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Crise. Les dégâts collatéraux
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N° 345
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fédoua Tounassi

Crise. Les dégâts collatéraux

Salaheddine Mezouar, ministre
des Finances, avait minimisé
les effets de la crise mondiale
sur l’économie marocaine. Depuis,
il a (un peu) changé d’avis.
(AFP)

Jusqu’à deux points de moins pour la croissance, des activités comme le textile, le tourisme ou encore les exportations en ralentissement… les effets de la crise financière internationale commencent à se faire sentir. Quoi qu’en dise la rhétorique gouvernementale.


“Goulou lâam zine” (dites que tout va bien). Le slogan que l’on croyait révolu résiste, remis au goût du jour par nos officiels en ces temps de crise internationale. Ces derniers multiplient les sorties médiatiques
dans l'objectif de rassurer les Marocains sur le sort de l’économie nationale. Que ce soit Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, Salaheddine Mezouar, ministre des Finances et de l’Economie, ou Moulay Hafid El Alamy, patron des patrons… tous s’accordent à ressasser que “le Maroc ne sera nullement touché par la crise financière internationale”. Même si Mezouar a mis de l’eau dans son vin, à l'occasion de la présentation du projet de Loi de Finances, mardi 28 octobre devant le Parlement. Il aurait avoué à demi-mot que, même si notre économie sera touchée, l’impact ne sera pas d'une grande amplitude. Faut-il pour autant les croire ? Non, répondent à l'unisson les experts du Centre marocain de conjoncture (CMC). Une note publiée récemment par le Centre tranche singulièrement avec l’optimisme ambiant, pronostiquant que le Maroc perdra entre un demi-point et deux points de croissance à cause de la crise mondiale. “La demande intérieure devra ressentir les effets de la crise à travers la contraction probable des activités liées au tourisme”, explique le document. Les exportations, la production et l’emploi dans des secteurs comme l’agroalimentaire devraient également en pâtir. “Le même effet devrait être relevé au niveau des activités liées aux transferts des MRE, les biens finis de consommation et l’immobilier”, soulignent les analystes du CMC. Pour résumer, trois ou quatre secteurs seront touchés directement (tourisme, textile, exportations), alors que d’autres le seront par ricochet (immobilier, aéronautique, Bourse…).

La méthode Coué
“S'employer à faire croire que le Maroc échappera à la crise signifie que les officiels pensent que notre économie est tellement solide, que la cohésion sociale est si forte qu’aucun phénomène extérieur ne pourra les perturber. C’est un peu fort, surtout pour un pays classé 126ème au niveau du développement humain”, oppose l'économiste Najib Boulif. Appuyer cette thèse revient pour lui à admettre que le Maroc n’est pas intégré à la mondialisation. “C'est totalement faux, puisque depuis quelques années, le Maroc a multiplié les accords de libre-échange et les conventions commerciales et financières qui lui permettent de devenir un maillon d’une longue chaîne mondiale”, renchérit-il. Constat confirmé par un expert du CMC : “Si la crise internationale n’aura pas d’incidence sur le Maroc, cela veut dire que nous sommes complètement déconnectés de la sphère économique mondiale. Mais ce n’est pas le cas”.

“L’impact sur l’économie marocaine se fera sentir essentiellement à travers le canal du commerce extérieur, suite au ralentissement de la demande externe adressée à notre pays, explique pour sa part Nezha Lahrichi, présidente de la Société marocaine d’assurance à l’exportation (SMAEX). Par contre, la crise de l’hyper sphère financière, celle qui a financé la spéculation au lieu de financer l’économie, ne concerne pas le Maroc”. La SMAEX est l’un des rares intervenants à avoir tiré la sonnette d’alarme il y a quelques mois. “Nous avons organisé un colloque en mai dernier afin de sensibiliser les exportateurs marocains aux aléas du marché international et au risque annoncé de la possible insolvabilité des acheteurs étrangers”, rappelle Lahrichi. Mais pour cette spécialiste du commerce international, le Maroc peut également profiter de cette crise. “La recherche de réduction des coûts peut justifier une augmentation des opérations de délocalisations vers le Maroc. Dans le même esprit, les flux financiers des pays excédentaires peuvent être davantage réorientés vers des pays comme le Maroc, qui n’est pas touché par la crise de confiance caractérisant les pays épicentres de la crise”, ajoute-t-elle, optimiste.


Textile.
En première ligne


Les professionnels du textile s'attendent à une
baisse des commandes de l'ordre de
8 à 10% dans les prochains mois.


“Des répercussions de la crise internationale se feront sans aucun doute sentir sur ce secteur qui dépend essentiellement de la consommation des pays les plus touchés par la crise tels que la France, l’Espagne ou encore la Grande-Bretagne”. L’aveu est de Karim Tazi, professionnel du textile et ex-président de l’Association marocaine des industries du textile (AMITH). Les professionnels du secteur sont les rares, si ce n’est les seuls, à avouer sans faux-semblants que la crise financière internationale aura inévitablement un impact négatif sur l’économie marocaine. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le ton de l’AMITH tranche avec celui des autres associations professionnelles. “Les textiliens ont les pieds sur terre. Ils ont pris l’habitude de faire face à des crises similaires”, renchérit Mohamed Tazi, directeur général de l’AMITH, faisant référence à la mise en place, en 2005, de quotas à l'exportation par l’Union Européenne. Dans un communiqué publié récemment, l’Association des industriels du textile parle d’une baisse des commandes de l’ordre de 2% durant les 7 premiers mois de 2008. Bonne nouvelle : les textiliens marocains sont mieux lotis que leurs confrères tunisiens ou encore turcs, dont les carnets de commandes accusent des baisses respectives de 4,2% et 9,4%. Mauvaise nouvelle : le trend baissier devrait s’accélérer dans les mois à venir, toujours d’après l’AMITH. “Nous nous attendons à une baisse des commandes de 8 à 10% pour les prochains mois, estime Mohamed Tazi. Mais la question la plus importante est de savoir si cette crise va durer longtemps ?”, s’interroge-t-il. Car la stratégie à adopter dépend directement de la durée de la crise. “Nous avons des solutions défensives et d’autres offensives”, explique-t-il, ajoutant que pour les entreprises nationales le mieux est d’adopter une stratégie défensive. “Elles doivent baisser leurs charges d’exploitation, notamment au niveau du personnel”, conseille-t-il. Une solution qui aura des répercussions sociales désastreuses. Et les inondations récentes dans la région de Tanger, où sont installées plusieurs unités, n’ont pas arrangé la situation. “Le mauvais temps a aggravé la situation. Des dizaines d’usines dans la région du Nord sont obligées de cesser toute activité pendant 4 à 6 semaines, au minimum”, affirme un membre de la CGEM Nord.


