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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

“Je milite pour le parti du tracteur”

Rachid Chrii, Militant associatif
(DR)

Antécédents

1965. Voit le jour à Safi.
1984. Quitte le lycée et devient marin.
1989. Rejoint la fonction publique en tant qu’employé aux collectivités locales.
2003. Torturé puis jeté en prison après avoir dénoncé les agissements de la police à Safi.
2004. Bénéficie d’une grâce royale au même titre que d’autres détenus politiques.
2008. Rejoint le Parti authenticité et modernité de Fouad Ali El Himma.

Smyet Bak ?


Vous avez oublié ?
Non, je souris. Mon père s’appelle Abdellah Ben Abdelkader.

Vous souriez parce que cet interrogatoire vous rappelle les vrais, ceux de la police ?
Oui, sauf que les méthodes, et surtout les questions, n’étaient pas les mêmes. Quand la police m’a arrêté, ce n’était pas pour me demander le nom de mon père.

Smyet mok ?
Hafida.

Nimirou d’la carte ?
Z 87206

Vous êtes un marin, à la base. Comment avez-vous fait pour “nager” jusqu’à des milieux comme les collectivités locales, le milieu associatif, la politique ?
C’est la vie qui a décidé pour moi. J’ai beaucoup ramé, et je continue d’ailleurs.

Vous êtes devenu célèbre le jour où vous avez été violé et jeté en prison en 2003, avant d’être gracié par le roi. Avec le recul, qu’avez-vous gardé de cette expérience ?
De l’amertume, bien sûr. Mais aussi le sens du devoir, du combat. J’ai compris qu’il ne fallait écouter que soi-même, faire ses propres choix, les assumer. Quitte à mettre sa vie en danger.

La prison, finalement, c’est aussi formateur que les voyages ?
J’imagine que vous plaisantez. Ou alors vous parlez des prisons suédoises. Au Maroc, la prison ne corrige pas les erreurs, elle les décuple. Elle enfonce l’individu, elle creuse les blessures.

Vous parlez de la prison de Safi, que vous avez visitée en tant que militant des droits de l’homme avant d’y séjourner parmi les détenus de droit commun ?
Je parle de la prison en général. On y voit de tout. Le surpeuplement, la corruption, les abus, les deals, les passe-droits, etc. À partir du moment où vous mettez ensemble un détenu qui purge une peine de quelques semaines et quelqu’un qui est là pour 30 ans, que pouvez-vous espérer ?

Votre combat a-t-il servi à quelque chose ?
Je l’espère. C’est la police judiciaire de Safi qui m’a torturé et jeté en prison sous de fausses accusations. J’ai au moins obtenu la mutation de mon tortionnaire et la supervision des activités de cette même police judiciaire par la préfecture de police, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Si vous croisez votre tortionnaire, vous…
Je ne le croiserai pas. Je suis à Safi et il n’y est plus.

Vous avez milité dans les rangs de l’AMDH, qui est une ONG de gauche. Aujourd’hui, vous êtes au CMDH, que l’on dit proche des islamistes. Cela peut surprendre, non ?
Oui et non. Le fait est que les deux associations militent pour les droits de l’homme. Les deux sont proches du petit peuple, des travailleurs et des gens humbles, surtout dans une ville comme Safi. J’ai simplement quitté l’AMDH parce que je ne m’y retrouvais plus. J’ai senti un trop grand écart entre les slogans et la réalité des faits, des hommes.

Vous auriez pu “nager” jusqu’au FVJ, ou l’OMDH, de sensibilités voisines, au lieu de ramer jusqu’au lointain CMDH.
Je vais vous dire : à l’AMDH, certains de mes camarades refusaient de défendre quelqu’un parce qu’il était islamiste. Au CMDH, on ne refuse personne, qu’il soit de gauche ou de droite. L’essentiel est de défendre les droits des citoyens.

On dit que vous avez rejoint le parti du tracteur. Qu’en est-il ?
J’imagine que vous parlez du parti de Fouad Ali El Himma (le PAM) et de son mouvement (le MTD). Eh bien oui, je les ai rejoints.

Cela ne vous pose aucun problème ?
Aucun. Je suis un homme d’action, je ne crois pas aux dogmes et aux idées reçus. Dans ce parti, j’ai retrouvé des hommes dignes de confiance. Les Khadija Rouissi, Salah El Ouadie, etc., sont des personnes qui comptent pour moi. Dire que tous ces gens ont retourné leur veste est, passez-moi l’expression, de la foutaise.

À votre libération en janvier 2007, tout Safi vous a accueilli comme un héros…
Et alors ?

Rien, rien. Vous aimeriez que Safi retrouve son rang de champion du monde des sardines… ou que le club local devienne enfin champion du Maroc de foot ?
Les deux, les deux. Même si je ne vois pas trop comment pour le moment (rires).

 
 
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