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Par Cerise Maréchaud
Festival(s). Kech-Dubaï, le match
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En 2004, pour son 4ème anniversaire, le Festival du film de Marrakech a reçu un cadeau inattendu : un jeune alter ego ambitieux et plein aux as, bien décidé à faire sa place dans les rendez-vous cinématographiques du monde arabe. Le Festival de Dubaï (DIFF), qui lan dernier encore chevauchait les dates du FIFM quitte à lui ravir quelques stars, concurrence-t-il vraiment notre événement national ?
Site
Tradition ou modernité ? Avantage Kech
Dun côté, une ville ocre millénaire au profond ancrage culturel, de lautre, une rose des sables arrosée de pétrole et hérissée de gratte-ciels aux mille records, en haut desquels Madonna et Michael Jackson jouent une partie de tennis. Pour beaucoup, il ny a pas photo : Dubaï est la ville du Truman Show (Peter Weir), complètement artificielle. Pas inintéressante, mais on risque le pétage de plombs au bout de quinze jours. Dénuée desprit et de patrimoine, Dubaï compense par une extravagance et un gigantisme (la plus haute tour du monde, le plus grand centre commercial) qui valent le détour. Même si lauthenticité de Marrakech a été mise à rude épreuve par sa jetsetisation forcenée cette dernière décennie, na pas Jemaâ El Fna qui veut.
Identité
International/Monde arabe Match nul
Jeter un pont entre Orient et Occident, telle a été la philosophie affichée du FIFM à sa naissance en 2001, au lendemain du 11 septembre. Edition après édition, une impression persistait : celle dun festival français délocalisé en lieu exotique et tendance, jusquà ce que la création de la Fondation du FIFM en marocanise un peu lorganisation. Mais si Marrakech a tatonné deux-trois ans avant de trouver le bon dosage entre paillettes et cinéphilie, sa vocation a toujours été internationale, en témoignent les pays récompensés par lEtoile dor ces dernières années : Japon, Bosnie, Etats-Unis, Estonie, Kirghizistan, et, en 2001, lAlgérie. Le DIFF de Dubaï, par contre, sil affiche des sections Afrique et Asie, arbore fièrement le drapeau du monde arabe, auquel il consacre compétition, bourses, coproduction et mises en réseau de professionnels.
Moyens
Lappât du gain Avantage Dubaï
Sans suprise, la tirelire du DIFF carbure aux pétrodollars : un budget denviron 15 millions de billets verts (ce nest pas les 20 millions deuros de Cannes, mais tout de même), pour chouchouter, à coups de cinq étoiles, les plus grosses stars déjà payées très cher pour venir présenter un film ou, souvent décorer, pourvu quelles comptent dans le monde du cinéma arabe. Argument attractif pour les compétiteurs : le DIFF dépense jusquà 576 000 dollars en prix, dont 50 000 pour le meilleur film de chaque compétition. Le FIFM, lui, fait ce quil peut avec 5 millions deuros, soit le tiers du budget des grands festivals auxquels il espère se mesurer.
Stars
Mon royaume pour Adil Imam Match nul
Leonardo DiCaprio, Martin Scorsese, Ridley Scott, Yousra, Deepa Mehta, Claudia Cardinale, Susan Sarandon, Daniel Day Lewis
côté stars mondiales, Marrakech devrait dormir tranquille. Pourtant, il a suffi que Adil Imam soit absent lors de la présentation de lImmeuble Yacoubian (alors que toute léquipe était là) pour susciter un grand émoi. Et pour cause, la légende adulée du cinéma égyptien était à Dubaï. Et puis, lan dernier, qui se pointe aux Emirats ? George Clooney, LA star du moment, qui fait passer Leonardo pour du minet réchauffé. Même Sharon Stone (qui avait annulé sa venue à Marrakech en 2005) sest faite discrète sur le tapis rouge de Dubaï, grand moment de glamour en quasi vase clos, mais sur lequel sont braquées des centaines de caméras du monde entier, ce que Marrakech na jamais réussi.
