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Par Wafaa Lrhezzioui
Maroc-UE. Statut avancé, mode demploi
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Bernard Kouchner et Taïb Fassi
Fihri, les deux ministres des
Affaires étrangères, tous sourires.
(AFP)
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Le Maroc a enfin obtenu le très convoité statut avancé auprès de lUnion Européenne. Un événement qui, sans changer dans l'immédiat le quotidien des Marocains, représente un pas important. Décryptage.
Lévénement ne fera probablement pas date dans l'histoire du royaume. Le 13 octobre se tenait la 7ème session du Conseil d'association entre l'UE et le Maroc. Une rencontre un peu particulière, puisque, après des années d'attente, l'UE a enfin accordé au Maroc ce très attendu statut avancé. Mais quelles avancées, justement, apporte ce nouveau texte ? Explications, en huit points.
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1. Une coopération politique renforcée
Plus quun partenariat : le leitmotiv, martelé par le Maroc, a porté ses fruits. Avec le statut avancé, les relations politiques acquièrent une dimension institutionnelle. La concertation sera plus régulière et plus rigoureuse, note luniversitaire marocain Larabi Jaïdi. Pour ce faire, des sommets annuels sont prévus entre les chefs dEtat, cest-à-dire entre le roi du Maroc et les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne. Et pour tisser des liens plus informels, les ministres ou hauts fonctionnaires marocains participeront à de nombreuses réunions européennes. Sajoute une porte ouverte pour le Maroc au sein de nombreuses agences européennes. Une belle perspective, car ce sont les lieux où se définissent les politiques de lUnion à léchelle sectorielle, rappelle Larbi Jaïdi. Le Maroc participera au choix, à Europol (police), à Eurojust (justice), à l'Agence européenne de la sécurité aérienne ou encore à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Nous nous plaçons sur un strapontin dans le processus intracommunautaire pour les décisions stratégiques, notamment de politique de sécurité et de défense, résume avec un certain sens de l'allégorie cet observateur.
2. Un atout diplomatique... potentiel
Lobtention du statut avancé est une première pour un pays non-européen, alors que dautres sont candidats, comme lUkraine ou Israël. Le Maroc a le même statut que la Norvège ou la Suisse. Il fait partie du dernier cercle avant ladhésion, commente Hassan Abouyoub, ancien ambassadeur du Maroc à Paris. Une avancée symbolique qui vaut son pesant de poids diplomatique. Et la réaction du Front Polisario na pas tardé. Dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy, Mohamed Abdelaziz a affirmé que le statut avancé est porteur de réels dangers pour l'avenir du Sahara occidental. Dans sa déclaration, lUE annonce, de son côté, soutenir les négociations de Manhasset, appelant les deux parties à faire preuve de réalisme et desprit de compromis. Mais le fait que, désormais, des diplomates marocains puissent assister aux discussions de leurs homologues européens aux Nations Unies est un avantage considérable, selon ce vieux routier de la politique étrangère. Car, la concertation dans les organisations internationales est un élément-clé du statut avancé.
3. Une zone de libre-échange élargie
Les amateurs de grosses cylindrées le savent. Dès 2012, les droits de douane sur l'importation de véhicules automobiles seront nuls, en vertu de laccord dassociation signé en 1996 et en vigueur depuis 2000. LUnion européenne est déjà le premier partenaire commercial du Maroc, ayant représenté 66,3% de ses échanges en 2007. Mais le statut avancé va plus loin. Une des grandes avancées réside dans louverture de la zone de libre-échange à dautres secteurs, comme les produits agricoles ou les services, parmi les plus attendus par les entrepreneurs marocains. La libéralisation des mouvements de capitaux et laccès aux marchés publics sont également à lordre du jour. À terme, le Maroc intégrera tout simplement le marché intérieur européen.
