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N° 347
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Nina Hubinet

La semaine

Rose Kabuye, directrice du protocole
présidentiel rwandais, a été
arrêtée à Francfort.
(AFP)

France-Rwanda. À couteaux tirés

Nouvelle escalade judiciaire entre Paris et Kigali. Depuis plusieurs années, les deux pays se livrent une bataille judiciaire sur les responsabilités dans le génocide rwandais de 1994, au cours duquel environ 800 000 personnes, en majorité des Rwandais tutsis, ont été tuées. L’arrestation de Rose Kabuye, la directrice du protocole présidentiel rwandais, dimanche 9 novembre à l’aéroport de Francfort (Allemagne), a ravivé les tensions entre les deux pays. Après avoir renvoyé dans son pays l’ambassadeur allemand à Kigali, le président
rwandais, Paul Kagamé, s’est envolé pour Francfort où il est allé rendre visite à Rose Kabuye, avant qu’elle ne soit extradée, quelques jours plus tard vers la France. Cette proche collaboratrice de Kagamé a été arrêtée en vertu d’un mandat d’arrêt français, émis par le juge Jean-Louis Bruguière. Elle est soupçonnée d’être impliquée dans l’attentat d’avril 1994 contre l’avion de l’ex-président rwandais Habyarimana, qui avait marqué le début du génocide. Le juge Bruguière avait lancé en 2006 neuf mandats d’arrêt contre des personnalités du régime rwandais. Paul Kagame avait alors décidé de rompre les relations diplomatiques entre son pays et la France. Rose Kabuye, qui savait qu’elle serait interpellée si elle atterrissait à Francfort, aurait la volonté de s’expliquer devant la justice française et de prouver que ces accusations portées contre elle sont infondées. Loin d’en rester aux explications devant les tribunaux, Paul Kagamé veut répliquer à la justice française. Une commission d’enquête rwandaise a rendu public le 5 août un rapport établissant la complicité de la France dans le génocide des Tutsis. La justice du pays s’apprêterait maintenant à lancer des mandats d’arrêt contre 23 responsables français. Ce dernier épisode fait suite à la plainte en diffamation déposée la semaine dernière à Paris par six officiers français mis en cause dans ce rapport. L’opération militaro-humanitaire française Turquoise, présente à partir de juin 1994 au Rwanda, avait ensuite été accusée d’avoir protégé la fuite des génocidaires hutus.


Algérie. Plébiscite pour Boutef

La voie est libre : le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, âgé de 71 ans et sujet à des ennuis de santé, peut briguer un troisième mandat en avril 2009. Les députés algériens ont adopté mercredi 12 novembre, à main levée et sans débat, le projet de révision constitutionnelle visant à supprimer la limitation des mandats. Un vrai plébiscite (500 voix pour, 21 contre et huit abstentions) qui reflète la domination du Parlement par les partis de l’Alliance présidentielle. Bouteflika peut maintenant devenir président à vie, s’il est réélu tous les cinq ans. Un seul parti, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (opposition laïque, 19 députés), a rejeté le projet. La réforme change aussi la nature du régime algérien : le chef du gouvernement devient un “Premier ministre”, chargé d’exécuter la politique du président et non plus son propre programme.


Europe-Russie. La flamme reprend

L’offensive russe de cet été en Géorgie semble déjà pardonnée. Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l’Union Européenne ont annoncé lundi 10 novembre que l’UE allait reprendre ses négociations avec la Russie en vue d'un accord de “partenariat stratégique”. Le gel de ces pourparlers était la seule sanction prise par les Européens contre Moscou, pour exprimer leur désapprobation de la guerre éclair menée par les Russes en Géorgie au mois d’août dernier et de la reconnaissance par le Kremlin de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux territoires séparatistes géorgiens. Mais à la veille du sommet UE-Russie du 14 novembre à Nice, les Européens, et Paris en particulier, semblaient vouloir oublier les quelques soldats russes toujours présents en Géorgie, pour se concentrer sur les hydrocarbures du pays.


