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N° 347
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Les créations de Amine Bendriouch
dans les cuisines du Technopark.
So hype !
(MOUHSINE BERRADA)

Evénement. Coup de griffe

Béni soit Amine Bendriouch qui, mercredi 12 novembre, a offert à Casablanca son plus bel événement de la rentrée et sans aucun doute le plus hype. Le créateur de mode, traité avec son consentement de “H’mar ou bikheer”, a réussi un coup de maître avec trois fois rien et le soutien d’une armada de copains et de fans. Les quelques centaines de privilégiés invités en étaient tout retournés : les sous-sols de Technopark (d’anciennes cuisines laissées en l’état, désormais siège de l’association EAC-L’Boulevard) ont été le théâtre du plus avant-gardiste
condensé de création, intitulé Contemporary Moroccan Roots. Autour des créations de Amine Bendriouch, les photos de Lamia Naji et de Déborah Benzaken, les installations de Mohamed El Baz et de Hassan Hajjaj, les vidéos de Yasmine Bennani et de Lamba VJ. Et Barry et Oum et Myriam Sif et Dj Mood et Michy Mano côté musique. Des potes, dans lesquels le trublion Bendriouch se reconnaît et qu’il a traînés avec lui sur sa planète. Mercredi 13 novembre, la création underground a fait un pied de nez à tous ceux qui y voyaient tout juste un effet de mode qui ne survivra pas au manque de moyens. L’underground marocain s’est offert en spectacle, hybride, riche et percutant, sans chichi (pizzas pour tout le monde !) mais avec cette insolence qui donne un joyeux coup de pied dans la fourmilière. Amine Bendriouch, c’est désormais écrit, a marqué irréversiblement de sa griffe la Nayda casablancaise.


Sortie. Omar brode puis tisse

Après l’esthétique L’homme qui brodait des chevaux (2001) et Rahma (2003), comédie dans laquelle il raconte les tribulations de Ahmed, sa femme et Rahma, l’arnaqueuse en jellaba (Hassan El Fad, Sanaâ Zaïm et Houda Rihani), Omar Chraïbi, réalisateur et producteur, raconte dans Tissée de mains et d’étoffe, la quête de M’naouer, de son village paumé dont il est le premier et seul diplômé, à la ville, où il atterrit pour des études d’art dramatique, le tout démarrant le jour où il reçoit une lettre officielle de la capitale. Le scénario est de Hicham Lasri (scénariste et réalisateur de L’os de fer pour le compte de la Film Industry), qui n’est pas à sa première collaboration avec Omar Chraïbi, ayant travaillé sur le scénario de Rahma. Le premier rôle est campé par Tarik Bakhari, rôle qui lui a valu le prix de la meilleure interprétation masculine lors du dernier Festival du cinéma d’auteur à Rabat. Il est soutenu par Zakaria Lahlou (La chambre noire de Hassan Benjelloun et Jawhara de Saâd Chraïbi) et Rim Chmaou (Où vas-tu Moshé? de Hassan Benjelloun).

Tissée de mains et d’étoffe, au mégarama.



Carnet noir. Dernière danse

Formé au sein du Ballet Théâtre Zinoun et féru de danse depuis ses sept printemps, Chems-Eddine Zinoun a longtemps fait partie du Ballet Royal des Flandres. Il y campa de nombreux rôles du répertoire classique et néoclassique. Il a ensuite rejoint, en tant que soliste, le Ballet du Nord (France). Chems-Eddine était également comédien, a été dirigé par son père Lahcen Zinoun dans La Beauté éparpillée, fait plusieurs apparitions dans des productions étrangères, dont la dernière a été Greatest Journey, une production américaine sur Ibn Battouta. Chems-Eddine Zinoun est décédé mardi 11 novembre, à l’âge de 28 ans, dans un accident de voiture à Casablanca. Un artiste est parti.


