mouche les a piqués ? Une décennie de moins et je me serais interrogée sur le montant du chèque qu'ils ont reçu ! Le plus étrange, cest lirruption brutale sur la scène musicale de cette fièvre chauvine. On dirait quils viennent tous de sortir dun état comateux et de se rappeler subitement quils étaient marocains, et que notre drapeau est rouge avec une étoile veeeeyyyyeeeeyerrrte, comme chanterait lartiste. Situation dautant plus révoltante lorsquon connaît lhistoire musicale du pays. Nos dirigeants politiques d'hier avaient compris que la culture éduquait les gens, les libérait. Ils lont du coup tout simplement bannie.
LBoulevard et les 14
À la fin des années 90, LBoulevard des jeunes musiciens a donné la parole à des jeunes, qui ont reconstruit, petit à petit, une scène musicale dynamique, fraîche et engagée. Celle-ci a évolué dannée en année, jusquen 2003, quand le ton est annoncé.
On tend à loublier, mais il y a encore 5 ans, 14 jeunes musiciens ont payé cher le prix de la liberté dexpression au Maroc. Ils ont écopé dune peine de prison allant dun mois à 45 jours, avant qu'un soutien imprévisible ne se dresse pour obtenir une double victoire : la libération des 14 et la libéralisation de lexpression musicale !
À partir de cette année, la porte sest entrouverte, L'Boulevard a déménagé dune salle qui supportait 500 personnes pour un stade de rugby. Les groupes se faisaient connaître, les tabous se brisaient peu à peu, jusqu'à larrivée du fameux Bigg, qui a carrément cassé le moule avec ses paroles revendicatives, son langage cru, débarrassé de toute autocensure. Bien évidemment, ses chansons ont trouvé leur public. Des groupes, totalement exclus il y a encore quelques années, dont certains membres ont même fait de la prison pour délit d'opinion, font à nouveau vibrer les masses dans les festivals
financés par le gouvernement !
Les radios diffusent leurs chansons, les marques les sollicitent pour des publicités, et certains arrivent même à vivre de leurs créations ! Après tant de sacrifices, les conditions tant attendues, pour la naissance d'une vraie scène musicale, commencent à se mettre en place. Tout cela pour que des artistes se remettent à pratiquer du lèche-botte, par choix, même pas par contrainte ! Pourquoi ?
La grande désillusion
La désillusion est énorme, lattitude et le discours incompréhensibles. Si un artiste est en panne dinspiration pour sexprimer sur la situation actuelle du Maroc (qui est à mon avis une terre dinspiration extrêmement fertile), il na quà parler damour, de football, ou du temps qui passe ! Les musiciens sont censés représenter la jeunesse, sur laquelle ils ont plus d'impact que les politiciens ! Et cette jeunesse souffre dune crise identitaire aiguë, vacillant entre modernité et tradition, éparpillée entre extrémisme religieux, drogue et immigration clandestine. Je nai alors quune question à poser à ces groupes : cest quoi être marocain ?
On commençait à peine à savourer la disparition de pseudo-poètes qui investissaient le petit écran pour célébrer, pêle-mêle, la royauté, le pays, ses montagnes, ses mers
Et voilà que des musiciens, sur lesquels tant de jeunes comptaient pour chanter notre triste réalité, promouvoir et renforcer la liberté dexpression, sont tentés par la démagogie. Heureusement, il y a encore quelques rares groupes qui continuent à faire leur travail dartistes engagés et à traduire lurgence !
Et aux auteurs remarquables des Hna msselmine aândna ktab ou dine (Nous sommes musulmans, nous avons un livre et une religion), je nai envie de dire quune chose : Et après ?. |
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