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Pages coordonnées par Maria A. Daïf
La semaine.
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Abattoirs de Casablanca
(DR)
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Résurrection. Des fleurs sur le fumier
Lart surgira-t-il des Abattoirs ? On peut maintenant y croire, puisque la mairie de Casablanca, appuyée par celle dAmsterdam, vient dannoncer la transformation de ce mythique lieu patrimonial en espace culturel. Fleuron architectural achevé en 1922 par Desmarest, alliant style néo-mauresque et structure avant-gardiste en béton armé soulignée de zelliges jaunes et verts, les Abattoirs sont plus quun bâtiment à ressusciter : Cest plus de cinq hectares, presque un quartier, précise |
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| Selma Zerhouni, appelée par la municipalité pour plancher sur la reconversion du lieu, avant un possible appel à initiatives. Larchitecte faisait dailleurs déjà partie dun projet similaire en 2002 : rassemblant entre autres son confrère Rachid Andaloussi, la (alors) comédienne Touria Jabrane, le poète Mustapha Nissabouri et le peintre feu Mohamed Kacimi (invités à la table du roi pour en discuter), lAssociation Majazir Addar Al Baïdaa avait alors entamé des séances de travail avec lex-wali Driss Benhima, avant que les discussions ne glissent vers des questions plus sensibles de rentabilité. Si lavenir culturel des Abattoirs est encore flou, le projet devient néanmoins plus concret : Le 12 décembre, des invités internationaux viendront à Casa faire part de leur expérience dans la réaffectation de friches industrielles, à linstar du Matadero de Madrid, annonce Selma Zerhouni. En tout cas, ni classicisme ni folklore dans ce qui pourrait sappeler Le Printemps des Abattoirs, davance dédié à lart moderne et urbain. Cest possible : en 2004, la compagnie Monkeyz ex Machina y avait revisité Ajax de Sophocle. |
Sortie. Entre les gouttes
Une féministe entrée en politique qui fait campagne dans sa région natale, sa sur, mère de famille étouffée entre blessures denfance et dilemme conjugal, son amant, documentariste distrait préparant une série sur les femmes qui ont réussi, son ami Karim, fils de femme de ménage algérienne, réceptionniste dhôtel et réalisateur à ses heures
Dans la grisaille déprimante du mois daoût, le tandem Jaoui-Bacri tisse à nouveau une comédie aigre-douce aux airs de fugue existentielle, dont les personnages valsent lentement entre paraître et solitude, écoute et ressentiment. Comme dans Un air de famille (1996) ou Le Goût des autres (2000), on y apprend à dépasser lamertume pour sexprimer et tendre la main aux autres. Si Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri resservent des jeux justes mais récurrents, Jamel Debbouze démontre bien toute la subtilité de la simplicité, insufflant au film sa fraîcheur. Dautant que la plume sest faite moins acerbe, plus ronde, et on se demande si on naurait pas préféré quil tempête un peu entre les gouttes.
Parlez-moi de la pluie, au mégarama.
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Projet. Casa aura son théâtre
Casablanca aura son théâtre municipal, cest ce qua annoncé Touria Jabrane, ministre de la Culture. Financé par son ministère et le généreux don dun prince émirati, le théâtre, dont le chantier démarrera en 2009, sera situé juste derrière la wilaya de Casablanca. Du beau, du grand, cest ce qua promis la ministre, seul moyen de faire oublier le premier théâtre municipal de la ville, joyau de larchitecture coloniale, démoli dans les années 70. Ce membre de lassociation Casamémoire tempère : Un mythe a été construit autour de ce théâtre, qui ne devait tenir que quelque 4 années puisque construit en préfabriqué. Le nouveau, lui, sera en dur, voilà pour ce qui est sûr. |
Net. Islam Comedy Club
Lancé par lassociation française Filmoud Afriqua qui se consacre à la réalisation de films sur les rapports Nord/Sud, le site apartcatoutvabien.com vaut vraiment le détour. Le concept ? Une série de sketchs mettant en scène des situations de la vie quotidienne, qui tournent autour de la pratique de la religion musulmane. Et surtout sur le regard porté sur elle dans la société française. Nous voulons établir le dialogue, détendre les esprits pour faire du choc des civilisations une farce plutôt qu'un drame, et rire de nos peurs, de nos différences, de nos faiblesses, de nous- mêmes et aussi des autres, expliquent les fondateurs sur leur site web. Ces acteurs, réalisateurs et auteurs viennent tous de divers horizons. Parmi eux, deux comédiens dorigine marocaine très prometteurs, Younes Sardi et Hassan Zahi. Le site a accueilli 30 000 visiteurs depuis son lancement il y a 10 jours, alors quil noffre à voir pour le moment que 3 sketchs. À visionner le plus vite possible sur apartcatoutvabien.com. |
Insolite. Amaz ouvre toujours la Bush...
