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Par Youssef Ziraoui, Wafaa Lrhezzioui
et Fédoua Tounassi
Enquête. La toile des grandes familles
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Abbas El Fassi, en conversation détendue avec sa ministre de la
Santé, Yasmina Baddou, qui est
aussi
lépouse de son neveu.
(TNIOUNI)
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Liés par le sang, les réseaux familiaux fournissent lessentiel des élites qui dominent léconomie et la politique du royaume. TelQuel vous explique comment et pourquoi.
Dimanche 28 septembre, cimetière Achouhada de Rabat, à quelques encablures du quartier des Oudayas. Alors que le muezzin vient dannoncer la prière dAl Asr, une marée humaine se déverse sur le vaste terrain saturé de milliers de tombes. La présence des femmes nest pas souhaitée, tradition oblige. Les hommes donc, nombreux à |
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avoir fait le déplacement, passent par la porte arquée, sous le regard vigilant de policiers en faction dépêchés pour loccasion. Une foule dense emprunte le chemin goudronneux, qui divise le cimetière en deux parcelles distinctes. La plus grande est réservée au chaâb, au peuple. La plus petite accueille les notables dans leur dernier voyage. Là même où Driss Basri a été enterré, près dun an plus tôt.
Les mines sont défaites en cette après-midi de ramadan. Aujourdhui, on pleure Abdelkrim Khatib, fidèle serviteur de la monarchie, de Mohammed V à Mohammed VI, en passant par Hassan II. Létat-major du PJD a répondu présent, pour un ultime hommage au patriarche, tout comme le reste de la classe politique marocaine. Le gouvernement de Abbas El Fassi est là, lopposition aussi. Egalement de la partie, le prince Moulay Rachid, émissaire de son frère, est escorté de conseillers royaux. Lami du roi, Fouad Ali El Himma, a lui aussi été convoqué. Bref, ils sont venus, ils sont tous là, comme dans la chanson.
Après la mise en terre du Dr Khatib, ses proches forment une haie dhonneur pour recevoir les condoléances. Celles de Mohammed VI dabord. Le conseiller Mohamed Moôtasim remet à la famille du défunt une lettre frappée du sceau royal. Au premier rang, le tout-puissant général Housni Benslimane paraît atteint. Saâd Hassar, secrétaire dEtat à lIntérieur, ne parvient pas à étouffer ses sanglots, pas plus quun Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS (Parti du progrès et du socialisme). Souab de circonstance ? Certainement pas. Les trois hommes sont en fait les neveux du défunt Dr Khatib.
Il est 18 heures. La cérémonie protocolaire prend fin, plus de deux heures après son coup denvoi. Les Khatib et apparentés rebroussent chemin vers leur villa du quartier résidentiel Souissi. En famille, bien sûr
A chaque mariage ou enterrement, la palette politique est variée, nous explique Ismaïl Alaoui. Mais ces moments ne ressemblent ni à un congrès, ni à une réunion de parti. Nous nabordons pas de question politique et, en général, chacun garde ses idées pour lui.
Comme dans toutes les familles, le sujet qui fâche, en loccurrence la politique, est soigneusement évité. Aucune entorse à la règle ? Bon, il arrive quon échange des points de vue, avoue le numéro 1 du PPS, sans se souvenir dune prise de bec à raconter. En revanche, quand nous revêtons la casquette dhommes politique, nous nous disons nos quatre vérités. Ismaïl Alaoui se remémore, sourire aux lèvres, une anecdote. Alors âgé de 17 ans, son oncle le Dr Khatib lavait présenté comme le révolté de la famille à un leader tunisien, rencontré au domicile des Alaoui. Je navais pourtant pas le crâne rasé à la Yul Brynner, ni les cheveux longs. Le seul écart que je me permettais était de retrousser aux chevilles mes socquettes, portées en principe jusquaux genoux, plaide le fils spirituel de Ali Yata, père du communisme à la marocaine.
