Inondations. L'heure des comptes
Constitution. En attendant Mohammed VI
Maroc-UE. Statut avancé, mode d'emploi
Canada. Des Marocains dans le vent
Tendance. Thaïlande mania
People. La face cachée de Zidane
Loi de Finances. Des cadeaux pour la classe moyenne
Box-Office. Adil Imam, Lola et les autres...
Littérature. Le Maroc de Le Clézio
Patrimoine. Il était une fois Tioumliline
Coup de gueule. Nouvelle scène "patriotique"
N° 344
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Bennani

Tendance. Thaïlande mania

Wat Benchama Bophit, ou le Temple
de Marbre, étape incontournable
d’un séjour au royaume du Siam.
(AFP)

En tête des destinations de vacances, la Thaïlande s’est positionnée sur le créneau des voyages organisés. Gros plan sur un phénomène.


Aéroport de Bangkok. Température extérieure 30 degrés. Taux d’humidité 80%. Hamza, jeune cadre bancaire, découvre enfin le contenu du pack “Paradis Thaïlandais”. L’offre est alléchante. Pour 11 000 dirhams TTC, son agence de voyages basée à Casablanca lui a vendu billet d’avion, dix jours au soleil, hôtel 5 étoiles en demi-pension,
excursions, vols internes et transports sur place. Qu’on se le dise, la destination “thaï” est à la mode. D’après l’ambassade de Thaïlande à Rabat, le nombre de visas délivrés a augmenté de 30% entre 2005 et 2008, pour atteindre la barre des 3000 (visas) accordés à des Marocains. En dix ans, la destination s’est taillé une place de choix dans les agences de voyages. “La Thaïlande et l’Egypte ont chacune attiré 300 personnes dans notre agence, devant la Turquie avec 150 personnes”, indique le directeur d’une agence qui a pignon sur rue à Casablanca. Même son de cloche chez cet autre voyagiste : “La Thaïlande est une valeur sûre. L’offre est diversifiée et convient à notre clientèle variée, des jeunescouples en quête d’une lune de miel de rêve aux entreprises qui veulent y organiser leurs séminaires de team building”. Le tourisme se porte bien au royaume du Siam. Ni la pneumonie atypique, ni la grippe aviaire, ni le tsunami, ni les violentes manifestations politiques n’ont eu raison de la destination. La preuve en chiffres : la Thaïlande a accueilli près de 15 millions de touristes en 2007, et la tendance est à la hausse. “J’ai toujours été fasciné par l’Asie ! J’en avais un peu marre de la Costa Del Sol et voulais une destination exotique qui fasse rêver, faire des découvertes insolites et originales”, explique Hicham, jeune designer. “Je souhaitais passer ma lune de miel en Italie mais ma femme n’a pas pu obtenir de visa. Contraint, je me suis rabattu sur la Thaïlande”, commente Youssef, jeune marakchi fraîchement marié et finalement ravi. En fait, les services consulaires thaïlandais ne sont pas aussi regardants que leurs homologues européens. Billets d’avions, passeport, carte d’identité nationale, dernier relevé bancaire et deux photos d’identité sont les seules pièces réclamées par les services de l’ambassade. Ajoutez à cela 500 dirhams de frais de visas (le plus souvent compris dans le prix du séjour) et l’affaire est pliée. Même pas besoin de se déplacer, l’agence s’occupe de toutes les démarches administratives. “Près de 70% des demandes sont déposées par les agences de voyage”, nous déclare-t-on du côté de l’ambassade.

Luxe, calme et volupté
Retour a Bangkok. Après 15 heures de vol, ponctuées d’une escale à Dubaï, “le rêve et l’évasion”, tant vantés par les dépliants touristiques, deviennent réalité. D’emblée, l’aéroport flambant neuf annonce la couleur : “Des tapis roulants à perte de vue, des terminaux et magasins à n’en plus finir sur plusieurs niveaux. Nos aéroports marocains font pâle figure devant ce déploiement de technologie et de modernité”, nous lance, bluffé, Yassine, cadre dans l’industrie pharmaceutique, qui a décidé de voyager seul dans le royaume asiatique. Passeports tamponnés et bagages en main, direction l’hôtel. En chemin, les idées reçues volent en éclat. La capitale, avec ses 12 millions d’habitants, offre le visage d’une grande mégalopole asiatique : dynamique et ultra-moderne. Les gratte-ciels pullulent. Un impressionnant périphérique routier court sur plusieurs niveaux ainsi que deux lignes de métro aériens et une autre ligne souterrain. Pour se remettre des longues heures de vol et du décalage horaire (+8 heures), les touristes “échouent” souvent dans des chambres d’hôtel haut standing pour un repos mérité. “J’ai séjourné dans un cinq étoiles d’une chaîne hôtelière américaine au bord de la rivière. À peine arrivée, je me suis ruée vers le spa grand luxe pour me détendre et me faire bichonner par un personnel tout sourire et aux petits soins”, raconte Nadia, jeune institutrice qui s’est offert un voyage organisé cet été. Côté gastronomie, la cuisine thaï est aussi bon marché que variée et surprenante pour le palais marocain. “Pour une dizaine de dirhams, on mange à satiété, se ravit un autre voyageur. Leurs crevettes font la taille de nos crevettes royales. Leur cuisine est très riche en saveurs. Attention quand même au piment qui arrache”. Pour les moins téméraires, il reste le McDonald avec un prix moyen du menu autour de 25 dirhams.

