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N° 341
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Il y a plus Zakaria Boualem que ZB lui-même. C’est tout simplement effrayant.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem en a pris plein la gueule. Son enthousiasme naïf pour Barack Obama lui a valu de sévères critiques. Certains ont même estimé profondément débile le simple fait de s’exciter pour l’élection d’un président américain, fût-il (presque) noir. Cette levée de boucliers appelle une constatation terrible : il y a plus Zakaria Boualem que Zakaria Boualem lui-même. C’est tout simplement effrayant. L’idée qu’il puisse exister des gens encore plus cyniques, plus désabusés et plus négatifs que notre héros a quelque chose de vertigineux. Ce sont des versions 2008 de Zakaria Boualem, largement plus puissantes que notre Guercifi qui commence à prendre de l’âge et qui a besoin d’espoir de temps en temps. Voici leurs arguments : “Yallah, Barack Obama a été élu, et après ? C’est lui qui va construire des hôpitaux au Maroc ? Il va convaincre nos juges d’arrêter d’enfermer des gens sous le prétexte léger qu’ils ne disposaient pas de liquidités suffisantes pour acheter leur liberté ? Il va multiplier des centres culturels et offrir une Coupe du Monde aux Marocains parce que certains d’entre eux sont (presque) noirs ? Il n’y a que les Kenyans pour croire à un truc pareil !”. Ce dernier point est exact, les Kenyans y croient : ils ont décrété le jour de l’élection d’Obama férié, rien que ça. Ils ont désormais un objectif, un seul : trouver une petite place pour une nouvelle étoile sur le drapeau US. Ils deviendront ainsi un nouvel Etat américain par le droit du sang, et merci Obama.

Revenons à nos cyniques. Ils ont un peu raison, franchement. Mais leur raisonnement a ses limites. Démonstration s’il vous plaît. Tout le monde est d’accord pour affirmer que monsieur Bouche, double V de son doux prénom, a considérablement pourri la planète. Même les plus cyniques d’entre nous sont conscients que ce monsieur a précipité notre monde dans une sorte de guerre des civilisations dont personne ne peut raisonnablement se réjouir. Certes, il n’a pas agi seul, mais il est le seul a avoir été élu pour cela. Et, Zakaria Boualem vous en supplie, arrêtez de parler de cet homme comme d’un crétin. On connaît peu de crétins qui aient atteint tous leurs objectifs avec autant d’efficacité, tout en se foutant de la gueule du monde bel allali, qui n’a rien à voir avec l’auteur de ces lignes, je tiens à le préciser. On pourrait sans doute trouver pareil énergumène dans l’histoire mais, encore une fois, ils n’ont pas été élus… Donc, partant de cette constatation, on ne peut pas continuer à affirmer que rien ne change jamais, que les présidents américains sont tous pareils, qu’on s’en fout, et merci. On vient d’avoir la démonstration pendant huit ans que les choses peuvent changer, en l’occurrence dans le mauvais sens.

Serait-il inimaginable de considérer qu’elles puissent changer en bien ? Ou au moins qu’elles arrêtent d’empirer ?
Pendant combien de temps encore pourra-t-on se payer le luxe de se priver de rêve ?

Zakaria Boualem rêve à une solution au problème palestinien. Il rêve de voir toutes les terrasses de café contraintes de trouver une autre explication à nos insuffisances que celle du lobby américano-sioniste. Rappelons que ce dernier, décidément infatigable, est à l’origine de la corruption, des embouteillages, des virus informatiques, et même de la crise financière mondiale. Il encourage les festivals, l’homosexualité, l’alcoolisme, le tiercé... et on est obligé d’arrêter la liste ici sinon on va devoir faire un numéro spécial. Bon, imaginons donc que ce fameux lobby soit désactivé… Le million de Marocains qui ont marché dignement pour le droit des Palestiniens, pourrait-on imaginer qu’ils marchent pour leurs droits propres ?... Pour une cause précise, au hasard celle de la corruption dans les tribunaux, hein ?... ça aurait de la gueule, non ?...

Zakaria Boualem, en relisant ces dernières lignes, se rend compte qu’il a un peu déliré. C’est trop tard, vous avez lu… Vous avez peut-être même rêvé avec lui. C’est déjà ça, un peu de rêve arraché au cynisme ambiant. Merci Obama.

 
 
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