Politique, religion et argent
Dans Les élites du royaume, Enquête sur lorganisation du pouvoir au Maroc (Editions LHarmattan 1997), Ali Benhaddou distingue trois ensembles caractérisant, hier comme aujourdhui, lélite marocaine : les chorfas, les oulémas et les commerçants. Chacune de ces entités détient une sorte davantage comparatif, qui lui permet de se distinguer de la plèbe. Point commun : elles se réclament dune autorité supérieure aux hommes et extérieure à la société. Les chorfas, descendants du prophète Mohammed, sont assimilés par lauteur à la noblesse musulmane. Ils possèdent, entre autres, la baraka, domaine de la foi pure, et font de cette vertu lobjet dune crainte révérencielle, analyse le chercheur en sciences humaines. Pour leur part, les oulémas, respectés du fait du double caractère de leur institution, morale et intellectuelle, incarnent les pouvoirs de la science religieuse et de la science profane. Les commerçants, eux, sont parvenus à tirer leur épingle du jeu et détiennent désormais le pouvoir exclusif de largent. Laristocratie marchande existe au Maroc bien avant larrivée du protectorat. En 1873, le sultan Moulay Hassan, engagé dans la voie de la civilisation et des réformes, fait appel à leurs services.
Objectif : améliorer la gestion du pays, au niveau des affaires économiques et de ladministration. Cest à cette époque, rappelle Benhaddou, que Moulay Hassan réhabilite la figure charismatique du grand vizir. Dès lors, de grandes dynasties bourgeoises se forment. Un siècle plus tard, elles ont la quasi-mainmise sur les grands appareils économiques, bureaucratiques et politiques. Aujourdhui encore, leur nom demeure familier pour tous les Marocains : les Benjelloun sont au service de lEtat depuis le règne de Moulay Hassan 1er et les Bennouna ont failli, au lendemain de lintervention française en Algérie, en 1830, se tailler une principauté à Tlemcen. Les Bennis voient leur nom rentrer définitivement dans lHistoire, en 1873, quand El Madani, alors ministre des Finances, fomente linsurrection des tanneurs en réaction à la taxe imposée au marché des peaux. A cette même époque, dautres familles émergent : les Benslimane, les Tazi, les Benchekroun, les Bennani sont vizirs ou chargés de lexploitation des domaines fonciers et, accessoirement, de la gestion du Trésor public. Les Chraïbi, les Benkirane, les Guessous, les Berrada, occupent, quant à eux, des postes importants dans le négoce, la finance, la diplomatie et ladministration fiscale. Dans un échange de bons procédés, les commerçants sont courtisans et courtisés à la fois. Le sultan avait aussi besoin deux, soit pour le prestige, soit pour garantir leur fortune acquise contre des spoliations toujours possibles, analyse Benhaddou.
Des noms vieux de plusieurs siècles
Les oulémas ont, très souvent, reçu le pouvoir en héritage de leurs aïeuls. La famille El Fassi en est larchétype. Avant de devenir théoricien de la réforme islamique Allal El Fassi, figure du nationalisme marocain, a usé les bancs de lUniversité islamique dAl Qaraouiyine, où son père enseignait quelques décennies plus tôt. Abdellah El Fassi, grand-père de Abbas, actuel Premier ministre, fut grand vizir de Mohammed V. Abdeslam, oncle de Abbas, dirigeait l'Université Al Qaraouiyine , avant de devenir ministre de l'Education nationale. Cest lui qui a lavé le corps du souverain Mohammed V après sa mort. Dans un dictionnaire dédié aux noms de famille du Maroc, lécrivaine Mouna Hachim fait même remonter lascendance des El Fassi au conquérant du Maghreb Oqba Ibn Nafi El Fihri, né une année avant lHégire. Comme quoi, lhistoire remonte loin, très loin
Aujourdhui encore, la famille El Fassi continue de pourvoir la classe politique marocaine. Taïeb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères, nest autre que le neveu dAbbas El Fassi, ancien ambassadeur et chef du gouvernement depuis 2007. Adil Douiri, ancien (et jeune) ministre du Tourisme de Mohammed VI, est le fils de Mhammed Douiri, un des dirigeants historiques de lIstiqlal. Dautres familles se sont fait un nom sur le tas, comme les Bensouda ou les Guennoun, dont lancêtre Mohamed El Madani Guennoun, très influent, fit rénover lenseignement islamique en 1883. Aujourdhui, les descendants de ces familles siègent, les uns, au conseil de régence, symbole de leur pérennité, les autres, diplômés de grandes écoles, aux administrations centrales. Et grâce à la reproduction sociale, ils naviguent dans toutes les sphères dirigeantes du pays, croit savoir Benhaddou.
