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Par Ahmed R. Benchemsi,
envoyé spécial à New York
Spécial élections (États-Unis)
En partenariat avec Newsweek
Objectif Maison Blanche. La dernière ligne droite
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Au terme des trois débats télévisés opposant les deux candidats,
tout reste encore possible
(AFP)
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Donné favori par les sondages, cest Barack Obama qui devrait lemporter. Mais John McCain résiste farouchement, et le facteur racial laisse planer une sourde inquiétude
Quel que soit leur bord, les Américains saccordent sur une chose : cette élection est historique. Et les sondeurs confirment : à J-15, 81% de la population en âge de voter déclare suivre la campagne électorale de très près. Cest un record, dans un pays où la politique a toujours moins intéressé les gens que le baseball. Pourquoi ? Déjà parce que, |
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quel que soit le vainqueur, une grande première aura été enregistrée : un président noir, si Barack Obama lemporte, ou une femme à la vice-présidence, si cest John McCain qui gagne. Mais avant tout, si le peuple dAmérique se passionne autant pour cette élection, cest quil ressent quil est grand temps de tourner la page des années George W. Bush.
Juste après le 11 septembre 2001, 70% des Américains se disaient satisfaits de la présidence Bush un véritable état de grâce. 7 ans plus tard, ce taux atteint péniblement les 11%. Commentaire moqueur de lhebdomadaire Newsweek : 11% dAméricains satisfaits ? Incroyable ! La seule explication valable, cest que ces gens ont mal compris la question de linstitut de sondage. Entre une crise économique abyssale, des dizaines de milliers de gens qui perdent leur maison et leurs économies, et une guerre ruineuse et sans fin en Irak, les maux de ladministration Bush ne se comptent plus. Là-dessus, tous les Américains saccordent : vite, que Bush sen aille !
McCain : Je ne suis pas Bush !
Barack Obama la compris dès le début de sa campagne, et sest appliqué à associer son rival au président sortant. Largument-clé du candidat démocrate est que John McCain, en tant que sénateur de lArizona, a voté à 90% en faveur des décisions de Bush. Ce qui a fait beaucoup de mal à McCain dans les sondages, au point quil sest retrouvé acculé à se plaindre en direct, pendant un des débats de la présidentielle : Sénateur Obama, je ne suis pas le président Bush. Si vous vouliez vous en prendre à lui, il aurait fallu vous présenter il y a 4 ans.
Là-dessus, il na pas tort. Quoi quen dise Obama, le président sortant et le candidat républicain nont pas grand-chose en commun. Ancien prisonnier de guerre, John McCain arbore ses cicatrices comme autant de médailles alors que George W. Bush, pendant la guerre du Viêt-Nam, avait échappé à la conscription en se faisant affecter, grâce à ses relations familiales, dans la garde nationale du Texas. A son retour de guerre, McCain, auréolé de son statut de héros, sétait inscrit au parti républicain et lancé dans la politique. Mais tout au long de sa carrière, il na jamais ménagé ses critiques à son propre camp, se forgeant la réputation, valorisante aux Etats-Unis, de Maverick (franc-tireur). Cette image de vieil oncle qui na pas sa langue dans sa poche lui a attiré une réelle popularité. Lors des primaires, il sétait facilement imposé comme candidat du parti, malgré lhostilité affichée que lui manifestait lestablishment républicain. Son image rassurante et familière faisait de McCain, a priori, un candidat difficile à battre dans un pays encore largement conservateur.