Grande-Bretagne. Le chômage s’envole

Le nombre de chômeurs est revenu au niveau de 1997. C’est le triste constat fait mercredi 12 novembre par l'Office national des statistiques : 5,8 % de la population active du pays, soit 1,8 million de personnes, sont actuellement sans emploi, ce qui équivaut à 182 000 chômeurs de plus qu'un an auparavant. Quotidiennement, des entreprises licencient. Mardi, plus de 4500 suppressions de poste ont été annoncées par différentes entreprises. Jeudi, c’est British Telecom qui a déclaré devoir supprimer 10 000 emplois d'ici à avril. Premières victimes de la récession, plus d'un million d'immigrés devraient quitter le Grande-Bretagne dans les mois à venir.


Somalie. Les islamistes à bon port

Le port de Merka, à 90 kilomètres au sud de la capitale Mogadiscio, est tombé mercredi 12 novembre aux mains des rebelles islamistes du groupe Al Chabaab. C’est la plus importante avancée des rebelles depuis qu'ils ont conquis le port de Kismayo au début de l'année. Le port de Merka est utilisé pour acheminer l'aide alimentaire de l’ONU, destinée à la population de ce pays livré au chaos depuis le début de la guerre civile en 1991. Le 27 octobre dernier, à Kismayo, la milice Al Chabaab a fait lapider une jeune fille de 13 ans. Violée par trois hommes, selon son père et sa tante, elle a été reconnue coupable d’adultère par les islamistes, qui disent appliquer la Charia.


Birmanie. Tous à la case prison !

Vingt-trois opposants birmans, arrêtés lors des manifestations de septembre 2007 contre le régime militaire, auraient été condamnés, mardi 11 novembre, à 65 ans de prison chacun, lors d'une audience spéciale tenue à huis clos à la prison d'Insein, dans la banlieue de Rangoun. L'information a été donnée à la presse par la famille de l'un des condamnés. L'Association d'assistance aux prisonniers politiques birmans (AAPP), basée en Thaïlande, précise que 14 des condamnés appartenaient à Génération 88, un groupe d'anciens étudiants à l’origine d'un soulèvement contre les militaires en 1988. La répression avait fait au moins 3000 morts.


RD Congo. Kabila sauvé des eaux

L’Angola a annoncé, en milieu de semaine, l’envoi de troupes au Nord Kivu, une province de l’Est de la RD du Congo où les combats ont repris fin août. Les Angolais répondent à l’appel du président congolais Joseph Kabila, dont l’armée régulière ne parvient pas à stopper les rebelles de Laurent N’kunda, soutenus par le Rwanda. Cette annonce fait craindre un nouvel embrasement régional : les Rwandais pourraient considérer ce déploiement comme une provocation des Angolais, qu’ils ont combattus pendant la guerre du Congo, de 1998 à 2002. Le conflit en cours a divisé le pays en fiefs riches en ressources naturelles, aux mains de groupes rebelles soutenus par les pays voisins. Le Conseil de sécurité de l'ONU avait annoncé la veille qu'il y avait un consensus sur le renforcement de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo). Mais la décision ne sera pas prise avant, au mieux, un mois.


Nicaragua. Elections électriques

Opposants et partisans du président Daniel Ortega se sont affrontés lundi 10 novembre dans les rues de Managua, la capitale. Selon la presse locale, deux personnes ont été tuées. Ces violences ont eu lieu le lendemain des élections municipales, remportées par le parti présidentiel, le Front sandiniste de libération nationale. L’opposition de droite dénonce “la fraude et le trucage des résultats”. À Managua, le candidat sandiniste l’a emporté, alors que son adversaire de droite était donné gagnant par les sondages. L’organisation indépendante Ethique et transparence a constaté plusieurs cas d’intimidation. Selon l’opposition, cette victoire des Sandinistes aux municipales doit ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle pour permettre la réélection de Daniel Ortega, au pouvoir depuis 2006.