Tourisme.
Les nationaux à la rescousse

La vision 2010 a revu ses ambitions
à la baisse : de 10 millions de touristes,
l'objectif est passé à
9,3 millions.


Envolé le rêve de Adil Douiri, l’ex-ministre du Tourisme. Oubliée la fameuse vision : les 10 millions de touristes ne seront pas au rendez-vous en 2010. Les professionnels du secteur comme Mohamed Boussaïd, ministre du Tourisme, revoient leurs ambitions à la baisse : le nouveau chiffre à atteindre est désormais rogné à 9,3 millions. Le retard pris dans la réalisation des différentes stations balnéaires du plan Azur y est certes pour quelque chose. Mais la récession qui menace l'économie mondiale est loin d'arranger les choses. Et selon des professionnels du secteur, même le nouvel objectif reste irréalisable, voire irréaliste. “Avec la crise internationale, nos estimations doivent être revues à la baisse encore une fois”, explique un hôtelier. D’autant que le secteur du tourisme est plus sensible que d'autres à la déprime de la consommation dans les pays les plus atteints par la crise. “Du côté français, notre principal marché émetteur, la baisse des réservations atteint les 20 à 30% pour les vacances de la Toussaint. Si ce n'est pas alarmant…”, déplore un voyagiste. Une situation qui, on s'en doute, ne laisse pas indifférentes les autorités de tutelle. Un plan de sauvetage est déjà en préparation au ministère du Tourisme sous la houlette de Boussaïd. Mais pour le moment, le ministère se refuse à révéler le moindre détail sur le contenu de son dispositif de relance. “Nous ne communiquerons qu'une fois le plan de sauvetage mis sur pied”, souligne-t-on au département de Boussaïd. Ce dernier a récemment réuni ses troupes pour plancher sur une stratégie de crise. Une “Task Force” avait pour mission principale de proposer “un plan d’anticipation (Cap 2009) urgent et réaliste, qui sera mis en exécution au cours de l’année prochaine”. Le groupe de réflexion comprend les différentes fédérations qui interviennent dans le secteur. “Les réservations ont chuté de 10% ces dernières semaines. La planche de salut viendra certainement du tourisme intérieur. Nous avons déjà mis en place une panoplie de mesures pour attirer les clients nationaux”, confie Saïd Bennani, voyagiste à Casablanca. Pour rappel, ce sont les nationaux qui avaient sauvé la mise au secteur en 1991, avec la crise liée à la guerre du Golfe.


Exportations.
Double sanction

Le déficit commercial du Maroc
dépasse les
80 milliards de dirhams
au terme des 7 premiers mois de 2008.


Chez les exportateurs, la situation est on ne peut plus délicate. “Nous sommes doublement sanctionnés. D’abord par la chute des commandes, qui se réduisent comme une peau de chagrin, mais aussi par la parité monétaire, qui n'est certainement pas à l'avantage du Maroc”, déplore Ahmed Raïssi, producteur d'agrumes. Un euro en baisse et un dollar en hausse n’arrangent pas la situation des secteurs dont les produits sont destinés aux marchés étrangers. “Supposons que j’ai passé une transaction en août avec un euro à 11,50 dirhams, le paiement ne se fait généralement que dans 90 jours. Je me retrouve alors avec un euro à 10,9 dirhams, soit une perte sèche de 10% sur mon prix de revient”, se plaint un chef d'entreprise. Avec un déficit commercial qui se creuse de plus en plus (il a déjà franchi aux termes des sept premiers mois de l’année le seuil de 80 milliards de dirhams), une parité euro/dollar qui ne joue pas en faveur de nos exportateurs, la situation ne peut que s’aggraver. Des mesures ont été incluses dans le projet de Loi de Finances 2009 pour stopper l’hémorragie de la balance commerciale, qui accuse un déficit de 64%. Selon Abdellatif Maâzouz, ministre du Commerce extérieur, un fonds spécial de 500 millions de dirhams, dont 250 millions au titre de 2009, a été créé avec pour objectif de promouvoir les exportations. Le gouvernement prévoit également la réduction des coûts des intrants, à travers la baisse des taxes sur l'importation et l'encouragement de la capitalisation des PME et leur regroupement en consortiums. “La mise en œuvre d’une politique d’accompagnement est nécessaire. La SMAEX apporte un appui aux exportateurs à travers un fonds public, géré pour le compte de l’Etat, prévu pour couvrir les risques politiques, catastrophiques et de non-transfert”, explique sa présidente Nezha Lahrichi. Et de rassurer : “Notre assurance crédit permet de couvrir le risque de non-paiement et d'aider au recouvrement des créances pour les non-assurés”.

 
 
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