À côté du candidat républicain, Barack Obama fait presque figure dextraterrestre. Fils dune anthropologue du Kansas et dun économiste kenyan qui na fait quun bref passage aux Etats-Unis pendant les années 60 (juste le temps de décrocher un diplôme de Harvard), Barack Obama a passé son enfance à Hawaï puis en Indonésie, où il a fait sa scolarité dans une école musulmane. Etudiant brillant (diplômé de Harvard, comme son père) puis avocat à succès, il a tout laissé tomber à lorée de la quarantaine pour devenir éducateur de rue dans les bas-fonds de Chicago, sa ville dadoption. Puis il a surpris son entourage en se lançant dans la politique et en se faisant élire, assez vite, sénateur de lIllinois. Alors quil avait à peine entamé son premier mandat, il sest fait remarquer, pendant la campagne présidentielle de 2004, par un discours particulièrement inspiré en soutien à la candidature de John Kerry. Sa carrière nationale a démarré là, en fanfare. Quatre ans plus tard, à 47 ans, il est le premier candidat noir à la présidentielle, et un véritable phénomène médiatique. Si son charisme et son éloquence ont tout de suite séduit les élites des côtes Est et Ouest, Obama na pas tout de suite été adopté par les travailleurs blancs, la majorité des électeurs américains qui lui préféraient, au départ, la sénatrice de New York (et femme de son mari) Hillary Clinton. Contrairement à McCain, les primaires ont été pour Obama une longue et pénible épreuve, dont il nest sorti vainqueur quà larraché. Même surmédiatisé, il reste aujourdhui, pour beaucoup, une énigme. Ainsi, et malgré le fait quil a continuellement affirmé sa foi chrétienne, 12% des Américains pensent encore notamment à cause de son second prénom, Hussein quObama est
musulman. Ce qui est clairement ressenti comme un handicap, dans un pays encore traumatisé par le 11 septembre. Il y a quelques jours encore, une vieille dame, prenant le micro lors dun rassemblement électoral républicain, qualifiait Obama darabe. Ce qui a poussé McCain, soucieux de faire preuve de fair-play vis-à-vis de son adversaire, à intervenir en ces termes : Non madame, cest faux. Cest un homme respectable. Hum
Obama no drama
Pour choisir leurs présidents, les Américains ont toujours été très attentifs au caractère des candidats, préfigurant leur attitude en temps de crise. Malgré son âge avancé (72 ans), John McCain est connu pour son tempérament bouillant et impulsif. Surnommé Obama no drama, le candidat démocrate, lui, semble dune humeur égale en toutes circonstances, toujours enclin à peser calmement le pour et le contre avant de prendre une décision. Ce qui a indéniablement joué en sa faveur aux yeux de lélectorat quand, début octobre, la plus grave crise financière depuis les années 1930 a pris tout le monde de court. Alors que McCain annonçait dramatiquement quil interrompait sa campagne pour se consacrer au sauvetage de léconomie nationale, Obama, lui, a déclaré en substance que la dernière chose à faire était de céder à la panique et à la précipitation. A un journaliste qui lui demandait sil comptait, lui aussi, suspendre sa campagne pour se pencher sur la crise, le candidat démocrate a répondu avec un sourire apaisant : Je ne vois pas pourquoi. Un président devrait être capable de faire plusieurs choses en même temps. Les Américains ont apprécié. Et Obama, irrésistiblement, a commencé à prendre le large dans les sondages.
Autre facteur qui a contribué à plomber la candidature McCain : le choix de Sarah Palin comme colistière. Gouverneure de lAlaska, lirruption dans la campagne de cette populiste de choc et ancienne reine de beauté a dabord électrisé la candidature républicaine. Puis Palin sest mise à parler aux médias. Les Américains ont alors découvert létendue de son inexpérience, voire de son inculture. Incapable de citer les journaux quelle lit régulièrement (manifestement parce quelle nen lit aucun), elle a déclaré que son expérience en politique étrangère tient notamment au fait que lAlaska est très proche, géographiquement, de la Russie. Depuis cette remarque, Sarah Palin est devenue la risée du Saturday Night Live, lémission satirique la plus prisée des Américains. Si John McCain continue à la défendre quasimécaniquement, il semble évident quelle fait fuir de plus en plus délecteurs.
