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N° 347
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Festival(s). Kech-Dubaï, le match

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En 2004, pour son 4ème anniversaire, le Festival du film de Marrakech a reçu un cadeau inattendu : un jeune alter ego ambitieux et plein aux as, bien décidé à faire sa place dans les rendez-vous cinématographiques du monde arabe. Le Festival de Dubaï (DIFF), qui l’an dernier encore chevauchait les dates du FIFM quitte à lui ravir quelques stars, concurrence-t-il vraiment notre événement national ?


Site
Tradition ou modernité ?
Avantage Kech
D’un côté, une ville ocre millénaire au profond ancrage culturel, de l’autre, une “rose des sables” arrosée de pétrole et hérissée de gratte-ciels aux mille records, en haut desquels Madonna et Michael Jackson jouent une partie de tennis. Pour beaucoup, il n’y a pas photo : Dubaï est la ville du Truman Show (Peter Weir), complètement artificielle. Pas inintéressante, mais on risque le pétage de plombs au bout de quinze jours. Dénuée d’esprit et de patrimoine, Dubaï compense par une extravagance et un gigantisme (la plus haute tour du monde, le plus grand centre commercial) qui valent le détour. Même si l’authenticité de Marrakech a été mise à rude épreuve par sa jetsetisation forcenée cette dernière décennie, n’a pas Jemaâ El Fna qui veut.


Identité
International/Monde arabe
Match nul
“Jeter un pont entre Orient et Occident”, telle a été la philosophie affichée du FIFM à sa naissance en 2001, au lendemain du 11 septembre. Edition après édition, une impression persistait : celle d’un festival français délocalisé en lieu exotique et tendance, jusqu’à ce que la création de la Fondation du FIFM en “marocanise” un peu l’organisation. Mais si Marrakech a tatonné deux-trois ans avant de trouver le bon dosage entre paillettes et cinéphilie, sa vocation a toujours été internationale, en témoignent les pays récompensés par l’Etoile d’or ces dernières années : Japon, Bosnie, Etats-Unis, Estonie, Kirghizistan, et, en 2001, l’Algérie. Le DIFF de Dubaï, par contre, s’il affiche des sections Afrique et Asie, arbore fièrement le drapeau du monde arabe, auquel il consacre compétition, bourses, coproduction et mises en réseau de professionnels.


Moyens
L’appât du gain
Avantage Dubaï
Sans suprise, la tirelire du DIFF carbure aux pétrodollars : un budget d’environ 15 millions de billets verts (ce n’est pas les 20 millions d’euros de Cannes, mais tout de même), pour chouchouter, à coups de cinq étoiles, les plus grosses stars déjà payées très cher pour venir présenter un film ou, souvent “décorer”, pourvu qu’elles “comptent” dans le monde du cinéma arabe. Argument attractif pour les compétiteurs : le DIFF dépense jusqu’à 576 000 dollars en prix, dont 50 000 pour le meilleur film de chaque compétition. Le FIFM, lui, fait ce qu’il peut avec 5 millions d’euros, soit le tiers du budget des grands festivals auxquels il espère se mesurer.


Stars
Mon royaume pour Adil Imam
Match nul
Leonardo DiCaprio, Martin Scorsese, Ridley Scott, Yousra, Deepa Mehta, Claudia Cardinale, Susan Sarandon, Daniel Day Lewis… côté stars mondiales, Marrakech devrait dormir tranquille. Pourtant, il a suffi que Adil Imam soit absent lors de la présentation de l’Immeuble Yacoubian (alors que toute l’équipe était là) pour susciter un grand émoi. Et pour cause, la légende adulée du cinéma égyptien était à Dubaï. Et puis, l’an dernier, qui se pointe aux Emirats ? George Clooney, LA star du moment, qui fait passer Leonardo pour du minet réchauffé. Même Sharon Stone (qui avait annulé sa venue à Marrakech en 2005) s’est faite discrète sur le tapis rouge de Dubaï, grand moment de glamour en quasi vase clos, mais sur lequel sont braquées des centaines de caméras du monde entier, ce que Marrakech n’a jamais réussi.


