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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Humeur. Mon royaume pour un cheval

Au Salon jdidi, le roi n’était visible
que sur les panneaux publicitaires.
(A.M / TELQUEL)

El Jadida, dimanche 26 Octobre. Pour la clôture du salon du cheval, la plupart des visiteurs n’ont pas pu accéder à l’hippodrome Princesse Lalla Malika. Esquisse.


On a beau pester, dodeliner, brandir invitations et cartes de presse, on ne rentre pas au Salon du cheval comme dans une vulgaire foire. Il aurait peut-être fallu hennir, tenter le coup de la jument égarée, tester la sentinelle à l’entrée, à l’allure de Jésus en costard-cravate. Mais non, rien n’y fait. Il faut alors se persuader qu’il fait bon être à El Jadida un
dimanche royal. À quelques centaines de mètres de la gare de Mazagan, quelques tentes caïdales et un micro au son saturé brassent destriers maigrichons, clients et marchands.

Cheval, je vous aime
Comme il n’y a aucune indication, quelques citadins des grandes villes - outrecuidance oblige - s’imaginent pendant une seconde que c’est le Salon du cheval… avant de ravaler leur bêtise. Le roi ne viendrait jamais inaugurer un marché local à même la paille. Reprendre ses esprits, prendre un taxi par-dessus lequel tournicote un drapeau du Maroc. Le chauffeur et ses confrères, durant la semaine, ont sillonné l’espace-temps limité à la corniche dégarnie de la ville, s’arrêtant par moments pour glisser un œil indiscret au déroulement des festivités. Pas ce dimanche-là, clôture du Salon désoblige. Il faut se contenter de regarder la mer par-dessus l’épaule d’un policier qui sourit au ralenti, chercher l’oasis culinaire où une assiette de calamars frits vous lorgnera d’un regard bien huilé. Alors qu’une partie du Maroc boit la tasse, que les ponts s’effondrent et que les toits s’écroulent, le soleil est au rendez-vous à El Jadida. Les plus courageux se remettent en route, suivant le chemin bloqué de l’étable princière. Sous l’ombre famélique d’un demi palmier, une horde de bambins tirent leurs mères, ou vice-versa, à qui entrapercevra en premier le roi passer dans sa on-ne-sait-combien de chevaux. Aux enfants qui halètent de chaleur, ceux qui voient leur fibre patriotique perler sur leur front, on fait croire qu’on croisera le souverain en continuant à marcher. On somme les vieillards de se pousser, de s’aligner sur le bord de la route, de laisser passer. Un, deux, trois motards. Le souffle des gamins s’accélère, les pupilles se dilatent… Mais ce n’est pas le monarque. Il faudra se contenter d’admirer ses portraits sur les panneaux d’affichage qui tapissent les rues.

Souvenirs odorants
La fourmilière se dissout sur la longue avenue, continue son exode vers l’hippodrome. Les mâles environnants, étalons de tous les jours, se remettent à leurs activités, louent les formes callipyges qu’ils croisent et repartent, mains dans les poches, en grommelant quelques âneries arrogantes. Au final, bon nombre de curieux se contenteront de l’ultime souvenir odorant, celui des crottes de pur-sang éboulées sur le pavé. Et de quelques coups de feu donnés en l’air, distingués au loin sous un ciel qui bâille.

Si Shakespeare a fait balbutier un “mon royaume pour un cheval” au personnage de Richard III, à El Jadida, pendant qu’un drame d’un tout autre genre noyait le pays, l’adage marocain aurait pu être “des chevaux pour mon royaume”…

 
 
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