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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Portrait. Une certaine dame

Amal Ayouch est une pharmacienne
et actrice respectée.
(TNIOUNI)

Amal Ayouch, en vedette dans la pièce “Il/Houwa” actuellement en tournée, délaisse quelque peu le comptoir de sa pharmacie pour remonter sur les planches. Lever de rideau sur un parcours sans embûches.


Il pleuvait fort sur la grand’ route, comme dans la chanson de Brassens, lorsque Amal Ayouch s’installe dans une “mahlaba” des environs de Casa-Port. L’entrée de l’actrice est à son image, calme et discrète. Amal Ayouch se prête au jeu de l’entrevue en toute simplicité, avant de
prendre le train, comme chaque jour depuis quelques semaines. Comme tous ces anonymes abonnés à la navette… Le train en provenance de Casa-Port est à destination de Rabat, où elle répète avec une partie de la troupe Dabateatr la pièce “Il/Houwa”, écrite par Driss Ksikes et mise en scène par Jaouad Essounani.

“Il” et elle
Aux côtés de la troupe Dabateatr, Amal Ayouch incarne une utérienne, habitante d’Utérus – l’utérus de la Terre. “Le texte est absurde, donc difficile. Nous, Marocains, aimons les choses claires. Notre façon de penser n’est pas adaptée à toutes les situations. Il faut se forcer. Maintenant que je l’incarne par le corps, je le comprends mieux”, détaille la comédienne. “Je crois que cette pièce est en phase de déclencher quelque chose de fort, de différent au niveau du théâtre marocain”. Tiens, et pourquoi donc ? “Parce qu’elle traite de soumission, et que toute la pesanteur vécue au quotidien par un citoyen marocain lambda y est mise en scène. Et que Jaouad Essounani débarque avec son propre univers”. Un nouveau défi, donc, pour l’actrice, qui “préfère accepter moins de projets pour garder le plaisir et l’envie de jouer”. Un désir qui la saisit sur le tard.

Pharmacienne dans le civil
Petite, Amal Ayouch avait effleuré l’idée d’être journaliste, médecin, et bien d’autres métiers académiques. “Avide d’apprendre, c’est le terme science de la vie qui m’a séduite”, se souvient l’actrice. C’est donc la biologie qui l’emporte. De formation en spécialité, elle se retrouve à Montpellier et devient pharmacienne. “Un accident de la circulation m’a fait réaliser que j’étais en train de perdre mon temps. Je voulais faire quelque chose qui me plaisait”. Elle se met alors, en parallèle, aux lettres et au théâtre, qu’elle avait quelque peu pratiqué au lycée. Et elle intègre, au premier essai, une troupe semi-professionnelle. “J’avais encore mes béquilles à ma première audition”, se souvient la comédienne. “Le théâtre, c’est un grand laboratoire, une leçon de vie”, définit-elle sobrement. C’est que la scène lui permet de conjuguer deux pans opposés de sa personnalité : “Je suis quelqu’un de très curieux et de très timide à la fois. Grâce aux planches ou au cinéma, je peux voyager à travers mes personnages, vivre et comprendre, intellectuellement et émotionnellement, des choses vers lesquelles je ne serais peut-être jamais allée”. Amal Ayouch cherche, dans chaque nouvelle expérience, à être confrontée. À quoi ? À ses limites et à ses doutes, bien sûr. “Je trouve ça tellement aléatoire, tous ces diplômes sur lesquels on s’assoit… La vie n’est pas figée, tout comme l’art. C’est pour ça que je fais ce que je fais”.

