Somme nulle
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Les Algériens ne peuvent pas nous dire : négociez, mais à condition que vous soyez prêts à tout perdre. Les négociations, ça ne marche pas comme la roulette russe.
Lélection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis est pour nous un motif d'espoir, a déclaré Mohamed Abdelaziz. Ah, et pourquoi donc ? Parce que, dit le chef du Polisario, il sintéressera plus que ses prédécesseurs à la question sahraouie, dernière colonie en Afrique, continent dont il est originaire. Mouais. Et il sintéressera plus à lAsie
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aussi parce quil a été à lécole en Indonésie, et aux îles tropicales parce que ça lui rappellera Hawaï
Brave Abdelaziz. Cet homme ne rate aucune occasion pour espérer en vain. La vérité, cest que lélection dObama, pour enthousiasmante quelle soit à un niveau global, naura sans doute aucune répercussion sur le Sahara.
Oui, ladministration Bush a soutenu notre plan dautonomie. Mais elles nest pas allée plus loin. Où voudriez-vous quelle aille ? Jusquà faire pression sur lAlgérie et le Polisario pour quils acceptent notre solution ? Bush ne la pas fait, Obama ne le fera pas. Pour faire vite, le dossier Sahara, vu de létranger, est une équation à somme nulle : si on contente le Maroc, on mécontente lAlgérie, et vice-versa. Il se trouve que nos poids géostratégiques sont comparables et que pour cette raison, aucune puissance étrangère (les Etats-Unis notamment) na envie de mécontenter personne. Cest aussi bête que ça.
Si cette histoire doit avancer un jour, ce sera par des négociations directes à condition que chacune des parties soit prête à renoncer à quelque chose. Cest tout lesprit du plan marocain, justement : le Maroc est prêt à concéder diverses choses (la gestion centralisée depuis Rabat, une grosse partie des ressources naturelles, on en oublie
), mais pas à renoncer à sa souveraineté symbolique (la monnaie et le drapeau). Considérations patriotiques mises à part, la monnaie et le drapeau sont, dans une stricte optique de négociations, les moindres des choses auxquelles on puisse saccrocher. Si on les perd, on perd tout le reste. Une partie ne peut pas dire à lautre : Daccord, négocions, mais à condition que vous soyez disposés à tout perdre. La négociation, ça ne marche pas comme la roulette russe.
Alors, quest-ce quon fait ? Je lai écrit maintes fois dans ce même éditorial : on fait lautonomie tout seuls, sans demander lavis de personne. Mais on la fait vraiment, sérieusement et de bonne foi. On met en place des structures dauto-gouvernance (Parlement, justice et gouvernement locaux), une nouvelle allocation des ressources qui permette aux Sahraouis de profiter de leur poisson, de leurs phosphates
Et, surtout, on met le Sahara au niveau de Casa-Rabat en termes de libertés publiques. Ce nest pas le Pérou, sachant que nous autres, en haut, on ferraille toujours contre le Makhzen pour moult raisons. Mais enfin, si les Sahraouis sentent quils ne sont pas plus brimés que les Casaouis, ce sera déjà un pas de franchi. Ces gens, on ne le répètera jamais assez, ont soif de dignité et dégalité. Ce quils ne peuvent pas supporter cest de se sentir méprisés, réduits à la condition de sous-citoyens. On les comprend, et on souhaite que Rabat finisse par les comprendre aussi.
Bien sûr, il ne sagit pas non plus de les favoriser. Si le Sahara doit avoir un nouveau statut plus avantageux, il est souhaitable que les autres régions du Maroc y aient droit aussi. Doù loption du fédéralisme, qui revient régulièrement dans le débat. Mohammed VI, dans son dernier discours, a parlé dune conception générale de la régionalisation qui nécessitera une réforme structurelle globale. Dommage quil nait pas lâché le mot fédéralisme franchement encore une occasion perdue de frapper les esprits avec un mot qui claque. Mais bon, cest le style M6, que voulez-vous. Espérons juste que la timidité rhétorique du roi ne lempêchera pas davancer vite et bien sur ce dossier. Sinon, pour les sorties rêveuses de notre ami Abdelaziz, on est toujours preneurs. Ça fait passer le temps. |