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N° 347
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Musique. La boîte à jazz

Karim Soussan et Nizar Najmi,
habitués des lieux.
(DR)

À Rabat, le Pietri est le repaire des amateurs de jazz. Découverte du lieu incontesté des mélomanes de la capitale, et d'ailleurs.


Le cliquetis des couverts et les harmonies de la basse vont presque bien ensemble sous le toit du Pietri. Dans la salle qui fait bistrot, restaurant et petite scène de concert, tout prête à la musique. “Il n’est pas question que je diffuse des matchs de foot dans mon restaurant”, claironne Driss Benabdallah, actuel administrateur du site, toujours en
quête d’idées nouvelles pour sa taverne aux mille sons. “Pourquoi pas un écran où défileraient des DVD’s de jazz, enregistrés au Pietri même”, pense-t-il à haute voix. Le lieu, affaire familiale de longue date, porte le nom de la place rbatie du centre-ville où l’hôtel a été construit, en 1975, par son grand-père. Rénové en 2006, ce relais désormais moderne se dote, à ses côtés, d’un restaurant. Pari gagné.

Jazz et Jams
Mardi, vendredi et samedi soir, la carte est aux dîners concerts. Mais attention, “ce n’est pas de l’animation”, précise Driss Benabdallah. “Les musiciens sont au centre de l’activité, et non en périphérie”. Voilà ce qui différencie le Pietri des autres repaires de musicos : capitaliser sur la musique sans en faire un business d’ambiance. Une grosse tendance jazz, donc, avec des soupçons de world music, et même, de temps en temps, de la musique arabe. Histoire de varier, mais surtout de donner l’occasion à plusieurs groupes de se produire. “L’initiative première était de créer une plateforme entre musiciens marocains et étrangers, un lieu de partage musical”, explique-t-il en mélomane confirmé.

Nizar Najmi, bassiste féru de jazz, est un habitué de la scène du Pietri et accessoirement de ses petits plats. Il n’y apprécie pas simplement le cadre convivial et l’ambiance tamisée, intimiste et feutrée. “C’est le seul endroit décent à Rabat où l’on peut écouter de la musique live, affirme-t-il. Sans compter le luxe, en tant que musicien, de pouvoir jouer ses propres compositions”. Et de continuer : “Au lieu de se cantonner à un ou deux groupes à succès, la programmation tourne et de jeunes groupes se produisent. En plus d’être la seule alternative aux endroits de “zdih”, le Pietri reste l’un des rares lieux propices aux jams”. Des jams qui se font de manière naturelle, lorsqu’un client se lève de table pour endosser son costume de musicien ou que Adil Hanine, batteur du groupe Hoba Hoba Spirit, vient chanter du reggae avec le groupe africain Super Jungle, comme le raconte cet habitué des lieux.

Afters à succès
Des bœufs se font aussi de manière un peu moins improvisés lorsque le lieu organise des afters de festivals. Cette année, après avoir accueilli les off-sessions du festival de jazz au Chellah, le Pietri a abrité, le temps de quelques soirées, les fusions musicales des artistes programmés au Tremplin de L’Boulevard. Deux succès au rendez-vous. Le bouche-à-oreille, propagé un peu partout dans la capitale, a amené les connaisseurs à se serrer devant la petite scène aménagée place Pietri, esquissant des pas de danse, tassés à l’écoute d’Amazigh Kateb, ancien chanteur de Gnawa Diffusion, jammer avec Nabil Khemir, jazzman tunisien au “rayjam”, son instrument hybride, double manche alliant luth et guitare. Parmi les donneurs de ton assidus, on retrouve les frères Souissi, Majid Bekkas et Karim Soussan. “Des références humaines et musicales”, vante Driss Benabdallah, qui met l’amitié et la musique au même niveau de passion. “Ce que je fais, c’est de la moughamara. Il faut pouvoir assurer”, signale l’administrateur. Habitués et musiciens opinent. “ Chic mais absolument pas élitiste, c’est tout le charme du Pietri”, résume Karim, l’un des inlassables clients. Amen.

 
 
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