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Psychanalyse ou schizoanalyse ?

J’ai parcouru avec intérêt l’article “Arabes, êtes-vous mabouls ?” (TelQuel n° 343). La lecture faite de l’ouvrage du psychanalyste Jalil Bennani montre que la psychanalyse a eu du mal à pénétrer dans notre système totalitaire où religion et mythomanie fusionnent pour façonner notre Surmoi collectif. En effet, aborder la psychanalyse signifie se plonger dans l’inconscient dominé par la pulsion sexuelle. Toutefois, chez nous le sexe est réprimé, le désir est castré, le plaisir est culpabilisé et le résultat de la somme en fait une foule de névrosés inanalysables et incompatibles avec les lois freudiennes. Par ailleurs, ce rapport de la répression du pouvoir sur le sexe transforme la névrose sexuelle en une forte dissociation psychique qui provoque des maladies telles que la schizophrénie, la psychose, etc. Dans notre langage, on appelle cette sorte de maladie L’hbal (d’où le maboul), mais avec des raisons socioculturelles différentes et autres religieuses, voire surnaturelles (djinn, diable…) qui compliquent la tâche de la psychiatrie. Faute d’analyse scientifique de ces cas, les malades se transforment, sous l’effet de la seringue, en des loques condamnées à l’errance à perpétuité sur la voie publique. D’autre part, rappeler que “la psychanalyse, c’est la démocratie”, seulement parce que celle-ci vise à guérir le névrosé de sa dépendance et son assujettissement à son Surmoi, n’est pas le sens exact de la phrase. La démocratie serait plutôt de garantir la guérison à tous les malades en assurant leur accueil dans des conditions humaines, en les traitant avec dignité et respect de leur personne, en les soignant par la pharmacothérapie, et surtout en les libérant effectivement du joug de papa-maman qui sont des substituts des forces dictatrices et non pas le contraire, comme le dit Œdipe de Freud. Etre maboul ou ne pas l’être, ce n’est pas là la question. C’est, au contraire, dans la libération de cette folie que réside la vraie question. Il lui faut détruire des murs dans sa tête et, par une sorte de schizoanalyse, se libérer des préjugés de la société pour retrouver son désir dans un ensemble illimité de possibilités. Amen.

Mohamed Kessar, Ouarzazate.



Erratum.
Dans l’article intitulé “Finlande, le Columbine nordique” (TelQuel n°340, p32), le nom de Matti Vanhanen, Premier ministre finlandais, avait malencontreusement remplacé celui de Matti Juhani Saari, sur la légende accompagnant le texte.
 
 
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