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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Inondations. L’heure des comptes

En quelques heures, les eaux
boueuses ont envahi les
artères de Fnideq.
(DR)

Le bilan des intempéries s’alourdit de jour en jour. Alors qu’on s’attend à une nouvelle vague de pluies diluviennes, les habitants des zones sinistrées protestent contre la lenteur des secours. Arrêts sur images.


La pluie a encore frappé. Dans la nuit du dimanche 19 octobre, huit personnes sont mortes à cause des averses torrentielles qui s’abattent sur le royaume depuis le début du mois. Selon la version officielle, cinq personnes parmi les victimes ont été emportées par des oueds en crue,
les trois autres ayant été tuées par la foudre. Ces huit décès viennent s’ajouter aux onze morts enregistrés deux semaines plus tôt dans les régions sinistrées : Errachidia, Imintanout, Chichaoua, Missour, Nador… “Le bilan risque d’être encore plus lourd”, prévient Mohamed Anaflous, correspondant de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Imintanout. Et pour cause : “On ne sait toujours pas ce qui se passe dans certains douars, devenus inaccessibles à cause des intempéries. Avec la décrue des oueds, il est fort probable qu’on découvre de nouveaux cadavres”, prévient-il. Les inondations provoquées par les précipitations ont également fait des dégâts matériels considérables : des douars entiers ont été rayés de la carte, des centaines de maisons détruites, des ponts détruits, des routes endommagées, des cheptels décimés et des récoltes arrachées… Selon Mohamed Belaouchi, responsable de la communication à la direction de la météorologie nationale, “le Maroc a été en contact avec des nuages qui ont la particularité d’être très denses : ils donnent de très fortes précipitations en un très court laps de temps”. Ceci expliquerait le caractère exceptionnel des pluies, largement supérieures à la moyenne habituelle de ces quarante dernières années.

Des aides au compte-gouttes
Devant l’ampleur du désastre, Mohammed VI a pressé son ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, de tenir une réunion de crise, à laquelle ont pris part de nombreux ministres et hauts responsables sécuritaires du royaume. But de cette rencontre au sommet : mettre en place un plan d’urgence pour venir en aide aux populations dans les zones sinistrées. “Tous les moyens de l’Etat ont été mis à contribution, même l’armée, ce qui est en soi une première, nous a expliqué le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri. Les premières mesures entreprises consistaient à rallier les régions touchées pour qu’elles ne restent pas isolées. Ensuite, nous avons mis à disposition des victimes une aide médicale, des tentes, des couvertures et des produits de première nécessité”. Le dispositif semble enclenché, mais les résultats tardent à se faire sentir, provoquant la colère des populations. Ainsi, à Nador, environ 3000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester leur colère et dénoncer le retard et la “légèreté” des secours. Les habitants d’Imintanout sont également montés au créneau. La semaine dernière, 4000 manifestants ont bloqué la route reliant Marrakech à Agadir. “L’aide se fait toujours attendre, accuse cette source locale. Tout ce que nous avons reçu, c’est un peu de thé, du sucre ou de l’huile et quelques couvertures”. Une bien maigre consolation… “Est-ce tout ce qu’on vaut aux yeux de l’Etat ?”, s'interroge notre source. Et le pire est peut-être encore à venir. Car Dame Nature ne s’annonce pas plus clémente. D’après les prévisions météorologiques, il risque encore de pleuvoir abondamment, surtout dans les régions nord du pays et la région du Rif. Et vu que les sols regorgeant d’eau sont arrivés à saturation, la pluie tant crainte pourrait au final déferler, et causer encore plus de dégâts, humains et matériels.

 
 
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