Disparition. Singing in the pain

Une tunique noire brodée d’or et un sourire radieux, c’est la dernière image que Miriam Makeba a offert au monde, dimanche 9 novembre, avant que son cœur ne lâche à Castel Volturno, près de Naples. La Sud-africaine “Mama Africa”, 76 ans, voix légendaire du continent noir, a presque eu la mort de Molière : elle descendait à peine de la scène lors d’un concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano, menacé par la Camona pour son brûlot Gomorra. Elle-même n’a cessé, de sa vie, de dénoncer la violence et l’injustice du régime d’Apartheid, qui l’a bannie de son pays pendant trente-et-un ans mais n’a jamais freiné sa carrière, boostée par la rencontre avec Harry Belafonte. Après l’Europe et les Etats-Unis, “Zenzi” retrouvera l’Afrique – en Guinée - dans les années 70, son court mariage avec le leader des Black Panthers, Stokely Carmichael, n’ayant pas trop plu aux autorités américaines. Mais ce n’est qu’en 1990 que Mandela, libre, convainc l’interprète mythique de “Pata Pata” de rentrer au pays, où elle a continué de chanter “la vérité”.


Spectacle. La jonglerie autrement

Si vous aimez les arts du cirque, vous risquez d’être totalement subjugué par le spectacle d’Ezec le Floc’h, presque aux frontières du réel. Ce jongleur professionnel français est maître depuis plusieurs années dans l’art du bilboquet, jeu d’adresse fascinant pour les 7 à 77 ans. Le Floc’h a déjà 500 spectacles à son actif, et cela dans les plus grandes villes du monde, parmi lesquelles Las Vegas, Moscou, ou encore Rio de Janeiro. Et bonne nouvelle, ce mois-ci il fait escale au Maroc. Il présentera son solo de jonglerie intitulé tout simplement “UN”, à l’Institut français de Casablanca. Les 20 & 21 novembre à 15h, et le 22 à 18 h. À ne rater sous aucun prétexte.


Exposition. Les gravures de Goya

L’Institut Cervantès de Casablanca accueille jusqu’au 11 décembre prochain les “Caprices de Goya”, les gravures du célèbre peintre espagnol du XIXème siècle. Ces œuvres sont l’expression de sa colère face aux travers qui rongeaient sa société à l’époque (misère, prostitution, corruption…). L’originalité de cette exposition ? Le fait qu’elle intègre aussi des artistes marocains contemporains. En effet, Malika Agueznay et Abdelkader Laraj ont été choisis pour présenter leurs propres gravures, relectures marocaines des thèmes et des symboliques de Francisco Goya. Dans les mois à venir, dix autres artistes marocains tenteront aussi l’expérience. Objectif final : mettre en place une exposition itinérante regroupant toutes les relectures marocaines des “Caprices de Goya”. Elle devrait se déplacer dans tout le Maroc, puis s’envoler vers l’Espagne.


Musique. U-Cef avec les grands

Natacha Atlas, Damon Albarn, Rachid Taha, Steve Hillage, Justin Adams, et pour les Marocains le duo rap Dar Gnawa et la chanteuse Oum : une pléiade d’invités de classe se pressent sur le second album de U-Cef, Halalwood, qui sort (enfin) ces jours-ci grâce au label belge Crammed Discs. Une forme de consécration pour ce percussionniste et producteur vagabond originaire de Rabat, âgé de 46 ans et installé à Londres depuis 1994. Enregistré et mixé entre les sommets du Haut Atlas, Paris et son studio de l’ouest londonien, ce second album sonne comme un manifeste métissé et coloré, tissant des passerelles entre électronique, transe gnaouie, guitares électriques et rythmes brésiliens, entre autres. Un (très) bon trip.


Radio. Back to the roots

Avis aux amateurs de bon son et de torticolis, le metal au Maroc renaît de ses cendres. Radio Chaos, une émission pas comme les autres, met du baume au cœur des amateurs du genre. Au début, l'histoire de deux potes. qui, il y a 12 ans, se passent sur un discman le black album de Metallica. Entre riffs saturés et disto, ils rêvent de projets musicaux. Concrétisation avec Radio Chao : animée par Rqiq Moul'mdader, Ghlid Moul'guitara et Rouh Dial'metal (présenté comme “la grosse voix” aux auditeurs), l'émission bimensuelle est postée sur le blog du projet. 50 minutes de pur bonheur. Parce que le ton est léger sans être creux, que “la grosse voix” se distingue comme un personnage grognon, bourru et plein d'humour. Un rendez-vous unique pour les headbangers. Et ça ne fait que commencer.


radiochaosleblog.blogspot.com


FIFM. Voir Bologne et revenir ?