De leur côté, les chorfas jouissent dune grande liberté et de nombreux avantages. Exonérés dimpôts, ils bénéficiaient de concessions foncières auxquelles le reste de la population ne pouvait prétendre. On compte deux principaux groupes de chorfas. Les Alaouites qui, depuis 1668, se rattachent à la dynastie régnante, et les Idrissides, qui descendent de la première dynastie marocaine. On trouve également des chorfas, dits étrangers, venus, les uns, de Sicile et de Mésopotamie, comme les Skalli et les Iraki, les autres, plus nombreux de Tlemcen, de Mascara ou de Figuig, rapporte luniversitaire. Parmi les signes distinctifs de cette population bien née : ses membres sappellent Lalla, Sidi, ou encore Moulay.
Le dénominateur commun à ces trois classes (marchands, oulémas, et chorfas) est la possession terrienne. Près de 40 000 hectares détenus par les familles chérifiennes, lettrées et commerçantes en 1968, leur étaient acquis au début du XXème siècle. Après lindépendance, ces familles confirment leur prédominance. En 1973, 50 0000 hectares de terres de colonisation privée ou officielle sont passés entre les mains de représentants de lélite politique, bien placés au gouvernement, indique le chercheur. Plus loin dans le temps, au 19ème siècle, certaines familles ont fait leur beurre grâce à la spéculation sur le blé, surtout en période de famine. Durant ces années, des terres furent cédées contre un seul sac de grains.
Trois classes et une caste
Dans une thèse de doctorat, précédant louvrage sur les élites marocaines, Benhaddou sintéresse déjà à la formation de la classe dirigeante. Daprès cet état des lieux édifiant, plus de la moitié des 285 personnalités aux commandes du pays (administration, politique, économie
) sont de souche marchande. Les autres descendent des lignées chérifiennes et lettrées. Létude de la généalogie montre que leurs pères, grands-pères et arrière-grands-pères fournissent à lEtat chérifien ses vizirs, ses secrétaires, ses diplomates, ses magistrats et ses idéologues religieux et politiques, sans interruption depuis la deuxième moitié du XIXème siècle, analyse t-il. Lidentité généalogique fonctionne comme un véritable pedigree, un moyen didentification des lignages prestigieux. Ainsi, lendogamie prévaut dans ces trois milieux.
Dans les maisons aisées, on se marie entre gens fortunés pour le rester. Les chorfas se reproduisent entre nobles pour préserver la pureté du sang. Et les familles makhzéniennes convolent entre membres du même monde pour sassurer lhérédité des tâches publiques. Le Maroc sapparente alors à une société de classes plus ou moins fermées, qui évoluent au gré des alliances. Mais il nest pas rare quun individu appartienne à plusieurs groupes. Pour redorer leur blason, plusieurs chorfas nont pas hésité à monnayer leur nom et à sallier à des familles non chérifiennes, explique John Waterbury dans son livre Le Commandeur des croyants, la monarchie marocaine et ses élites (Editions PUF, 1970). Benhaddou étaye : Les commerçants, eux, cherchaient avec empressement à donner de la respectabilité à leurs affaires. A côté de ces mariages de prestige, les liens avec des familles du Makhzen assuraient aux milieux daffaires la bienveillance de ladministration. Aujourdhui encore, les ténors de léconomie marocaine cherchent des alliances avec le pouvoir politique. La même logique a-t-elle poussé Sâad Kettani, héritier de lempire Wafabank, à épouser la fille de Abdelhadi Boutaleb, puissant conseiller royal sous Hassan II ? Mariage damour ou de raison ? La question reste posée
Jamais sans mon Fassi
Les premiers à avoir tissé de telles alliances sont les Fassis, qui quittèrent leur ville dès quils sy sentirent trop à létroit. Leur fortune est due initialement au sultan Moulay Slimane, qui, au début du 19ème siècle, en a fait son groupe favori. Il leur avançait argent et marchandises, rapporte lhistorien Abdelahad Sebti dans LAnthropologie et lhistoire, cas du Maghreb (éditions Toubkal, 1988). A lépoque, les Fassis se partagent en deux groupes. Les premiers (Jamaï, El Mokri, Benslimane, Bensouda, El Fassi
), grands commis de lEtat de génération en génération, puisent leur puissance et leur fortune de la proximité du sérail. Les seconds (Benjelloun, Tazi, Lazrak, Lahlou, Berrada, Sqalli
