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N° 344
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Serraji,
correspondance de Montréal

Canada. Des Marocains dans le vent

(DR)

Bardés de diplômes et d’expériences nord-américaines, de plus en plus de Marocains préparent leur retour. Une opportunité pour les grosses entreprises du royaume qui ont fait le déplacement à Montréal. Reportage.


Samedi 11 octobre 2008. Le Palais des congrès de Montréal accueille le forum Careers in Morocco : une vaste opération de séduction initiée par le gotha du capitalisme chérifien. Une vingtaine de grosses boîtes du royaume ont fait le déplacement pour faire les yeux doux à la crème de
la matière grise marocaine expatriée. Une première qui fait recette. Près de 1500 cadres marocains installés au Canada et étudiants fraîchement diplômés ont répondu présents. “La fréquentation dépasse nos attentes de moitié”, se ravissent les organisateurs.

Alors que le royaume subit une véritable hémorragie due à la fuite des cerveaux vers l’Occident, la frénésie du retour est, ici, palpable sur les visages. “L’attachement à la mère-patrie et à la famille est une véritable motivation”, explique Hicham, analyste financier d’une importante société d’infrastructure à Montréal.” Le jeune homme a déjà connu une mauvaise expérience de retour au Maroc après un premier diplôme décroché en France, avant de mettre plus tard le cap sur le Canada. “La première fois, la pression sociale et le manque de civisme ambiant m’ont poussé à l’immigration. Aujourd’hui, si je décroche un travail bien rémunéré qui me permette en même temps d’aider mon pays à progresser, je passerai outre les tracasseries locales”, précise Hicham.

Profils à la page
Dans les allées du forum, la plupart des participants considèrent l’attachement au pays d’origine comme une raison fondamentale au retour. D’autres immigrants, par contre, issus de la deuxième génération, invoquent la quête identitaire. “Immigrée au Canada avec mes parents à l’âge de douze ans, je suis tentée par un retour au Maroc pour retrouver mes racines, même si j’appréhende mal cette expérience ! J’aimerais régler concrètement cette question, une fois pour toutes”, confie Yasmine Smires, 26 ans, spécialiste en communication. Autre cible des recruteurs, les étudiants marocains à l’étranger qui avaient un seul objectif en quittant le pays : étoffer leur CV à l’étranger avant de retourner définitivement au pays. “Dans ma tête, c’était clair dès le départ. Je m’expatrie pour décrocher un bon diplôme, accumuler assez d’expérience et retourner rouler ma bosse au Maroc”, explique limpidement Jalil, titulaire d’un bachelor (licence) en administration des affaires de l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) de Montréal et analyste financier au cabinet d’audit Deloitte.

Une valeur ajoutée
Cette battue orchestrée à l’étranger par le cabinet de capital humain Lycom, basé à Londres, cible “les compétences et talents marocains établis en Europe et en Amérique du Nord, dans le cadre d’une stratégie nationale initiée par le roi Mohammed VI pour favoriser le retour des compétences et soutenir le développement du Maroc”, explique Hamza Idrissi, responsable du projet. Même son de cloche chez les recruteurs qui ont pris part au forum : “Le Maroc est sur le bon chemin et les banques sont au cœur du processus, Nous sommes sérieux dans notre quête de professionnels marocains à l’étranger pour les convaincre d’intégrer notre institution comme source d’idées nouvelles et accélérateur de développement”, affirme Anas Zermouni, responsable du département de développement des ressources humaines à la BMCE.

“Nous manquons de compétences à même d’apporter une valeur ajoutée internationale à notre groupe. Nous opérons dans une économie globalisée et hautement concurrentielle, ce qui nous oblige à dénicher la compétence marocaine là où elle se trouve dans le monde”, analyse de son côté Saïd Alarja, directeur général d’Ynna Asment, du groupe Chaabi.

Double séduction
Participants et recruteurs se prêtent alors à une sorte de “speed jobbing” : en une quinzaine de minutes, le candidat doit laisser une bonne impression et le recruteur s’assurer d’avoir déniché l’oiseau rare. “C’est une aubaine de rencontrer plusieurs contacts en un seul endroit, et en une seule journée”, lance Hicham. Dans la bonne humeur, les candidats supportent jusqu’à une heure d’attente avant de défiler devant de possibles employeurs. “Depuis le matin, nous avons reçu une centaine de CV dont plusieurs sont à suivre sérieusement”, se félicite Mourdi Larbi, directeur des ressources humaines à Poste Maroc. Pour séduire le maximum de compétences, les responsables des ressources humaines d’une vingtaine de sociétés marocaines essayent d’être plus motivants les unes que les autres. “Voir des poids-lourds comme le groupe Ynna délaisser la langue de bois et nous considérer comme de véritables partenaires, c’est un grand pas en avant pour le Maroc. Ils nous ont parlé d’enjeux, de défis et d’attentes. Ils offrent des conditions de travail à la hauteur de ce qu’on a ici au Canada. C’est très important de se sentir désiré, car tout le monde sait que les recruteurs ne sont pas ici par charité musulmane. Ils sont conscients de notre apport”, poursuit Hicham. Le charme opère des deux côtés. Les candidats réussissent eux aussi à convaincre les DRH. “Honnêtement, je suis surpris, avoue Mourdi Larbi. On a l’habitude de ce genre d’exercice en France, mais la différence avec le Canada, c’est le niveau d’expérience des candidats. Ici, nous avons découvert des compatriotes qui ont décroché des diplômes et accumulé une expérience marocaine, avant de s’expatrier au Canada ou aux États-Unis où ils ont parfait leur formation, tout en fructifiant leurs expérience et vécu. Cela leur confère un avantage précieux sur le marché du travail. Ils ont gagné en maturité et adaptabilité.”

La formule, déjà un succès, sera reconduite. “La prochaine édition sera étendue sur deux jours, pour permettre aux recruteurs de rencontrer le plus de candidats possible. Et nous envisageons aussi de tenir un forum à Los Angeles aux États-Unis”, promettent les organisateurs.



Immigration et chômage. Les Marocains d’Amérique du Nord

En 2007, le Québec a accueilli 45 221 immigrants. Le Maroc est le pays d’origine du plus grand nombre de candidats reçus avec 3612 immigrants, soit 8% du total. La France occupe le deuxième rang (3467), suivie de l’Algérie (3414). Mais les chiffres et les études sur la population active immigrante publiés au mois de février dernier au Canada démontrent que le taux de chômage des immigrants maghrébins est important à leur arrivée. Selon les chiffres de Statistique Canada, le taux de chômage des immigrants issus d’Afrique du Nord est de 24,1% durant les cinq premières années après l’arrivée. Cet indice passe à 14,5% après cinq ans et à 6,8% après dix ans (le taux de chômage moyen au Canada était de 6,1% en août 2008). Certains analystes, évoquant ces chiffres, parlent d’un échec de l’immigration marocaine au Québec pour expliquer cette volonté de retour massif. Mais les recruteurs présents au forum Careers in Morocco témoignent sans équivoque de la bonne cuvée des participants : des candidats au retour bien intégrés dans leur pays d’accueil et exhibant une feuille de route professionnelle impressionnante. Tant mieux.

 
 
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