À une semaine du jour J, rien ne semble plus pouvoir empêcher lélection de Barack Obama qui dispose, selon les instituts de sondages, de 5 à 10 points davance sur son adversaire. Mais les médias, qui considèrent dans leur majorité que rien nest joué avant le jour du vote, avancent un autre facteur, qui pourrait faire basculer la situation : la race. En 1982, Tom Bradley, maire noir de Los Angeles, avait échoué à décrocher un poste au Congrès alors que la veille du scrutin, tous les sondages le donnaient gagnant. Ce phénomène avait été expliqué par le fait que les sondés mentaient aux sondeurs sur leurs intentions de vote, nosant pas avouer que la couleur dun candidat leur posait problème. Dans une Amérique pas tout à fait libérée de ses démons racistes, on craint que leffet Bradley ne fasse perdre Obama sur le fil. Les analystes, néanmoins, rappellent que depuis 1982, bon nombre de noirs ont été élus au Congrès ou au Sénat, et que pendant les primaires, les sondages ne sétaient pas trompés sur Obama.
Cauchemar à la Maison Blanche
Sondages ou pas, la campagne, à quelques jours du scrutin, bat encore son plein. Alors que la dernière ligne droite samorce, les états-majors des deux camps jettent toutes leurs forces dans la bataille notamment en noyant les chaînes télévisées de publicités. Alors que le staff de McCain singénie désespérément à présenter Obama comme un candidat risqué et dangereux pour lAmérique, le candidat démocrate, qui dispose dun trésor de campagne bien plus étendu que celui de son adversaire, se paye le luxe dacheter des écrans publicitaires de 30 minutes sur les 3 plus grands réseaux télévisés du pays, pour parler despoir et davenir. Selon les experts, les deux candidats auront, dici la fin de la campagne, dépensé près de 400 millions de dollars en publicité.
Tout en rappelant que lélection nest pas encore pliée, les grands médias anticipent déjà sur laprès-élection et rappellent que le prochain président, quel quil soit, héritera dune situation particulièrement difficile. Cette semaine, Newsweek titre ainsi en couverture : Cauchemar sur Pennsylvania Avenue (en référence à ladresse de la Maison Blanche). En pages intérieures du magazine, un cartoon résume parfaitement la situation. Arborant des courbes de sondages favorables, un journaliste déclare à Obama : La bonne nouvelle, cest quon dirait bien que vous allez être président. Ce à quoi le candidat démocrate rétorque : Super ! Et la mauvaise nouvelle ?. Réponse du journaliste, arborant un journal sur lequel on lit les mots crise, récession et guerre : la mauvaise nouvelle, cest quon dirait bien que vous allez être président. |
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Irak, Afghanistan. Obama, pas si colombe que ça
Tout comme John McCain, Barack Obama sest engagé, très tôt dans la campagne, à fermer le camp de Guantanamo sil est élu président. La concordance de vues des deux candidats sarrête là. En 2003, le sénateur républicain avait voté en faveur de la guerre en Irak, alors que le sénateur démocrate sy était opposé, en prophétisant : Cette guerre sera perçue comme une occupation et va en plus nous faire perdre un argent fou, alors que nous avons tant dautres priorités. Aujourdhui, John McCain en appelle à plus de renforts en Irak parce quil est hors de question denvisager la défaite. Obama, lui, se tient à son engagement de retirer lessentiel des troupes américaines dIrak dans un délai de 16 mois
pour mieux les redéployer en Afghanistan ! Le candidat démocrate part en effet dun raisonnement simple, mais efficace : Linvasion de lIrak était une erreur, pas celle de lAfghanistan. Tant que Ben Laden et ses lieutenants nauront pas été capturés ou tués, la guerre contre les Talibans devra se poursuivre quitte à les pourchasser jusquau Pakistan, avec ou sans laccord dIslamabad.
Sur lIran, Obama semble plus soft que McCain, qui tient le président Ahmadinejad pour un infréquentable illuminé qui soutient le terrorisme. Obama, lui, considère quil faut négocier sans pré-conditions avec les Iraniens, mais sans exclure pour autant loption militaire, dans le cas où ils persisteraient à vouloir se doter de larme atomique. Ceux qui voient le candidat démocrate en colombe pacifiste vont sans doute au devant dune désillusion
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