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Par Souleïman Bencheikh
Politique. Adieu Elyazghi, bonjour Radi
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Abdelouahed Radi et Mohamed
Elyazghi, l'ancien et le nouveau
premier secrétaire. L'élection du
ministre de la Justice est un peu
la victoire de l'actuel ministre
d'Etat sans portefeuille, un baroud d'honneur qui lui permet de sauver
son maroquin.
(TNIOUNI)
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Le parti de la rose a enfin réussi le pari de renouveler ses instances. Mais le week-end a été long, long
Récit.
Les plagistes de l'été ont cédé la place à des visiteurs venus des quatre coins du Maroc et, en plein automne, la paisible Skhirat s'est animée le temps d'un week-end. Plus de 1300 encartés ont répondu présent à l'appel du 8ème congrès de l'USFP qui s'est tenu au Palais international des conférences Mohammed VI. La famille ittihadie s'est retrouvée presque au grand complet pour trouver un successeur à Mohamed |
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Elyazghi. Voilà bientôt un an que le désormais ex-premier secrétaire a été poussé à la sortie par son bureau politique, un an que la direction de l'USFP vivote dans l'attente d'être renouvelée. Il y a bien eu une tentative de refonte en juin 2008, mais rapidement avortée.
Le week end dernier, les militants étaient prévenus : le deuxième round du 8ème congrès était celui de la dernière chance. Faute d'accord, le parti de la rose risquait tout simplement de disparaître de la carte politique. Conformément à la loi sur les partis et après le rendez-vous raté de juin dernier, l'USFP ne disposait en effet que de six mois pour renouveler ses instances. Un autre échec n'était pas permis, tout le monde en avait conscience. D'où sans doute les ambitions revues à la baisse de ce deuxième round tant attendu : exit le scrutin de liste annonciateur de courants idéologiques au sein de la grande famille ittihadie, et place à des candidatures individuelles. Chassez un zaïm, un autre reviendra au galop ! C'est d'ailleurs chose faite vendredi dans la nuit. A 3h30 exactement, la nouvelle commence à se propager dans les couloirs du congrès. Le dépouillement aura duré plus de quatre heures et, au terme de l'élection la plus serrée de l'histoire de l'USFP, Abdelouahed Radi accède au titre tant convoité de premier secrétaire. Sur les 1232 votants, 340 ont accordé leur voix au ministre de la Justice. Fathallah Oualalou arrive en deuxième position avec 315 voix. Suivent, dans l'ordre, Driss Lachgar (286), Habib El Malki (238), Nasr Hajji (20) et Mohamed Lahbabi (5).
Dur, dur la démocratie
Flash-back. Vendredi 7 novembre, il est à peu près 10 heures quand s'ouvrent les travaux de la deuxième manche du congrès ittihadi. Les militants, pas encore au parfum, prennent connaissance du programme du week-end. La première journée sera consacrée à l'élection du premier secrétaire. Le lendemain, les débats doivent tourner autour de la constitution du bureau politique. Dimanche enfin, les congressistes procéderont à l'élection de leurs instances dirigeantes : bureau politique et conseil national. Pour ce 8ème congrès, l'USFP a décidé de bouleverser ses habitudes : le premier secrétaire est désormais élu par l'ensemble des congressistes et non plus par le Parlement du parti, à savoir le conseil national. Une façon d'élargir la participation des militants de la base et de mieux asseoir la légitimité du prochain premier secrétaire. Les postulants ont jusqu'à 13 heures pour déposer leur candidature au titre de commandant en chef de l'USFP.