) sont rompus aux affaires (import-export et finance) qui les mèneront jusquà Manchester ou aux Indes. Mais ces héritiers de la fonction publique et du commerce, comme les appelle Ali Benhaddou, nont jamais constitué deux ensembles distincts. Les Fassis sont connus pour se marier entre eux. Alach nhdiw khirna lghirna ?, (pourquoi donner nos richesses à ceux qui ne sont pas comme nous ?) est une maxime quils appliquent à la lettre. La preuve en chiffres : Sur les 300 hommes de pouvoir, âgés de 30 à 70 ans et représentant les 50 familles les plus riches du Maroc, 17% sont mariés avec leurs cousines parallèles, 69% dentre eux ont contracté un mariage communautaire, une forme déguisée de lendogamie parentale, relève Ali Benhaddou. Objectif ultime : la préservation du patrimoine familial, foncier surtout, et culturel au besoin. Mais toute règle a son exception. Le magnat de la finance, Othman Benjelloun, est lun des rares à avoir bafoué les traditions, épousant une amazigh. Mais pas nimporte laquelle : Leïla Meziane, la fille du maréchal Mohamed Meziane, lui-même marié à la Fassie Fadela Amor. Les familles soussies ont lancé une offensive sur les Fassis dans les années 1960. Depuis, il est moins tabou de sunir en dehors du cercle, note Ahmed Aâssid de lIRCAM (Institut royal de la culture Amazigh). Le ministre de lAgriculture, Aziz Akhannouch, se décrit fièrement comme un produit de cette évolution, abandonnant jeu dalliances tribales et communautarisme. Et dévoquer ses origines maternelles, fassies, et paternelles, soussies, pour démontrer l'ouverture d'esprit de sa famille. Dans le même sens, son neveu, Mohamed Akhannouch, a épousé la fille de Moulay Taïeb Cherkaoui, récemment nommé premier président de la Cour suprême.
La journaliste de lhebdomadaire arabophone Al Ayam, Maria Moukrim, a planché durant un an et demi sur limbrication des filiations nationales, dressant une cartographie très détaillée des familles marocaines, publiée il y a quelques mois sur Al Ayam Magazine. La tâche est sans fin. Plus javançais dans mon travail, plus jidentifiais de nouveaux liens de parenté, et plus il était difficile darrêter, plaisante-t-elle. Et de conclure : Les familles aujourdhui courtisanes létaient, déjà, depuis plusieurs décennies.
Petite brouille en haut-lieu
Comme lillustre lexpression populaire marocaine relative aux liens éloignés de parenté, il y a une odeur de chair sur la hache (Rihat chahma fchakour). Immanquablement, les babines familiales bavent et les combats de coq explosent. Les alliances ne sont pas éternelles. En 1937, une guerre froide fait imploser le mouvement nationaliste, qui se divise alors entre affidés de Allal El Fassi et partisans de Hassan El Ouazzani. Plusieurs décennies plus tard, la rancur est toujours présente, comme un atavisme, et culmine lors des élections législatives de 1963 qui voit les deux familles se disputer le siège de la ville de Ouezzane.
Chaque famille a aussi sa brebis galeuse, repérée par ses absences aux mariages ou enterrements. Abdelmoughit Slimani, l'ex-président de la commune des Roches Noires, embastillé à Salé, garde peu de liens avec sa nièce, mariée au fils de Lalla Malika, tante paternelle de Mohammed VI. Croupissant depuis quelques années à la prison de Kénitra, Hassan Kettani, figure du salafisme marocain, est pratiquement renié par la famille El Fassi. Car, beaucoup lignorent, mais il possède un aïeul commun avec le Premier ministre : Abdellah El Fassi, grand vizir du sultan Mohammed V. Tous les Marocains des classes dirigeantes nationales se connaissent personnellement. Que ces relations soient amicales ou hostiles importe moins que le fait quelles existent, résume Waterbury.
Un long fleuve pas si tranquille
Mais, même chez les élites, rien nest acquis. Au début des années 90, le FMI (Fonds monétaire international) tire la sonnette dalarme sur létat financier du pays : les deniers du royaume vont dans les poches de ces petits et grands noms qui tiennent les rênes de ladministration et de léconomie. Hassan II commande alors une campagne, dite dassainissement des structures dirigeantes. Exécutée par Driss Basri, la chasse aux sorcières laissera sur le carreau plus dune famille.
