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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Rahim Sefrioui

Politique. Archane seul au monde

Mahmoud Archane, porté disparu
dans le paysage politique.
(TNIOUNI)

Politiquement isolé, à la tête d'une formation décimée, l’ancien commissaire et patron du MDS a manifestement perdu de sa superbe. Chronique d’une descente aux enfers.


Loin, très loin, semble le temps où Mahmoud Archane faisait la pluie et le beau temps, y compris sur un échiquier politique taillé sur mesure par Driss Basri. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les hommes aussi. Et la rubrique “pertes et profits” s’allonge dans un sens qui ne sert guère les intérêts de l’ex-policier converti à la politique.

Il était une fois le MDS
Lors des élections législatives de 1997, le Mouvement démocratique et social (MDS) rafle 47 sièges à la Chambre des représentants. Mahmoud Archane, au sommet de sa forme, jubile. Et il y a de quoi : un groupe parlementaire, les grands à côtoyer et une voix au chapitre face à un gouvernement dirigé par un certain Abderrahmane Youssoufi. Pourtant, le MDS (fondé le 15 juin 1996) venait à peine de boucler une année d’existence. Une décennie auparavant, le commissaire Archane faisait partie du fameux “groupe des huit”, approchés par Hassan II pour “mettre de l’ordre” dans la maison harakie et, surtout, contrer l’omniprésent Mahjoubi Aherdane. À l’époque, il a été décidé d’instaurer une présidence tournante du Mouvement populaire. Mais, las d’attendre, Mahmoud Archane a fini par claquer la porte pour ouvrir sa propre “boutique” : un énième enfant sorti des entrailles du MP, qui vient s'ajouter à la fronde déclarée par Mohand Laenser. Fidèle à lui-même, il choisit une devise assez révélatrice de “l'idéologie” de sa formation : “Dieu, la Patrie, le Roi”. Que dire de plus ?

L’ex-commissaire enchaîne les succès politiques. Membre de la Chambre des conseillers, il préside la municipalité de Tiflet et le conseil provincial de Khémisset où est sise la commune rurale de Khmiss Sidi Yahia, chef-lieu de la tribu des Aït Ouahi, qui a enfanté un Driss Benzekri. Même localité, fortunes diverses. À la même époque, Mahmoud Archane mène une bataille sur tous les fronts pour se dédouaner d'un passé encombrant. Il brandit, à la télévision, une carte de résistant. D’aucuns en rient, souvent jaune. Ses (présumées) victimes, dont un certain Salah El Ouadie, refusent de lui serrer la main, qu'elles disent tâchée de sang. Qu'importe ! Archane enchaîne les procès contre la presse pour ces mêmes “allégations” de tortionnaire ! Il traîne devant les tribunaux Narjis Reghaye, mais aussi Nabil Benabdellah, futur ministre de la Communication. Les journalistes qui le rencontrent découvrent aussi la “face cachée” de Archane. C'est notamment le cas d'un journaliste de TelQuel qui y a laissé… son magnétophone !

Le fils honni
En mars 2006, le Mouvement populaire initie un nouveau virage et les Harakis décident, de nouveau, de regrouper la famille. Mais Mahmoud Archane n'est pas parmi les appelés. “Déjà qu’à l’époque, il n’était pas du tout évident de réunir les trois mouvances (MP, MNP et UD, ndlr). Intégrer une quatrième composante aurait davantage compliqué les choses même si la porte était restée, officiellement, ouverte à ceux qui voulaient regagner le giron familial”, explique un responsable haraki. Sans oublier que le personnage et ses ambitions posaient problème. Car si le partage des responsabilités s’était naturellement fait entre Aherdane, désigné président, Laenser, bombardé secrétaire général et, pour adjoint, le Rifain Mohamed Fadili, “caser” Mahmoud Archane n’était pas une mince affaire. “Les trois composantes réunifiées en 2006 avaient déjà des visions communes et même un seul groupe parlementaire depuis 2002. Mahmoud Archane n’avait plus rien à apporter, ni politiquement, ni par un groupe de députés des plus instables”, commente un jeune cadre du Mouvement populaire. Même au regard des jeux d’arithmétique, le MDS n’était pas si intéressant pour les amis de l’Amghar. Cependant, ce dernier gardait encore des contacts avec Archane et essayait d’en faire usage au moment opportun. Ce qui fut fait quand Aherdane sentit un nouveau vent de fronde, personnifié par la menace des clans Laenser et Fadili. C’est le sens d’une secrète initiative de rapprochement en septembre 2006, à travers Hassan Maouni et Hachmi Semouni, mais qui a échoué à la dernière minute. Ayant eu vent qu’un communiqué annonçant une alliance, signé par Aherdane et Archane, allait être rendu public, Mohand Laenser et Mohamed Fadili s'y sont énergiquement opposés, remettant le patron du MDS à sa place. Ce qui n'a pas empêché les groupes parlementaires respectifs de continuer à coordonner leurs actions, avant que le MDS ne devienne une coquille vide. Pour de bon.

