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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Obama parle d’espoir, de dignité, de changement. ZB est tombé sous le charme.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Lorsque Zakaria Boualem s’est réveillé ce matin et qu’il a vu la tête du nouveau président des Etats-Unis d’Amérique, il s’est aussitôt dit qu’il s’était passé quelque chose d’important cette nuit. Il l’a observé attentivement, puis il a “réétalonné” les couleurs de son écran. Il est finalement arrivé à la conclusion que Barack Obama, le numéro 1 mondial de la planète Terre, est presque noir. Chez nous, on appelle ça un louiyin, une petite couleur. Il a ensuite écouté les discours de ce monsieur. Un ton glorieux, un flow à donner des leçons à des wagons de rappeurs, une présence incroyable. Et puis, il y a les mots. Cet homme parle d’espoir, de dignité, de changement. Zakaria Boualem est tombé sous le charme. Ce Guercifi ombrageux, ce concentré ultime de cynisme et de mauvais esprit, cette usine à ironie, oui, est tombé sous le charme. Il a failli prendre sa carte du parti démocrate, puis il s’est ravisé, la puissance de la réalité géographique ayant eu raison de son étrange élan.

Toujours sur l’écran de télévision, il y a maintenant les messages de félicitations du monde entier. Le leader palestinien compte sur lui pour réanimer le processus de paix, les Iraniens espèrent qu’il sera moins agressif que son prédécesseur, les Georgiens souhaitent qu’il les
protège des agressions russes, quelques Américains expulsés de leurs maisons réclament d’être relogés rapidement, et si possible au centre-ville, et merci. Heureusement qu’il ne joue pas au foot, cet étrange peuple américain, sinon il aurait réclamé une Coupe du Monde ou deux pour rebooster Wall Street. C’est tout simplement infernal. Personne ne demandait rien à Bush, si ce n’est de bien vouloir ramasser ses affaires rapidement, si possible sans déclencher une nouvelle guerre, et d’éviter de venir passer ses vacances dans la région. Maintenant qu’on a un type un peu plus humain, on en profite pour l’ennuyer avec les problèmes du monde entier. ça s’appelle la dsara et c’est bien la preuve qu’il ne faut pas être trop gentil avec les gens.

La télévision passe maintenant les meilleurs moments de la campagne américaine. Zakaria Boualem tombe sur cette scène hallucinante. On y voit une fan de McCain qui s’adresse à son candidat et parle de Obama : “Mais il est arabe !”. McCain l’interrompt promptement pour éviter le dérapage et répond : “Non, c’est un bon père de famille, un homme respectable”. Dans un premier temps, Zakaria Boualem a trouvé ce dialogue profondément absurde. C’est comme si on vous demandait si vous aimez les frites et que vous répondiez : “Non, je suis rajaoui et je vais souvent à la pêche”. Puis, il s’est amusé à remplacer le mot “arabe” par “serial killer” et le dialogue est redevenu cohérent. Vérifiez vous-même, ça marche très bien. La conclusion s’impose d’elle-même : nous sommes devenus une insulte.

La carte mondiale 2008 est parfaitement claire. Il y a trois puissances mondiales, trois empires en expansion : l’américain, le russe et le chinois. Le reste de l’Asie ? De bons élèves du capitalisme, occupés à produire des montagnes d’électroménager. L’Amérique Latine ? Beaucoup de bons footballeurs, quelques révolutionnaires doués, rien de très dangereux. L’Europe ? Un empire en fin de cycle dépassé par les événements, qui gesticule pour se convaincre de sa propre importance. L’Afrique n’existe pas. Il reste donc les arabes, les méchants du film. Zakaria Boualem a toujours aimé les méchants dans les films mais maintenant qu’il en est devenu un, il se demande si c’est une bonne chose. Il n’est pas convaincu d’être capable d’assumer ce statut à moyen terme. à vérifier…

Il y a une nouvelle carte du monde à redessiner d’urgence, donc, un truc un peu plus juste, un peu plus humain. Obama a du boulot. Zakaria Boualem attend, et lui souhaite bon courage.

 
 
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