“Change sex for 1600 dollars”
Les quelques jours sur place ne suffisent pas à faire le tour des milliers de temples bouddhistes et autres monuments de Bangkok. Pour se déplacer, le tramway et le métro restent les moyens les plus pratiques, et les plus économiques. Pour quelque 20 dirhams, les touristes peuvent acquérir un passe de transport valable toute une journée. Autre moyen de locomotion, le tuk-tuk, pratique pour les petits trajets. Les chauffeurs de ce tricycle typiquement thaïlandais, pouvant accueillir jusqu’à 3 passagers, guettent les touristes aux abords des hôtels. “Certes c’est bon marché, mais il faut avoir le cœur bien accroché”, nous commente Nadia. Voitures et deux roues se débattent dans une circulation chaotique, tandis que les policiers présents en masse (du fait de l’instabilité politique récente du pays) tentent tant bien que mal de faire régner l’ordre. “Juste un détail, en Thaïlande, on roule à gauche. A plusieurs reprises, j’ai manqué de me faire écraser”, poursuit Nadia.

Hicham a, quant à lui, eu droit à une autre surprise. “Un chauffeur de tuk-tuk m’a présenté un catalogue de filles”, raconte-t-il. “Pour 3000 baths (500 dirhams), je me suis offert un massage, une séance de jacuzzi, et un petit “plus” maison”, confie-t-il, malicieux. En Thaïlande, le tourisme sexuel n’est pas un mythe… Des médecins locaux font le bonheur des transsexuels. “Change sex for 1600 dollars”, clament à tous les coins de rue les panneaux publicitaires. Youssef, pharmacien officiant à Rabat, a eu affaire aux médecins thaïlandais, des dentistes pour sa part. “Je me suis fait soigner les dents, poser des couronnes, et faire un blanchiment, pour deux fois moins cher qu’au Maroc”. Mieux encore, la Thaïlande propose des séjours médico-touristiques express défiant toute concurrence.

Shopping party
Les très nombreux marchés offrent autant d’occasions de faire de bonnes affaires. Sur les étals des magasins, produits artisanaux et contrefaçons en tous genres se côtoient. “Ma belle-mère voulait absolument que je lui ramène un sari thaïlandais. Ça coûte trois fois moins cher qu’au Maroc, explique ce jeune père de famille rbati. Je me suis même fait confectionner un manteau en cachemire premier choix, du sur- mesure pour 900 dirhams seulement”. Les vendeurs proposent l’attirail du parfait touriste (sacs de plage, tongs, etc.) à des prix dérisoires, à condition de bien marchander. “Quelques rudiments d’anglais suffisent pour communiquer en Thaïlande. Les techniques de vente et autres ficelles apprises à la médina de Marrakech sont bien utiles”, nous explique ce touriste. Et d’ajouter : “Les marchands sont très entreprenants, ils vous lancent des Sawadi krap (bonjour, en thaïlandais), et vous font signe de rentrer dans leur boutique”. À Bangkok, les enseignes lumineuses qui tapissent les murs des immeubles rappellent que la ville, en bonne capitale asiatique, est aussi le paradis des nouvelles technologies. Les amateurs de produits high-tech font des emplettes dans de gigantesques malls à des prix très compétitifs. “Sans oublier la détaxe”, ajoute, tout sourire, ce touriste marocain aux sacs bien garnis.

D’autres préfèrent remplir leurs bagages de paysages de rêve, de photos-souvenirs de palmier en bord de plage ou de couchers de soleil sur une lagune. Car Bangkok est aussi le point de départ des touristes en direction d’îles paradisiaques de l’Océan Indien. Parmi les stations balnéaires qui s’offrent aux “farang” (étrangers), le choix est large entre Kanchanaburi et sa célèbre rivière Kwai, Kraibi et ses kilomètres de baies de sable blanc, ou Phuket et ses lagons translucides. L’île, connue pour avoir subi les ravages du tsunami en 2004, a également accueilli des tournages de films comme L’homme au pistolet d’or ou The Beach. S’imaginer sur les traces de James Bond ou dans les bras de Leonardo DiCaprio est souvent la dernière étape proposée par les tours opérateurs, avant d’embarquer à destination de Casablanca. Bon vol.



Tourisme. La Thaïlande… et les autres

D’après des chiffres communiqués par de grandes agences de voyages casablancaises, les trois destinations les plus demandées pour les séjours organisés sont l’Egypte, suivie de très près par la Thaïlande, et dans une moindre mesure la Turquie. Ces trois pays offrent le meilleur rapport qualité-prix aux touristes. Les tarifs affichés pour d’autres destinations comme le Brésil ou le Mexique restent plus chers que la Thaïlande. La raison ? Les bas prix pratiqués par les compagnies aériennes arabes qui assurent des fréquences permanentes entre le Maroc et les pays du Golfe (Dubaï, Doha et Abou Dhabi font office d’escales avant Bangkok). Si la Thaïlande reste moins chère que les autres pays d’Asie, c’est aussi grâce au moindre coût des prestations sur place (hôtel, transports, services). Au même prix qu’un séjour en France, un pack “spécial Thaïlande” est donc plus aguicheur, le touriste ne pouvant bénéficier du même luxe. Et même si les formules pour l’Espagne sont moins chères, le niveau de vie européen n’est évidemment pas celui de l’Asie.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés