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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdellah Tourabi

Cinéma. OEdipe président

(DR)

Dans “W.”, Oliver Stone revient sur la carrière politique improbable du président américain George W. Bush. L’histoire d’un homme qui voulait tuer symboliquement un père trop écrasant.


Une scène de W pourrait résumer la thèse de ce dernier film d’Oliver Stone : dans un sommeil perturbé par l’évolution catastrophique de la guerre en Irak, George W. Bush rêve de son père, l’ancien président des Etats-Unis, l’accusant d’avoir déshonoré à jamais le nom de la famille, en lui rappelant sa médiocrité et ses carences. Oliver Stone présente G.W.Bush comme le protagoniste d’une tragédie grecque, animé par des sentiments de revanche, de volonté d’affirmation de soi et d’arrogance. Ces éléments psychologiques vont le mener au zénith de sa carrière politique, en se faisant élire deux fois à la tête de l’empire américain, et par la suite, vers une longue agonie politique, en atteignant des cotes d’impopularité inédites dans l’histoire des Etats-Unis.

La revanche de l’enfant prodigue
Dans ce film, le président américain sortant est décrit sous les traits d’un homme écrasé par le poids de son père. Ce dernier, selon Stone, n’a jamais cru en son fils et ne manquait pas l’occasion de le lui signifier en manifestant une humiliante préférence pour son frère cadet, Jeb Bush, l’ancien gouverneur de Floride. Etudiant médiocre, alcoolique invétéré, rêvant d’une carrière sportive sans en avoir le talent et incapable de se fixer une vocation et un but, G.W. Bush était un cas désespéré pour son père. Quand il lui annonce son souhait de s’engager dans la vie politique, Bush père lui conseille de trouver une autre occupation et de laisser la politique à son frère. Sa première candidature à un scrutin local au Texas se solde par une cuisante et humiliante défaite. Une longue traversée du désert et une série d’épreuves narrées dans ce film, vont forger le personnage de ce président inattendu des Etats-Unis. Ce dernier conçoit sa double élection comme une victoire personnelle sur son père, qui n’a été élu qu’une seule fois.

Loin des clichés caricaturaux sur le locataire sortant de la Maison Blanche, Oliver Stone dépeint un personnage complexe et atypique. George W. Bush n’est pas un intellectuel brillant, ni un tribun exceptionnel. Mais il représentait aux yeux de ses électeurs “l’Américain moyen”, un type avec qui on pourrait boire une bière et parler de base ball, comme il aimait se définir lui-même. Avec des mots simples (certains diront simplistes), il parvenait à convaincre ses électeurs de la pertinence de ses positions. Les attentats du 11 septembre lui ont même fourni l'occasion d'acquérir la stature d’un leader national acclamé par un peuple traumatisé et déboussolé. L’une des vertus de ce portrait du président américain est de montrer des facettes différentes de sa personnalité et de sa carrière politique. Une mention spéciale à l'acteur Josh Brolin, qui campe brillamment le rôle du président américain, avec une confondante ressemblance physique.

L'histoire d'un drame
W, que l’on attend de voir en salle au Maroc, est également une immersion dans le processus décisionnel qui a abouti à l'invasion de l'Irak. Manipulations, cynisme, rêves d'empire et volonté de puissance sont au cœur de cette décision, très lourde de conséquences, et analysée minutieusement. Dans de longues scènes à huis clos, probablement les plus passionnantes de ce film, le réalisateur essaye de reconstituer les positions des membres de l'administration Bush et leurs responsabilités respectives dans cette catastrophe. Un jeu de rôles où personne n'en sort grandie: Dick Cheney, éminence grise de cette administration et théoricien de la guerre, Donald Rumsfeld, patron de l'armée et doté d’un cynisme glaçant, Condoleezza Rice, effacée et soucieuse de ne pas froisser son président. Le seul qui s'oppose à ce prurit belliqueux qui dévore ses pairs est Colin Powell, le secrétaire d'Etat, qui finit pas céder et s'exécuter devant la décision de son supérieur, en soldat discipliné qu’il a toujours été.

Cinéaste des traumatismes qui ont bouleversé les Etats-Unis (Platoon, Né un 4 juillet, World Trade Center) et portraitiste d’hommes politiques (Nixon), Oliver Stone livre avec W une analyse psychologique de l’itinéraire d’un président qui a marqué l’Histoire. Mais certainement pas de la plus glorieuse des manières.

 
 
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