Tunisie. Grève de la faim pour un passeport

Abdellatif Bouhjila, 39 ans, est en grève de la faim depuis le 2 octobre. Lundi 10 novembre, l’ancien prisonnier politique a également cessé de boire et sa santé se dégrade rapidement. Sorti de prison l’année dernière, après neuf ans d’incarcération pour appartenance au groupe islamiste Al Ansar, il souffre de graves problèmes rénaux et cardiaques mais ne parvient pas à se faire soigner en Tunisie. Les autorités refusent aussi de lui délivrer un passeport pour qu’il reçoive des soins à l’étranger. Comme tous les ex-prisonniers politiques, Bouhjila a perdu tous ses droits, y compris celui d’être soigné- en recouvrant la liberté.


Littérature. Le Goncourt est Afghan

Le plus prestigieux prix littéraire français, le Goncourt, a été attribué lundi 10 novembre à l’écrivain et cinéaste afghan Atiq Rahimi, pour son livre Syngué Sabour (“Pierre de patience” en persan). Une femme, au chevet de son mari agonisant, lui dit pour la première fois sa colère contre toutes les humiliations, conjugales et religieuses, qu’elle a supportées dans sa vie. Pour Atiq Rahimi, réfugié en France depuis 1984, “les femmes afghanes représentent toutes les femmes du monde, elles ont des désirs, des rêves et des espoirs”. Profitant de sa médiatisation, il a demandé aux autorités françaises de ne pas renvoyer en Afghanistan 54 compatriotes arrêtés la semaine dernière à Calais.


Vite !

Le candidat laïc Nir Barkat, homme d'affaires fortuné, a remporté les élections municipales de Jérusalem mardi 11 novembre. Il succède à un maire ultra-orthodoxe, après avoir mené campagne en adoptant une ligne dure, rejetant toute concession sur Jérusalem-Est...


Sept Français et un Tunisien ont été libérés mardi 11 novembre au Cameroun, après 12 jours de captivité. Ils avaient été enlevés dans la péninsule de Bakassi, frontalière du Nigeria, alors qu'ils se trouvaient à bord d'un navire du groupe pétrolier français Bourbon.



Lu pour vous [FRANCE]
Une musulmane, porte-drapeau des Tories

Virginie Malingre, Le Monde du 11 novembre.

Birmingham, mercredi 1er octobre. Avant de faire son discours à l'occasion du congrès du parti conservateur, qu'il dirige, David Cameron a voulu donner la parole à des Tories d'un nouveau genre, symboles de la modernisation qu'il a mise en route pour mieux reconquérir le pouvoir. Adeela Shafi - 36 ans, musulmane d'origine pakistanaise, vierge de tout passé politique - fait partie de ces Britanniques choisis pour porter le drapeau de la modernité et du changement. La jeune femme se lève. C'est la première fois qu'elle parle devant des milliers de personnes. (…). “Longtemps, j'ai voté Labour (le Parti travailliste)”, commence-t-elle. La salle s’esclaffe. Aujourd'hui, elle est la candidate tory à Bristol-Est pour les prochaines élections (…). La première et unique candidate femme musulmane pour le parti de M. Cameron. “Mes parents ont voté Labour parce que c'est un mot qu'ils ont vite compris”, avance Adeela Shafi. (…) Sur le fond, la jeune femme pense qu'ils ont toujours eu des atomes conservateurs, comme nombre de leurs amis musulmans. “Nous sommes une population d'entrepreneurs”, explique-t-elle. C'est sans doute là que réside sa principale motivation : combattre le racisme, donner une meilleure image des musulmans. “Quand j'étais jeune, il était entendu que si vous étiez musulman, vous seriez l'épicier du coin. Aujourd'hui, il est entendu que vous serez terroriste”, regrette-t-elle. Entre-temps, il y a eu les attentats de juillet 2005 à Londres.

 
 
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