4. Un outil de développement ?
Ces avancées doperont-elles la croissance ? La zone de libre-échange ne sera bénéfique que si louverture est progressive et asymétrique, soutient cet économiste. Le démantèlement des droits de douane pour les produits importés doit être plus tardive que celui des produits exportés. Autre exemple, limportation au Maroc des fruits et légumes doit précéder celle de produits stratégiques comme les céréales, lhuile ou le sucre. Avec une totale libéralisation des importations et des exportations, les Marocains ne risquent-ils pas de consommer plus de produits étrangers et réduire ainsi les gains obtenus avec une hausse des exportations ? La question ninquiète nullement Hamad Kessal, vice-président de la CGEM. Nous restons compétitifs avec notre main-duvre bon marché. Mais la concurrence sur le marché local doit se faire en termes de qualité. Louverture va booster loffre, car au Maroc, on n'innove que sous la contrainte, estime-t-il. Quid de la démocratisation du pays ? Le statut avancé impose beaucoup de contraintes et le Maroc va subir lévaluation de ses pairs. Nous sommes astreints à jouer dans la cours des grands, analyse cet observateur. Et dajouter : Et ce nest pas un cadeau que nous fait lEurope.
5. Une harmonisation législative
Pour permettre une libéralisation totale des échanges entre le Maroc et lUE, le statut prévoit aussi lélimination des restrictions non tarifaires, à savoir les normes de qualité techniques, sanitaires, environnementales ou de protection sociale imposées aux produits importés (emballage recyclable, travail des enfants, traçabilité des produits animaux
). Ces restrictions sont les plus difficiles, car elles ne sont ni homogènes ni quantifiables, commente Hamad Kessal. Pour y remédier, les normes européennes devront être transféré en droit marocain, détaille Larabi Jaïdi. Dans le même sens, un jumelage administratif est prévu. Lopération, mise en place dans les pays pré-adhérents, permet à chaque administration de négocier luniformisation de ses règlements.
6. Davantage daides européennes ?
Pour aider le Maroc à réaliser les réformes énoncées, lUnion Européenne devrait accroître son aide au royaume. Symboliquement dès 2011 et significativement à partir de 2014. Car les fonds d'aide européens sont planifiés jusquen 2010, dans le cadre de la politique de voisinage dont le Maroc est actuellement le premier bénéficiaire, avec 654 millions d'euros pour la période 2007-2010. LUE fera un geste pour le plan 2011-2013, mais la véritable hausse devra attendre la négociation dun nouveau budget européen pour 2014, indique Bruno Dethomas, ambassadeur de la Commission européenne au Maroc.
7. Limmigration, la grande absente
Dans les 37 points de sa déclaration sur le statut avancé, lUnion Européenne se félicite, soutient, apprécie et salue (la consolidation des droits de lhomme, la bonne organisation des élections, la lutte contre le terrorisme
). Seule une fois, lUE regrette. C'est sur le sujet de limmigration. Le statut avancé nest pas suffisamment ambitieux sur la gestion des flux migratoires, a précisé Hugues Mingarelli, directeur général adjoint des relations extérieures à la Commission européenne. Le Maroc et lEurope négocient en effet depuis des années sur la facilitation de loctroi de visas, en échange de la réadmission au Maroc des immigrés illégaux subsahariens qui ont transité par le royaume. Mais le Maroc continue à résister à la pression européenne. Pour le moment
8. Une feuille de route, pour aller où ?
Le statut avancé nest pas une arrivée, mais un nouveau départ, à létage supérieur, explique Bruno Dethomas. Car si laccord dassociation entre le Maroc et lUnion Européenne est juridiquement contraignant, le statut avancé na quune valeur formelle. Cest, en langage diplomatique, une feuille de route. Sous la forme dune déclaration commune entre les deux entités, elle liste les domaines où les relations sont à améliorer. Le statut avancé ouvre des perspectives, mais tout est encore à construire, opine Larabi Jaïdi. Du côté officiel marocain, loptimisme est de rigueur. Le ministre des Affaires étrangères, Taïb Fassi Fihri, a notamment déclaré espérer un nouvel accord formel après 2013. Pour lheure, le statut avancé est le plus grand pas franchi par le Maroc depuis lindépendance, se félicite Hassan Abouyoub. |
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