Certains industriels, qui ont senti le vent tourner, ont choisi de se reconvertir dans la finance et la spéculation. Au final, seuls les moyens calibres, pas assez entourés, y laissèrent des plumes. Ceux qui avaient pour habitude de faire cavalier seul retiennent la leçon : Jouer au loup solitaire ne peut être quun rôle temporaire et il faut, tôt ou tard, sintégrer à un réseau dalliance, prophétisait John Waterbury des décennies plus tôt. Les alliances sont des investissements multiples et à long terme. Pour parer à toutes les éventualités, il faut miser sur tous les tableaux. Les individus isolés nont jamais joué un rôle important dans la société. La preuve : les dynasties bourgeoises du Maroc qui se sont constituées au 19ème siècle ont réussi à sinscrire dans la durée.
Lexemple le plus frappant, encore une fois, reste la lignée El Fassi. Quand on fréquente des enfants de ministres et de notables, on ne va pas tomber amoureux dun ouvrier, cest aussi simple que cela, nous lance ce jeune apparenté à la famille. Ma mère ma déconseillé de faire des mésalliances, dépouser une femme beaucoup plus pauvre
ou beaucoup plus riche.
En fait, pour reprendre le bon mot dun entrepreneur soussi, les jours de l'Aïd, les réunions de la famille El Fassi doivent ressembler à un Conseil de gouvernement. Et pour cause, en pareilles circonstances, il y a du beau monde à laffiche : un Premier ministre par-ci, une ministre de la Santé par-là, un ministre des Affaires étrangères, un ministre des Affaires générales et économiques. Dans le civil, ils sont oncles, cousins, gendres
Et larbre généalogique étend son feuillage jusque dans la chaîne télévisée Canal+. Ali Baddou, agrégé de philosophie, professeur à Sciences Po et chroniqueur sur la chaîne française nest autre que le cousin de Yasmina Baddou, ministre de la Santé, et accessoirement petit-fils du directeur du protocole de Mohammed V.
Au jeu des liens incongrus, la parenté sûre et certaine de Driss Benhima, actuel patron de Royal Air Maroc (et fils dun ministre de lIntérieur sous Hassan II), avec Jacques Chirac a fait le tour des tables de café. Sauf que dans le bain de réseau, aucun tuyau ne relie vraiment le patron de la RAM et lancien président français. Passées les frontières, le monde marocain nest plus si petit. |
[ voir la cartographie]
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Relève. Tu seras un homme (politique), mon fils
Mai 2008, le Premier ministre Abbas El Fassi accorde sa première interview. Pour son baptême du feu médiatique, le patron de lIstiqlal na pas opté pour un titre de presse national, mais pour un site Internet inconnu et mineur : amadeusonline.org. Le patron de lIstiqlal y répondait aux questions de son petit-neveu Brahim Fassi Fihri, le fils de Taïeb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères
La boucle est bouclée. LInstitut Amadeus, regroupant de jeunes étudiants chapeautés par Brahim Fassi Fihri ambitionne de se faire une place au soleil à coups de colloques, publications et actions de lobbying. Et, réseautage aidant, en moins de temps quil ne faut pour le dire, cette jeune génération a réussi à attirer dans son tour de table des célébrités comme André Azoulay (conseiller royal), Mustapha Terrab (PDG de lOCP), Hervé de Charrette (ancien ministre français des Affaires étrangères)
Depuis, le projet a, semble-t-il, fait des émules. Tarik El Malki, membre fondateur du Cercle des jeunes économistes, a décidé de franchir le pas du think tank, pour réconcilier les jeunes avec la politique et les faire entrer dans le débat public. Petit détail : Tarik El Malki est le fils de lancien ministre de lEnseignement. En famille, on vous dit
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Roturier. Lascension est possible
La meilleure chance pour un fils du peuple de gravir très haut les échelons de la société marocaine est de naître la même année que le prince héritier. Et pour cause : Depuis Hassan II, le Collège royal est le premier lieu de formation et de renouvellement des futures élites, explique cet observateur. Linstitution a permis à Fouad Ali El Himma & co dêtre propulsés des campagnes marocaines à la place de passager de la luxueuse voiture royale. Les camarades de classe du roi se retrouvent dans les cercles proches du Pouvoir. Dun père instituteur à Ouarzazate, Rochdi Chraïbi est devenu directeur officieux du cabinet royal.
Fils de alem, originaire de la lointaine région de Bejaâd, Yassine Mansouri a exercé diverses fonctions officielles avant dêtre nommé à la tête de la DGED, le service de renseignement extérieur du royaume (DGED). Pour ceux qui voient le jour entre deux promotions royales, les grandes écoles restent un deuxième circuit de cooptation, qui a notamment souri à Meziane Belfqih, devenu conseiller de Mohammed VI. |
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