Cinéphilie
Pointue, mais pas trop Avantage Kech
Dur, dur, de se servir après tout le monde. Programmés en fin dannée, les festivals de Marrakech et Dubaï sen sortent pourtant avec une affiche de grande qualité, voire un rien avant-gardiste pour le FIFM. Il tient à ses inédits quand le DIFF impose seulement des avant-premières moyen-orientales et peut mettre de largent dans des films dont la cote a déjà monté (Sous les bombes, de Philippe Aractingi, Muhr dor, La Graine et le mulet, de Abdellatif Kéchiche, Muhr de bronze). Parce quil ne peut pas se payer le dernier Tarantino, et quil veut se départir dun côté trop paillettes des débuts, le FIFM semble de plus en plus opter pour des premiers ou seconds films dauteur dAsie, dAfrique, dEurope et dAmérique Latine, ou dans le cinéma indépendant nord-américain, à linstar de Sideways dAlexander Payne. Assumer pour de bon ce rôle de dénicheur serait la meilleure façon dasseoir son identité propre.
Programmation
Représentativité marocaine Match nul
Parce quil le faut bien, le FIFM réserve en général une place dans sa sélection officielle à un produit local. Un quota qui ne savoue pas, entraînant parfois des choix cinématographiquement peu justifiés, exemple de Mona Saber de Abdelhaï Laraki (prix dinterpétation féminine 2001). Côté émirati, on retient surtout le Muhr de bronze remporté, en 2006, par Alech Al Bhar, de Hakim Belabbès (jamais sorti en salle au Maroc) et la présence de deux Marocains dans la section court-métrage : Casa de Ali Benkirane en 2006, suivi lan dernier de Percussion Kid de Mohamed Achaour. En 2007, Whatever Lola wants de Nabil Ayouch sest offert une double avant-première hors-compétition au FIFM et au DIFF. Pour le cru marrakchi 2008, on attendait Casanegra mais le FIFM a choisi en sélection Kandisha de Jérôme Cohen Olivar, tandis que le DIFF soctroie le film de Noureddine Lakhmari (dont le langage très cru, avance-t-on, aurait pu écorcher certaines oreilles sensibles à Marrakech).
Ambiance
In and out Avantage Kech
Le fric nengendre pas forcément le charme. Dégoulinant de luxe mais coupé du monde, blindé de stars mais sans réel public, le Festival de Dubaï tient plus du marché que du partage. Si le Palais des congrès de Marrakech, lui, sest peu à peu transformé en enceinte professionnelle, le FIFM a su garder des moments de magie, notamment les projections nocturnes place Jemaâ El Fna. Imaginez ce lieu, dhabitude si frénétique, plongé dans un silence ébahi, 20 000 paires dyeux rivées devant Matrix, Aviator, Indigènes. Avec des films projetés dans les salles de quartier pour 10 dirhams, le Festival est bien ancré dans la ville, notamment grâce au cinéma indien, à lhonneur chaque année. En invitant des stars comme Amir Khan, le FIFM a même trouvé lastuce pour pallier lindifférence populaire qui accompagne le défilé de vedettes internationales
souvent inconnues du public marocain.
Investissement
Business vs bons sentiments Avantage Dubaï
In Dubaï, a festival is born. Next, an industry ?, sinterrogait le New York Times après la première édition. À défaut dune culture du Septième art et dune production cinématographique, le DIFF a de largent et veut que ça serve : workshop, partenariats avec des entrepreneurs européens, création du Dubaï Film Market pour la vente et la distribution
De son côté, Marrakech na pas encore mis en place un marché du film, malgré la production annuelle dune quinzaine de longs-métrages et dune centaine de courts. Mais le FIFM sest sengagé, petit à petit, dans des activités périphériques moins lucratives mais constructives : masterclass Marrakech/Tribeca encadrée par Scorsese et Kiarostami en 2005, workshop de lEcole supérieure daudiovisuel de Marrakech (ESAV)
Coup de cur de cette année : la projection quotidienne, dans la salle du Palais des congrès, de grands classiques (Hitchkock, Kubrick, Ivory
) avec casques audio-description innovants, adaptés aux mal et non-voyants. |
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