Cinéphilie
Pointue, mais pas trop
Avantage Kech
Dur, dur, de se servir après tout le monde. Programmés en fin d’année, les festivals de Marrakech et Dubaï s’en sortent pourtant avec une affiche de grande qualité, voire un rien avant-gardiste pour le FIFM. Il tient à ses inédits quand le DIFF impose seulement des avant-premières “moyen-orientales” et peut mettre de l’argent dans des films dont la cote a déjà monté (Sous les bombes, de Philippe Aractingi, Muhr d’or, La Graine et le mulet, de Abdellatif Kéchiche, Muhr de bronze). Parce qu’il ne peut pas se payer le dernier Tarantino, et qu’il veut se départir d’un côté trop paillettes des débuts, le FIFM semble de plus en plus opter pour des premiers ou seconds films d’auteur d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique Latine, ou dans le cinéma indépendant nord-américain, à l’instar de Sideways d’Alexander Payne. Assumer pour de bon ce rôle de “dénicheur” serait la meilleure façon d’asseoir son identité propre.


Programmation
Représentativité marocaine
Match nul
Parce qu’il le faut bien, le FIFM réserve en général une place dans sa sélection officielle à un produit local. Un “quota” qui ne s’avoue pas, entraînant parfois des choix cinématographiquement peu justifiés, exemple de Mona Saber de Abdelhaï Laraki (prix d’interpétation féminine 2001). Côté émirati, on retient surtout le Muhr de bronze remporté, en 2006, par Alech Al B’har, de Hakim Belabbès (jamais sorti en salle au Maroc) et la présence de deux Marocains dans la section court-métrage : Casa de Ali Benkirane en 2006, suivi l’an dernier de Percussion Kid de Mohamed Achaour. En 2007, Whatever Lola wants de Nabil Ayouch s’est offert une double avant-première hors-compétition au FIFM et au DIFF. Pour le cru marrakchi 2008, on attendait Casanegra mais le FIFM a choisi en sélection Kandisha de Jérôme Cohen Olivar, tandis que le DIFF s’octroie le film de Noureddine Lakhmari (dont le langage très cru, avance-t-on, aurait pu écorcher certaines oreilles sensibles à Marrakech).


Ambiance
In and out
Avantage Kech
Le fric n’engendre pas forcément le charme. Dégoulinant de luxe mais coupé du monde, blindé de stars mais sans réel public, le Festival de Dubaï tient plus du marché que du partage. Si le Palais des congrès de Marrakech, lui, s’est peu à peu transformé en enceinte professionnelle, le FIFM a su garder des moments de magie, notamment les projections nocturnes place Jemaâ El Fna. Imaginez ce lieu, d’habitude si frénétique, plongé dans un silence ébahi, 20 000 paires d’yeux rivées devant Matrix, Aviator, Indigènes. Avec des films projetés dans les salles de quartier pour 10 dirhams, le Festival est bien ancré dans la ville, notamment grâce au cinéma indien, à l’honneur chaque année. En invitant des stars comme Amir Khan, le FIFM a même trouvé l’astuce pour pallier l’indifférence populaire qui accompagne le défilé de vedettes internationales… souvent inconnues du public marocain.


Investissement
Business vs bons sentiments
Avantage Dubaï
“In Dubaï, a festival is born. Next, an industry ?”, s’interrogait le New York Times après la première édition. À défaut d’une culture du Septième art et d’une production cinématographique, le DIFF a de l’argent et veut que ça serve : workshop, partenariats avec des entrepreneurs européens, création du Dubaï Film Market pour la vente et la distribution… De son côté, Marrakech n’a pas encore mis en place un marché du film, malgré la production annuelle d’une quinzaine de longs-métrages et d’une centaine de courts. Mais le FIFM s’est s’engagé, petit à petit, dans des activités périphériques moins lucratives mais constructives : masterclass Marrakech/Tribeca encadrée par Scorsese et Kiarostami en 2005, workshop de l’Ecole supérieure d’audiovisuel de Marrakech (ESAV)… Coup de cœur de cette année : la projection quotidienne, dans la salle du Palais des congrès, de grands classiques (Hitchkock, Kubrick, Ivory…) avec casques “audio-description” innovants, adaptés aux mal et non-voyants.

 
 
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