On savait quAmazigh Kateb, lex- chanteur de Gnawa Diffusion, appréciait modérément la politique de George W. Bush. La grande gueule de la scène franco-maghrébine sest réjoui de lélection de Barack Obama en lançant en téléchargement libre son nouveau single, Bush Met (Bush est mort), quelques heures seulement après lannonce du résultat de la présidentielle américaine. Les paroles du refrain sont explicites : Bush vient de mourir / Dune overdose de Coca. Loccasion dapprendre que le premier album solo post-Gnawa Diff du fils de Kateb Yacine est en cours denregistrement, et quon devrait lécouter pour la première fois en avril au Maroc. |
Design. La théière de Hicham
Hicham Lahlou est sans doute le designer marocain le plus consacré. Grâce, en grande partie, à sa théière Koubba qui lui a valu les honneurs des spécialistes du genre dans le monde (du design, pas des théières !). Deux modèles de la théière ont dailleurs été achetés par le Musée des arts du monde de Rotterdam. Hicham Lahlou, designer et architecte dintérieur, est aussi lauteur de centaines dobjets (mobilier, art de la table, luminaires), et dune ligne complète de mobilier urbain pour la ville dAgadir. Jusqu'au 9 mars, il est présent au 10ème anniversaire de lObserveur du design (exposition et prix français internationalement reconnus) à Paris, et y montre ses collections Dar et Almodovar. Que de bonnes raisons pour lInstitut français de Casablanca de lui consacrer lexposition De la théière à la ville, du 12 novembre au 20 décembre. |
Arts plastiques. Calligraphe dissident
Larbi Cherkaoui fait bel et bien partie de la dream team des jeunes artistes peintres marocains avec lequels il faut désormais compter. Marrakchi jusqu'au bout de son pinceau, lartiste a tracé doucement, mais sûrement, son petit bout de chemin, comptant sur sa maîtrise incontestable de lart de la calligraphie, sa fluide gestualité (que certains comparent à celle de Jilali Gharbaoui), et sa recherche systématique de léquilibre des formes et des couleurs. Mais attention, Cherkaoui nest pas juste un faiseur de signes traditionnel. Sous son pinceau, la lettre prend place puis explose, comme libérée. Les travaux récents de Larbi Cherkaoui seront nichés à la galerie Noir sur Blanc, à Marrakech, jusquau 27 novembre. À voir si vous êtes dans les parages. |
Rencontres. Tous à lécole
LESAV (Ecole supérieure des arts visuels) est en phase de devenir un acteur privilégié du 7ème art. la preuve : dans le cadre du partenariat quelle a signé avec le FIFM, lEcole organise des master class ouvertes au public, avec les membres du jury du Festival. Le concept est simple : des rencontres entre professionnels, étudiants et cinéphiles pour discuter librement de cinéma. Le réalisateur britannique Hugh Hudson (Les chariots de feu, Greystoke, My life so far
) ouvrira la séance le mardi 18 novembre à 17H30, suivi le lendemain par Agusti Villaronga, réalisateur espagnol (Lenfant de la lune, La mer
), et enfin le jeudi 20 novembre, lacteur égyptien Ezzat El Alaili rendra hommage au regretté Youssef Chahine, avec qui il a plusieurs fois travaillé. Et pour une fois, pas besoin de badge pour participer. |
Telefilm. Les secrets de Farida
Farida Belyazid (Une porte sur le ciel, Ruses de femmes, La chienne de vie de Juanita Narboni) reprend du service : la réalisatrice du documentaire Casanayda sattaque à Secret de famille, un nouveau téléfilm pour 2M. Une histoire contemporaine, explique en vitesse Farida Belyazid, chopée entre deux coups de claps à Tanger, sa ville natale. Le racisme mais aussi les histoires damours impossibles sont au centre du téléfilm, lance la réalisatrice, qui entame sa deuxième et avant-dernière semaine de tournage. Quant au casting, les noms dévoilés sont ceux de Nora Skalli (distinguée dans la pièce théâtrale Bnat Lalla Mennana) et de Yara Alghafri (note de fraîcheur dans Islamour de Saâd Chraïbi). Bientôt sur vos petits écrans. |
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Humeur.
November rain
Cest la pluie. Tout est la faute de la pluie au Maroc. La sécheresse, les inondations, les noyés, les usines au chômage technique, les récoltes hypothéquées et les connections Internet perdues dans la tempête. Oui, tout est la faute de la pluie. Même écouter un slow guimauve de Guns & Roses sur un juke-box, un jour où il flotte, où il crachine, où ça fait tout de même chier ces gouttes coulant sur la vitre du bar. À Casablanca, la pluie de novembre est plus cruelle quà Paris. Elle réveille aussi les rhumatismes du cur. Le souvenir dun parapluie, dune fille sous le pébroque, dun mec cherchant une ombrelle. ça fait faire des choses idiotes la pluie à Casa. Comme fredonner And it's hard to hold a candle in the cold November rain. Paroles aussi imbéciles quElton John et sa bougie pour Diana. Cest que la pluie rend mou quand on est bien au chaud, à labri dune vitre. La compassion vous inonde, cest de la complaisance avec soi-même, un fond dégoïsme citadin ressurgissant à la surface. ça fait oublier la tante et son champ de patates transformé en piscine olympique, les petits cousins les pieds dans leau, à linstar dun slogan pour résidence balnéaire. Mais bon, comme ils ont dit à la télé, on ny peut rien. Cest pas notre faute, ni celle de Guns & Roses. Cest juste quil pleut
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Droit au cur
À laffiche de la Cinémathèque de Tanger depuis le 5 novembre, Les arêtes du cur, signé Hicham Ayouch un village de pêcheurs dont les femmes, rongées par le deuil, glissent vers la folie - est le premier long-métrage de la Film Industry à se faire une place au soleil dans les salles sombres du royaume.
