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N° 345
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB se méfie : les policiers ne sont pas là pour le protéger, mais pour l'ennuyer.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem tient à présenter ses excuses aux lecteurs. La semaine dernière, il avait affirmé avec la certitude qui le caractérise que l'informatique faisait à peu près ce qu’on lui demandait de faire. Terrible méprise. Une volée de mails est venue lui rappeler que les ordinateurs, dans leur immense majorité, n'en faisaient en fait qu'à leur tête. Ils plantent quand ils veulent, demandent qu'on les redémarre sans raison, refusent de temps en temps d'ouvrir un fichier ou au contraire le ferment sans le sauvegarder. Ils posent régulièrement des questions stupides du genre : “Voulez-vous sauvegarder votre mot de passe sur ce site, comme ça le moindre bonhomme qui passe par là et qui s'installe dans ce cybercafé pourra regarder vos mails, y répondre à votre place et plonger votre vie entière dans une sorte de chaos relationnel difficile à décrire ?”. Tout cela est vrai. Le patron de Ford, fabricant de voitures américaines donc, vexé de se trouver comparé à Microsoft, a un jour déclaré que si ses voitures étaient aussi fiables que Windows, il fallait s'attendre à ce qu'elles aient des accidents incompréhensibles deux fois par jour, qu'elles demandent “Êtes- vous sûr ?” avant de déclencher l'airbag, que les témoins d'huile, d'essence et de température soient remplacés par un voyant unique “défaillance du système”, qu'on vous oblige à acheter un jeu de cartes routières avec votre véhicule, etc.

Le bougre avait raison, Zakaria Boualem le concède, et il en profite pour lui demander une Ford Mondeo pour la publicité qu'il vient de lui faire. Ah zut ! il est ruiné, comme toute l'économie américaine ! C'est pas grave, la prochaine fois inchallah, quand ça ira mieux pour lui…

Les ordinateurs n'en font qu'à leur tête, donc, exactement comme Zakaria Boualem. Et, surtout, ils nous épient. Saviez-vous par exemple qu'il existe dans les aéroports des systèmes de portiques qui permettent de dénuder les passagers ? Lorsqu'un Zakaria Boualem traverse le système, il y a un policier qui le regarde tout nu. C'est une idée insupportable. Notre héros, qui est d'une pudeur minérale, a presque honte de se déshabiller devant lui-même. L'idée qu'un policier l'observe dans son intimité constitue une abomination. Il ne lui fait pas confiance, à ce policier. Il va peut-être balancer les clichés sur Facebook avec une légende du style : “Zakaria Boualem tout nu, enfin !”... OK, ça n'a pas grand intérêt, mais imaginez la même chose avec Britney Spears. À moins qu'elle ne passe pas par le portique de sécurité, l'idée qu'elle puisse constituer une branche armée d’Al Qaïda étant peu probable…

Pire encore, la plus belle ville du plus beau pays du monde vient de se doter de caméras de sécurité. Pour 20 millions de dirhams, la cité aux 1200 ans a décidé d'équiper ses avenues de grands yeux à moustaches. Et Guercif ? Pas encore… Sans doute parce qu'on ne sait pas si Guercif a 1200 ans ou pas encore. Tout le monde s'en fout, de l'âge de Guercif, l'important étant de dater Fès et de le faire savoir. Fin de la parenthèse, et merci.

Zakaria Boualem proteste. Il n'aime pas l'idée de se faire filmer. Dans un système un peu fiable, à la limite, pourquoi pas ? Si c'est pour combattre la délinquance, pourquoi pas ? Mais chez nous, il y a de fortes chances pour que cela serve à quelques moustachus galonnés pour savoir si Monsieur Benjelloun se couche tôt et avec qui, ou si Monsieur Sqalli préfère le poisson, le MAS ou le Diesel. Zakaria Boualem se méfie, c'est un truc culturel. Dans sa tête, les policiers ne sont pas là pour le protéger mais pour l'ennuyer. Ce dernier mot, "ennuyer", est le plus doux qu'il ait trouvé dans son dictionnaire des synonymes. Il n'a pas vraiment tort, le Boualem. Nos policiers sont là pour protéger le système en premier lieu, et pour récolter un peu de liquide dans un second temps. Si, dans la foulée, ils protègent le Boualem parce qu'il leur reste un peu de temps libre, c'est très bien, mais disons que c'est rare. C'est exactement pour cette raison que notre homme a décidé de ne se rendre à Fès qu'en cas d'absolue nécessité, vêtu d'une grande casquette et les yeux rivés vers le sol. De ce fait, il devient encore plus louche…

 
 
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