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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

“Oui, le Makhzen a eu raison de moi”

Mohamed Erraji, Bloggeur
(DR)

Antécédents

1979. Voit le jour à Zaouiyat Sidi Yahya.
1993. Arrête les cours à la fin de l’école primaire.
1998. Finit l’école coranique et commence à travailler dans le hammam de son oncle, à Agadir.
2007. Crée son blog. Juin
2008. Devient rédacteur pour le webzine arabophone “Hespress”.
09/08. Ecope de deux ans de prison pour “manquement au respect dû au roi”, avant d’être libéré après six jours d’emprisonnement.

Smyet Bak ?
Erraji Abdellah Belhassan.

Smyet mok ?
Fatima Zahid.

Nimirou d’la carte ?
Je ne m’en souviens pas, attendez que je la sorte…Euh. Je l’ai oubliée à l’hôtel.

L’interrogatoire de police, le vrai, ne devait pas être aussi cordial…
Si. Ils se sont bien conduits avec moi, sans vulgarité ni violence.

Et vous avez souri comme ça au commissaire, de toutes vos dents ?
(Silence gêné). Bien sûr que non… Je n’avais ni l’envie de rire, ni intérêt à le faire.

Ben alors, vous rougissez ?
Je suis timide de nature… Mon père l’est aussi. C’est héréditaire.

Pourtant, c’est bien parce que vous ne mâchez pas vos mots que vous avez été arrêté. Le courage serait-il plus simple derrière un écran ?
C’est avec les gens que j’ai un problème, pas avec moi-même. Dès que j’ai un stylo, une feuille, ou un clavier devant moi, ma timidité s’évapore.

Vous avez décidé, après hésitation, de vous remettre à écrire. La peur est passée ?
Pas vraiment. La peur est encore là, même après coup. Mais je ne peux pas me passer de l’écriture, alors je me suis remis à mon blog. J’ai quelques propositions dans la presse gadirie, mais ça ne me dit rien pour l’instant.

Qu’en est-il de la place du roi dans vos articles ?
Je n’écrirai plus jamais sur le roi, de peur que ce soit mal interprété. Je tiens trop à ma liberté pour la risquer une seconde fois.

Vous défendez donc la liberté d’expression en vous autocensurant…
Si j’ai quelque chose à reprocher au gouvernement, je n’hésiterai pas. Mais je préfère prendre le mal à la racine et éviter toute ambiguïté. Donc, plus de référence au roi. Ce sera ma liberté d’expression à moi.

Et si c’était à refaire ?
J’estime ne rien avoir écrit d’irrespectueux au sujet du roi, mais je ne le referai pas.

En gros, vous vous dégonflez… Le Makhzen a-t-il eu raison de vous ?
Ce n’est pas le roi qui pose problème. C’est la mentalité de la justice marocaine et de la police. Oui, le Makhzen a eu raison de moi, parce que j’ai été poursuivi en justice alors que je n’avais rien fait de mal… C’est ça qui est dur à vivre et à admettre.

C’est le hammam dans lequel vous travaillez qui vous inspire vos idées bouillonnantes ?
Mes idées, je ne les commande pas. Elles m’arrivent n’importe où, n’importe quand, même lorsque je prie ou que je suis au hammam.

En tout cas, les vapeurs du hammam ont dû vous monter à la tête, pour vous présenter devant le juge en foukiya… Vous optez pour le costard-cravate au boulot ?
(Rire). Certains de mes amis m’ont fait la même remarque… J’étais habillé de la sorte, je n’ai pas pensé à me changer avant de me présenter au tribunal. Je ne sais pas, ça aurait pu jouer sur l’avis du juge, de voir un accusé habillé en fqih, et non en journaliste.

En parlant de vous, le porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, a déclaré ne pas vous considérer comme un journaliste. Qu’en dites-vous ?
J’ai toujours voulu être journaliste… Mais oui, je ne le suis pas. Je n’ai pas le niveau scolaire nécessaire pour l’être. Je préfère dire que je suis bloggeur, apprenti journaliste tout au plus.

Pourtant, vous avez entre autres collaboré avec Nichane. Vous avez troqué des bons de hammam contre des pages de l’hebdomadaire ?
Je n’ai écrit pour Nichane qu’à ma sortie de prison, pour raconter ce qui m’est arrivé. C’est l’unique rapport que j’ai eu avec le magazine.

Votre expérience carcérale a l’air de vous avoir traumatisé… Vous avez proposé aux autres prisonniers de leur frotter le dos pour qu’ils vous laissent en paix ?
Frotter 52 dos dans l’équivalent de 35 mètres carrés, ça aurait été un peu dur… Et puis je ne suis pas kessal, je m’occupe du guichet au hammam.

Les gens vous reconnaissent plus dans le hammam ou dans la rue ?
Forcément, je suis plus sollicité au hammam. Les gens me reconnaissent aussi dans la rue, ils sont contents de me voir en liberté.

Si le roi vous proposait une “grima”, vous diriez quoi ?
Je ne la toucherai pas, par principe. Ce n’est pas parce que j’ai décidé d’éviter les sujets qui fâchent que je vais commencer à me contredire. Je pense ce que j’ai écrit, mais je préfère désormais le penser en silence.

 
 
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