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Par Abdellah Tourabi
Analyse. Un désastre nommé capitalisme
Quy a-t-il de commun entre le règne de Pinochet, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak et leffondrement de lURSS ? Pour la journaliste Naomi Klein, tous ces événements sont liés à un capitalisme du désastre, analysé dans un livre passionnant.
Pour expliquer la nécessité de la thérapie de choc que les institutions monétaires internationales ont prescrite à la Pologne au début des années 90, léconomiste américain Jeffrey Sachs a eu recours à la |
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métaphore suivante : Quand on vous amène un type dont le cur a cessé de battre, vous lui ouvrez la cage thoracique sans vous préoccuper des cicatrices que vous risquez de laisser. Lessentiel, cest que le cur recommence à battre. Sauf que, parfois, la tentative de réanimation prend des airs de carnage. Cest ce que tente dexpliquer la journaliste canadienne Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc (Actes-sud, 2008), où elle revient sur plus de quatre décennies de tentatives dimposition de l'ultralibéralisme économique dans le monde et ses conséquences.
Privatisation tous azimuts
Dans ce livre fort documenté, qui conjugue investigation et réflexion politique et économique, Naomi Klein analyse les ressorts de ce qu'elle appelle un capitalisme du désastre. Un modèle économique qui voue un culte totémique au marché, capable, selon cette vision, de s'autoréguler loin de toute intervention de l'Etat. Ce capitalisme prône une privatisation à outrance de toutes les activités réservées traditionnellement au service public, y compris celles de la sécurité sociale, de l'enseignement et parfois même de la défense. Pour l'auteur, ce système qui abolit les frontières entre le gouvernement et l'entreprise, n'est finalement ni libéral, ni conservateur, ni même capitaliste, mais plutôt corporatiste. Il se caractérise ainsi par un transfert des ressources publiques vers de grandes entreprises privées et participe à la consolidation des collusions entre la classe politique et le monde des affaires. Ce modèle économique est proposé notamment comme une solution à des Etats qui entament leur sortie dune situation de crise (guerre, effondrement du système politique ou économique
), en leur recommandant un changement radical dans la gestion économique de leurs pays.
Klein désigne léconomiste américain Milton Friedman comme le concepteur et la figure tutélaire de ce modèle. Les idées de ce lauréat du prix Nobel déconomie ont marqué des générations de décideurs et les politiques qu'ils ont menées dans leurs pays. Ses thèses ont même trouvé écho auprès de gouvernements peu fréquentables, comme le Chili de Pinochet, où les Chicago Boys, étudiants et disciples de l'économiste américain, ont été les conseillers économiques et les ministres du dictateur. La stratégie du choc énumère les effets de ces politiques économiques dans certains pays et leurs coûts en termes de fragilisation des classes moyennes, de démantèlement des filets sociaux et d'aggravation des disparités entre riches et pauvres.
Le mythe du chaos créateur
Naomi Klein analyse, documents et témoignages à lappui, les mécanismes dinstallation de ce capitalisme du désastre via des thérapies de choc prescrites, voire imposées par les bailleurs de fonds. Selon lauteur, le désastre déclencheur (un coup dEtat, un attentat, un tsunami, leffondrement des marchés
) place des sociétés dans un état de choc, les amenant à abandonner des droits qu'elles auraient, dans dautres circonstances, jalousement défendus. Lauteur cite une multitude dexemples de situations de crise débouchant sur la naissance dun capitalisme qui réduit lEtat au rôle de veilleur de nuit et assoit la domination économique et politique de certaines catégories sociales. Une démonstration étayée par des chapitres consacrés aux expériences des pays dAmérique Latine, de la Russie post-soviétique ou de l'Amérique après le 11 septembre et louragan Katrina. Ce livre, paru bien avant léclatement de la crise financière internationale, apporte aussi des éléments danalyse pouvant éclairer certains aspects de cette crise, notamment le fondamentalisme économique du gouvernement américain. |
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