L’exil en Italie, Mohamed Zineddaine, cinéaste installé à Bologne et prix de la critique au Festival national du film 2004 pour son court Réveil, l’a vécu et filmé dans son documentaire, Khénifra-Livorno (dans lequel il se penche sur le quotidien de la communauté berbéro-marocaine de Livourne). Il le revisite dans Tu te souviens d’Adil ?, son premier long-métrage de fiction tourné pendant l’été 2007, et choisi parmi les sept films Coup de cœur (avec La Rabia de l’Argentine Albertina Carri) du 8ème Festival de Marrakech (projection prévue le 18 novembre). Produit par Ouarzazate Films et appuyé par 3 millions de dirhams d’avance sur recettes du CCM, Tu te souviens d’Adil ? confirme Omar Lotfi, l’un des deux protagonistes de Casanegra, aux côtés de Selma Agoumi et Mehdi El Aroubi.



Humeur.
Spleen suédois

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Coup de fil à 2 heures du matin d’une amie partie en Suède pour le week-end : “Dehors tout est nickel et silencieux. Les hommes, ici, sont farouches, et de toutes les manières ils dorment déjà tous. Je me sens seule, parle-moi.” Pour soigner son petit bobo d’enfant un peu gâté, on lui a lu un passage d’un guide officiel sur le royaume scandinave : “Ils écrivent noir sur blanc que la Suède n’est pas ‘un pays cryptocommuniste peuplé d’ours blancs, de blondes aussi stupides que faciles et d’alcooliques déprimés et suicidaires.’” On trouvait ça frais, amusant et mieux écrit que la prose de l’Office national marocain du tourisme. Rien à faire pourtant, l’humour suédois déride les blondes et les ours polaires peut-être, mais pas les brunes déprimées, un peu suicidaires et beaucoup riches. La social-démocratie angoissait trop notre amie. Elle qui ne buvait jamais, s’était même torché la gueule pour masquer le trop-plein de propreté qui l’étouffait. En 48 heures top chrono, elle était devenue nostalgique des sacs plastiques noirs, du regard lubrique des hommes et de la cacophonie. Un petit snobisme passager. Alors on lui a passé l’avenue des FAR au téléphone, bande-son de klaxons et de raffut, d’insultes qui fusent dans un tissu imbibé de silicium, même à 2 heures du matin. Elle a subitement retrouvé ses esprits. Dégrisée par la rue marocaine...



Les anges de Nora
Casa-ciné aura finalement lieu du 2 au 6 décembre. L’Institut français de Casablanca s’aligne sur l’événement et programme Des poupées et des anges (2008), un film de Nora Hamdi, avec Leïla Bakhti, Karina Bekhti et Samy Naceri. Projection le 6 décembre, dans la salle sombre de l’IF, à 18h.


Andalussyat
Le festival Andalussyat se bonifie en fêtant ses cinq ans, du 20 au 22 novembre. Orchestres de musique andalouse venant de Fès, Tanger, Tétouan, l'artiste hispanique Maria Pajes se produiront à l'office des changes, au théâtre Mohammed VI, à la salle Hassan Skalli à Sidi Bernoussi à Casablanca, et au théâtre de la ville de Mohammedia.


Si c’est un homme
Youssouf, Moussa, Fabrice… des visages derrière lesquels se déclinent des vies, des rêves, des peurs, des espoirs et une dignité. “Des hommes et des frontières”, expo-photo de Kays Djilali et Anaïs Pachabézian, est à Casa Del Arte à partir du 20 novembre, avec le soutien de l’UE, de l’AFVIC et du Réseau Afrique Migration.

 
 
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