Rencontre avec Nabyl Lahlou
De retour au Maroc après une vie d’étudiante en France, une période de vide attend Amal Ayouch. Pas vraiment au fait de l’actualité culturelle du pays, elle cherche tout de même à se remettre au théâtre. C’est alors qu’elle fait une rencontre qui marquera un tournant dans sa carrière professionnelle. “Je dois à Nabyl Lahlou ma plus grande aventure théâtrale. J’ai vécu, avec lui et Sophia, son épouse, de très grands moments de théâtre. C’est un authentique créateur, malgré les difficultés”. Elle enchaîne Ophélie n’est pas morte, En attendant Godot, Antigone et bien d’autres pièces avec le metteur en scène. Puis vint le temps de s’ouvrir à autre chose, “d’aller voir ce qui se fait ailleurs”, se souvient la comédienne. L’un de ses plus grands déclics vient en lisant Miseria, livre d’Aïcha Echchanna, présidente de l’association Solidarité féminine. Un livre qui traite, sous forme de témoignages, de l’éternelle question des mères célibataires au Maroc. “Jusqu’alors, j’avais beaucoup travaillé sur des textes universels. Mais je cherchais un texte marocain, sans tomber dans le folklore, une voix féminine à élever”. Naît alors Violenscène, adaptation théâtrale de Miseria, trois témoignages chocs sous les projecteurs. La rencontre avec le cinéma se fait plus par hasard. Elle joue dans son premier film, Les Amis d’hier, sous la houlette de Hassan Benjelloun, puis tourne dans Ali Zaoua, dirigée par Nabil Ayouch, l’un de ses rôles les plus marquants. Elle accumule les expériences au cinéma, alterne le bon et le moins bon. Ce qu’elle en garde, au final ? “Ces purs moments d’adrénaline, où il ne reste qu’une seule bobine pour tourner, et qu’il faut absolument assurer”. Et puis, fidèle à ses premières amours, elle retourne encore et toujours au théâtre. Pourquoi ? La réponse est aussi classique qu’un vieux Racine : “Parce que le théâtre c’est une leçon d’humilité, de l’art fait avec des bouts de ficelle. C’est autre chose que les paillettes”.

Rêves de comédie musicale
À 42 ans, Amal Ayouch est l’une des actrices les plus respectées et les plus fraîches du royaume. Elle a poussé l’autoparodie jusqu’à jouer la pharmacienne dans Sellam, centre d’accueil, court-métrage de Youssef Britel. Maman de deux garçons, de 14 et 10 ans, elle jongle entre son rôle de mère de famille et ses deux métiers. L’actrice a déjà accumulé pièce radiophonique, formation de danse, lectures engagées (avec un penchant pour les textes de Colette, Victor Hugo et Khaïreddine), soirées poétiques et lectures de contes, etc. Elle a aussi appris à dire non, quand il le faut. Et quand elle y va, c’est pour de bon, sans retenue. À l’image de son dernier rôle, dans la pièce de Faouzi Bensaïdi, “Histoire d’amour en 12 chansons, 3 repas et un baiser”. Dans ses rêves les plus fous, Amal jouerait dans une comédie musicale. A Broadway, à Londres, au Caire, ou ailleurs. “Il y a énormément de projets à mettre en place. J’ai eu la chance de m’essayer à plusieurs domaines, je ne me fixe guère de limites, je dois pousser, continuer…”.

Parmi les personnalités artistiques avec lesquelles elle aimerait collaborer, la comédienne cite Narjiss Nejjar (les Yeux secs), Noureddine Lakhmari (Le Regard), Jilali Ferhati (Tresses), “et toute la nouvelle vague de jeunes créateurs qui viennent apporter une nouvelle dynamique”. Pour ce qui est de ses projets futurs, Amal Ayouch est membre de la FAV (Fédération des arts vivants), où elle s’occupe de la programmation du festival “L’Afrique en mouvements”, prévu pour mai prochain. “Pour le moment, mon fils cadet suit de près mon histoire d’utérienne dans Il/Houwa, il est impatient de savoir ce que ça va donner”. À en juger par les premières représentations de la pièce, à Casablanca et Rabat, on peut dire que le résultat est convaincant.



Bio express.

1966. Naissance à Casablanca.
1984. Va poursuivre des études de pharmacie en France.
1987. S’inscrit à Montpellier en fac de lettres et découvre le théâtre semi-pro.
1997. Premier film, Les amis d’hier, de Hassan Benjelloun
1998. Prix de la meilleure interprétation féminine au Festival national du film de Casa pour son rôle dans Destin de femmes de Hakim Noury.
2001. Tourne dans Ali Zaoua, prince de la rue, de Nabil Ayouch.
2007. Joue l’avocate dans Les Anges de Satan, d’Ahmed Boulane.
2008. Joue dans la pièce de Faouzi Bensaïdi, “Histoire d’Amour en 12 chansons, 3 repas et un baiser”.

 
 
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