Dans les couloirs, les commentaires vont bon train. Beaucoup misent sur Abdelouahed Radi, qui a toujours fait la course en tête dans les pronostics, mais nombreux aussi sont ceux qui craignent un coup de force de Driss Lachgar. En vrai favori, Radi ne juge pas nécessaire de trop se montrer. Isolé dans un bureau, il prépare son discours de candidature et ne semble pas remarquer les curieux qui jettent un il dans la pièce quil occupe. Dans le hall se trouvent les autres principaux candidats. Fathallah Oualalou, qui s'auto-désigne comme le futur premier secrétaire du renouveau, est tout sourire. Habib El Malki distribue les bises aux camarades. Driss Lachgar, hyperactif, est au four et au moulin. Tous semblent confiants. Dans leurs allocutions respectives devant l'assemblée des congressistes, aucun ne se risque à prendre clairement parti pour un retour à l'opposition. Même Driss Lachgar, qui en avait fait l'une des revendications-phares, a préféré faire profil bas et jouer un rôle consensuel qu'on ne lui connaissait pas. Pour les programmes donc, il faudra repasser. Seul le style, finalement, pourra départager les candidats. Evidemment, les promesses entre copains auront aussi joué leur rôle, mais en coulisses.
Tactique et stratégie
Il est près de 4 heures du matin et le comité d'organisation du congrès commence à annoncer les résultats. Visiblement, la victoire de Radi ne fait pas que des heureux. Oualalou, soucieux, étudie avec soin les chiffres détaillés de l'élection et s'éclipse dès que la fête tourne au vinaigre. Car au fond de la salle, les partisans de Lachgar haussent le ton, déçus par la performance de leur champion. Les cliquetis de chaises violemment poussées font craindre le pire et la violence contenue toute la journée est sur le point d'éclater. Al ittihad machi dialek, Radi sir bhalek, crie une poignée de contestataires, qui marchent vers la tribune, aussitôt bloqués dans leur avancée par les partisans de Radi. Démocratie quand tu nous tiens ! Mais les dégâts sont limités. Et le lendemain, les travaux reprennent presque normalement. Les perdants sont évidemment un peu boudeurs : Driss Lachgar et Fathallah Oualalou font longtemps planer le doute sur leur candidature au bureau politique, puis rentrent dans le rang. Les 22 membres qui siégeront à la direction du parti aux côtés de Abdelouahed Radi ne sont finalement connus que tard dans la nuit de dimanche à lundi. Onze nouveaux noms intègrent le bureau politique, parmi lesquels trois jeunes : Abdelhamid Jmahri, rédacteur en chef de Al Ittihad Al Ichtiraki, Hassan Tarek, ancien patron de la Jeunesse ittihadie, et Ali Bouabid le bien nommé, fils du fondateur de l'USFP. Les trois principaux concurrents de Radi rempilent quant à eux au sein du bureau politique.
Le nouveau premier secrétaire risque en tout cas de ne pas avoir la tâche facile, surveillé de près tant par les jeunes loups que par les vieux lions. Mohamed Elyazghi en particulier est loin d'avoir dit son dernier mot. L'élection du ministre de la Justice est un peu la victoire de l'actuel ministre d'Etat sans portefeuille, un baroud d'honneur qui lui permet de sauver son maroquin. Elle lui permet même de lorgner un ministère un peu plus visible en cas de remaniement du gouvernement
A la condition que Radi tienne ses promesses. Car le ministre de la Justice a annoncé, en juin dernier, qu'en cas d'élection à la tête de l'USFP, il renoncerait à ses responsabilités au sein de l'exécutif pour se consacrer pleinement à la vie du parti. Pour les militants, c'est sans aucun doute le compromis idéal : un premier secrétaire à plein temps chargé de plancher sur les alliances de l'USFP (à gauche ou côté islamiste) en vue des communales de juin prochain, et des ministres socialistes avec la difficile mission de faire vivre une Koutla vraiment en panne. Tout est maintenant question de timing. « Abdelouahed Radi ne peut pas claquer la porte du gouvernement du jour au lendemain », s'exaspèrent ses proches, pressés de questions. Fidèle à son habitude, le nouveau zaïm préfère garder un silence sibyllin. Une chose est sûre, depuis sa première élection au Parlement en 1963, sa stratégie a payé. Elu sans discontinuer pendant plus de quarante ans, Radi a avancé sans faux pas : lentement, longuement et sûrement
jusqu'où ? |
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Parcours.
