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Par Hassan Serraji,
correspondance de Montréal
Canada. Des Marocains dans le vent
Bardés de diplômes et dexpériences nord-américaines, de plus en plus de Marocains préparent leur retour. Une opportunité pour les grosses entreprises du royaume qui ont fait le déplacement à Montréal. Reportage.
Samedi 11 octobre 2008. Le Palais des congrès de Montréal accueille le forum Careers in Morocco : une vaste opération de séduction initiée par le gotha du capitalisme chérifien. Une vingtaine de grosses boîtes du royaume ont fait le déplacement pour faire les yeux doux à la crème de |
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la matière grise marocaine expatriée. Une première qui fait recette. Près de 1500 cadres marocains installés au Canada et étudiants fraîchement diplômés ont répondu présents. La fréquentation dépasse nos attentes de moitié, se ravissent les organisateurs.
Alors que le royaume subit une véritable hémorragie due à la fuite des cerveaux vers lOccident, la frénésie du retour est, ici, palpable sur les visages. Lattachement à la mère-patrie et à la famille est une véritable motivation, explique Hicham, analyste financier dune importante société dinfrastructure à Montréal. Le jeune homme a déjà connu une mauvaise expérience de retour au Maroc après un premier diplôme décroché en France, avant de mettre plus tard le cap sur le Canada. La première fois, la pression sociale et le manque de civisme ambiant mont poussé à limmigration. Aujourdhui, si je décroche un travail bien rémunéré qui me permette en même temps daider mon pays à progresser, je passerai outre les tracasseries locales, précise Hicham.
Profils à la page
Dans les allées du forum, la plupart des participants considèrent lattachement au pays dorigine comme une raison fondamentale au retour. Dautres immigrants, par contre, issus de la deuxième génération, invoquent la quête identitaire. Immigrée au Canada avec mes parents à lâge de douze ans, je suis tentée par un retour au Maroc pour retrouver mes racines, même si jappréhende mal cette expérience ! Jaimerais régler concrètement cette question, une fois pour toutes, confie Yasmine Smires, 26 ans, spécialiste en communication. Autre cible des recruteurs, les étudiants marocains à létranger qui avaient un seul objectif en quittant le pays : étoffer leur CV à létranger avant de retourner définitivement au pays. Dans ma tête, cétait clair dès le départ. Je mexpatrie pour décrocher un bon diplôme, accumuler assez dexpérience et retourner rouler ma bosse au Maroc, explique limpidement Jalil, titulaire dun bachelor (licence) en administration des affaires de lEcole des hautes études commerciales (HEC) de Montréal et analyste financier au cabinet daudit Deloitte.
Une valeur ajoutée
Cette battue orchestrée à létranger par le cabinet de capital humain Lycom, basé à Londres, cible les compétences et talents marocains établis en Europe et en Amérique du Nord, dans le cadre dune stratégie nationale initiée par le roi Mohammed VI pour favoriser le retour des compétences et soutenir le développement du Maroc, explique Hamza Idrissi, responsable du projet. Même son de cloche chez les recruteurs qui ont pris part au forum : Le Maroc est sur le bon chemin et les banques sont au cur du processus, Nous sommes sérieux dans notre quête de professionnels marocains à létranger pour les convaincre dintégrer notre institution comme source didées nouvelles et accélérateur de développement, affirme Anas Zermouni, responsable du département de développement des ressources humaines à la BMCE.
Nous manquons de compétences à même dapporter une valeur ajoutée internationale à notre groupe. Nous opérons dans une économie globalisée et hautement concurrentielle, ce qui nous oblige à dénicher la compétence marocaine là où elle se trouve dans le monde, analyse de son côté Saïd Alarja, directeur général dYnna Asment, du groupe Chaabi.
Double séduction
Participants et recruteurs se prêtent alors à une sorte de speed jobbing : en une quinzaine de minutes, le candidat doit laisser une bonne impression et le recruteur sassurer davoir déniché loiseau rare. Cest une aubaine de rencontrer plusieurs contacts en un seul endroit, et en une seule journée, lance Hicham. Dans la bonne humeur, les candidats supportent jusquà une heure dattente avant de défiler devant de possibles employeurs. Depuis le matin, nous avons reçu une centaine de CV dont plusieurs sont à suivre sérieusement, se félicite Mourdi Larbi, directeur des ressources humaines à Poste Maroc. Pour séduire le maximum de compétences, les responsables des ressources humaines dune vingtaine de sociétés marocaines essayent dêtre plus motivants les unes que les autres. Voir des poids-lourds comme le groupe Ynna délaisser la langue de bois et nous considérer comme de véritables partenaires, cest un grand pas en avant pour le Maroc. Ils nous ont parlé denjeux, de défis et dattentes. Ils offrent des conditions de travail à la hauteur de ce quon a ici au Canada. Cest très important de se sentir désiré, car tout le monde sait que les recruteurs ne sont pas ici par charité musulmane. Ils sont conscients de notre apport, poursuit Hicham. Le charme opère des deux côtés. Les candidats réussissent eux aussi à convaincre les DRH. Honnêtement, je suis surpris, avoue Mourdi Larbi. On a lhabitude de ce genre dexercice en France, mais la différence avec le Canada, cest le niveau dexpérience des candidats. Ici, nous avons découvert des compatriotes qui ont décroché des diplômes et accumulé une expérience marocaine, avant de sexpatrier au Canada ou aux États-Unis où ils ont parfait leur formation, tout en fructifiant leurs expérience et vécu. Cela leur confère un avantage précieux sur le marché du travail. Ils ont gagné en maturité et adaptabilité.
La formule, déjà un succès, sera reconduite. La prochaine édition sera étendue sur deux jours, pour permettre aux recruteurs de rencontrer le plus de candidats possible. Et nous envisageons aussi de tenir un forum à Los Angeles aux États-Unis, promettent les organisateurs. |
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Immigration et chômage. Les Marocains dAmérique du Nord
En 2007, le Québec a accueilli 45 221 immigrants. Le Maroc est le pays dorigine du plus grand nombre de candidats reçus avec 3612 immigrants, soit 8% du total. La France occupe le deuxième rang (3467), suivie de lAlgérie (3414). Mais les chiffres et les études sur la population active immigrante publiés au mois de février dernier au Canada démontrent que le taux de chômage des immigrants maghrébins est important à leur arrivée. Selon les chiffres de Statistique Canada, le taux de chômage des immigrants issus dAfrique du Nord est de 24,1% durant les cinq premières années après larrivée. Cet indice passe à 14,5% après cinq ans et à 6,8% après dix ans (le taux de chômage moyen au Canada était de 6,1% en août 2008). Certains analystes, évoquant ces chiffres, parlent dun échec de limmigration marocaine au Québec pour expliquer cette volonté de retour massif. Mais les recruteurs présents au forum Careers in Morocco témoignent sans équivoque de la bonne cuvée des participants : des candidats au retour bien intégrés dans leur pays daccueil et exhibant une feuille de route professionnelle impressionnante. Tant mieux. |
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