Palabres musicales
Colloque qui vaut le détour à la Faculté des lettres de Rabat les 13 et 14 du mois en cours : Musique et Migration pose une kyrielle de questions pertinentes autour des ponts culturels entre le Nord et le Sud. Le bonus : un spectacle, fruit dune résidence artistique de musiciens africains et européens.
Bizarreries à Souira
Le Festival de létrange repart de plus belle à Essaouira, du 26 novembre au 6 décembre. Le mot dordre est le même, surprendre sans choquer. Tout y est : musique, expositions, concours darts plastiques et hommages à Boujemaâ Lakhdar et Ali Didouh, artistes originaires de la cité des vents. Rien de bizarre quoi. |
Spécial Festival des Andalousies Atlantiques dEssaouira
Hommage. Samy Elmaghribi, poète du peuple
Ils lont promis, ils lont fait : le Festival des Andalousies Atlantiques sest articulé, pour sa cinquième édition, autour dun hommage à Samy Elmaghribi. Cest que la carrière du feu chanteur juif marocain répond exactement au concept pacifiste du Festival : dialogue entre les peuples, cultures entremêlées et mises au profit de lart. Lartiste, qui sest éteint en mars dernier à Montréal, a laissé derrière lui une discographie et une trace intacte dans le patrimoine musical national. Auteur du fameux Kaftanek Mahloul et autres airs désormais populaires, moulay Hassan le poussera, en 1955 à Saint-Germain-En-Laye, à chanter devant Mohammed V. Son Alf Hniya ou Hniya au Sultan lui permettra un retour doré au pays
Du 30 octobre au 1er novembre, parmi spectateurs et participants, le nom et luvre de Salomon Amzallag (vrai nom de Samy Elmaghribi) ont donc trouvé écho. Sur scène dabord, avec la participation de sa fille, Yolande Amzallag, au Festival. Mais surtout durant les forums, Identités multiples et musiques métisses. Samy Elmaghribi, en 1948, disait être le plus heureux des hommes parce quil fait ce quil aime. Jusquen 2008, on le lui rend bien. |
Forum. Débats et VIP
Pour discuter des identités multiples et musiques métisses, une sélection bien garnie a investi lespace de Dar Souiri : aux côtés dAndré Azoulay, ici président délégué de la Fondation des trois cultures, se tenaient Yolande Amzallag et sa mère, chercheurs, artistes
et VIP. Le big boss de la RAM, Driss Benhima, est venu rendre hommage, en mélomane, à Samy Elmaghribi, qui a démontré que la musique nétait pas hostile à la religion.Et vice versa. Etaient aussi présents le ministre de léducation nationale, Ahmed Akchichine ; Kamal Lahlou, patron de Casa FM et président du groupe Les éditions de la Gazette, mais aussi le professeur français Gilles Kepel, politologue spécialiste du monde arabe et de lislam. Des discussions intéressantes, allant de la carrière de lartiste défunt à des débats sur lestablishment ashkénaze en Israël,etc. Moins séduisant, par contre, lexpo-photo Figures de la chanson judéo-arabe. Qualité dimage laissant à désirer, légendes photos non actualisées où il est écrit, par exemple, que Samy Elmaghribi, âgé de 80 ans, chante toujours... |
Les invités. Singing in the rain
Le temps narrange rien à laffaire, enfin, pas grand-chose. Essaouira, transformée en cité des pluies par la nature, a tout de même maintenu son festival. Cest donc sous un chapiteau que groupes et artistes ont lancé leurs mélodies contre le vent, sous lil entendu dun public grelottant mais content. Parmi les artistes invités, Maxime Karoutchi et Yolande Amzallag ont repris le répertoire de Samy Elmaghribi, et Paco Ibanez, véritable légende espagnole, ami de Dali et autres âmes de lart, a charmé Mogador de sa voix. Avant que Jil Jilala, reprenant malhoun et répertoire jilali ne clôturent le Festival, Essaouira a eu droit,vendredi soir, au show de lensemble El Gusto - fait de maîtres du chaâbi juifs et musulmans - qui a donné son premier concert dans un pays arabe. Défi relevé, pour El Gusto comme pour le Festival. à lannée prochaine. |
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