1935. voit le jour à Salé
1958-1960. rejoint l'UNEM (l'Union nationale des étudiants marocains) en France où il poursuit des études de psychologie
1963. première élection au Parlement
1989. fait son entrée au bureau politique de l'USFP
1997. élu président de la Chambre des représentants, reconduit en 2002
1998-2004. devient président du conseil de la région du Gharb
2003. se positionne en numéro 2 de l'USFP (après Elyazghi) suite au départ de Abderrahmane Youssoufi
2005. confirmé au poste de premier secrétaire adjoint lors du 7ème congrès de l'USFP
2007. nommé ministre de la Justice
2008. élu premier secrétaire du parti de la rose. |
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Zoom. La bande des six
Abdelouahed Radi : 27,6% des voix
Fathallah Oualalou : 25,6% des voix
Driss Lachgar : 23,2% des voix
Habib El Malki : 19,3% des voix
Nasr Hajji : 1,6% des voix
Mohamed Lahbabi : 0,5% des voix
En ces temps de troubles socialistes, force est de constater que l'étoile du parti historique de la gauche a quelque peu pâli. En guise de renouveau, six candidats se sont affrontés pour engager derrière eux une petite armée de sympathisants. Quelques récalcitrants réclamaient un retour pur et simple à l'opposition. Ils ont haussé le ton de manière occasionnelle, le plus souvent pour montrer la mesure de leur pouvoir de nuisance. Driss Lachgar par exemple a choisi sa stratégie : toujours montrer ses muscles. Qu'il s'agisse de la menace maintes fois brandie d'un retour à l'opposition ou encore d'un rapprochement avec le PJD, Lachgar a opté pour la politique du fou, celle de l'incontrôlable qui peut surprendre à tout moment. Habib El Malki, l'inodore ministre de l'Education qui a refusé le portefeuille de l'Emploi dans le gouvernement El Fassi, a cru son heure venue et a joué perso. Il a voulu endosser l'habit du réformateur talentueux, mi-technocrate (grâce au Centre marocain de conjoncture) mi-politique (grâce à son élection à Khouribga). En fin de compte, ses belles paroles n'auront pas payé. Avec un retard de 25 voix sur Abdelouahed Radi, Fathallah Oualalou a failli créer la surprise. Son discours devant les congressistes a marqué les esprits : une petite dose de mea culpa (Je reconnais que, pendant mes années de gouvernement, je n'ai pas assez écouté la base) et un gros effort de combativité. Eh oui, Oualalou aussi a des muscles ! Nasr Hajji, quant à lui, a presque été candidat juste pour rire : il est entré dans la course pour la forme, et il en est ressorti avant-dernier, avec 20 voix. Dans l'intervalle, on s'est souvenu qu'il avait été ministre
ou peut-être juste secrétaire d'Etat ? La cuillère de bois du bon dernier est revenue à Mohamed Lahbabi. Une candidature à la fois nostalgie et bon enfant : un papy octogénaire très respectable qui, tout en se présentant, appelle à voter pour les grands absents : les turbulents jeunots Mohamed El Gahs et Mohamed Sassi. Mais les absents ont toujours tort. Après décompte, ils récoltent 5 voix. Merci pour eux ! Reste Abdelouahed Radi qui incarne désormais le nouveau souffle du parti de la rose. Il est peut-être le plus rompu à la grande et à la petite politiques, certainement le plus mitterrandien des socialistes marocains. Les esprits critiques persiflent sur sa proximité avec le Makhzen. Mais à l'USFP, c'est devenu un gage de sérieux, comme la promesse de lendemains plus heureux. A part ça, y a-t-il quelqu'un pour sauver l'USFP ? |
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