Le test du 7 septembre 2007
De 47 députés en 1997, le MDS dégringole à seulement 9 en 2007 (pour une neuvième position au classement des partis) et n’en compte désormais qu’un seul : Driss Oukemni. Et encore : l’homme est pratiquement obligé de garder l’étiquette MDS vu qu’il assume, au nom de cette formation, les fonctions de secrétaire de la Chambre des représentants. Le reste des députés ? Il a tout simplement rejoint les rangs du groupe du Parti authenticité et modernité (PAM) de Fouad Ali El Himma. “Un ministre de l’Intérieur a tout fait pour Mahmoud Archane. Un autre lui a tout pris”, ironise un parlementaire qui confie que l’ex-commissaire ne cache plus son mécontentement du “petit jeu” de l’ex-ministre délégué à l’Intérieur. Ce dernier avait même réussi à faire échouer un autre projet d’alliance entre le MP, le PRE (Parti du renouveau et de l’équité de Chakir Achehbar) et le PED (Parti de l’environnement et du développement d’Ahmed Alami) au lendemain des élections de septembre 2007. Le PED (5 députés) a fini par se saborder et se dissoudre dans le PAM. Seul et isolé, Mahmoud Archane se targue toujours d'avoir des troupes. Mais les faits sont têtus. Coquille vide, le parti en a d’autres en guise d’organisations parallèles et de “structures de décision”. Mais bien malin qui pourrait donner un seul nom de membre du bureau politique du MDS. Quant à l’organisation de la femme du MDS et sa jeunesse, elles sont des plaisanteries qui ne font plus rire grand monde. Le constat s'impose : la carrière politique de Mahmoud Archane est manifestement derrière lui. Surtout que pointent le nez des élections communales et un renouvellement des membres de la Chambre des conseillers. Pourrait-on parler d’un début de “syndrome Abdellah Kadiri” ? “Je défie M. Archane de convoquer, ou de permettre qu’on convoque, un congrès national de son parti. Primo, il n’a plus personne. Deuxio, il ne s’y risquerait même pas, de peur de perdre son pseudo-leadership”, ironise un responsable du Mouvement populaire. “Alternance des générations et participation de la jeunesse” : tel était le thème choisi par Archane pour son parti à la naissance du MDS. Cela pourrait être également son épitaphe.



Emploi du temps. Quelques lots de consolation...

Isolé, Mahmoud Archane n’est pas pour autant un homme abattu. Pas encore. Il reste membre de la Chambre des conseillers aux côtés de son fils, Abdessamad. Il n’est plus président de la municipalité de Tiflet, mais simple membre. Il n’est plus président du conseil provincial de Khémisset, mais a réussi à placer le même Abdessamad dans ce fauteuil. Il est toutefois toujours membre du conseil de la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër où il côtoie de vieilles connaissances, dont Omar Bahraoui, maire de la capitale et ex-haut responsable au ministère de l’Intérieur (à la Direction des collectivités locales). Il pourrait cependant se consacrer finalement, et à plein temps, à la gestion de ses affaires. Et il n’en manque pas. À Tiflet et région, il dispose de plusieurs projets et entités commerciales dont une station-service. Dans cette ville, on susurre toutefois que les impôts chercheraient des "poux" à l’homme pour des impayés couvrant plusieurs années et se chiffrant en millions de dirhams. Entre un déplacement à Tiflet et un saut au Parlement, Mahmoud Archane continue à se donner l’impression d’être présent dans le jeu politique. Il est probablement le seul à en être convaincu.

 
 
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