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Par Meryem Saadi et Hassan Hamdani
Photos Brahim Taougar
Cinéma. Sans strass, ni paillettes
La 8ème édition du Festival de Marrakech restera gravée dans les annales. Presque pas de stars, une atmosphère un peu terne. Retour sur les rares moments intéressants de cette année.
Une heure dActors Studio
Lundi 17 novembre, 18 heures. Une agitation anormale règne dans les sympathiques locaux de l'Ecole supérieure des arts visuels de Marrakech. Normal, puisque c'est la première fois qu'une star hollywoodienne rend visite à ses étudiants. Et il s'agit de l'Américaine Sigourney Weaver, que la plupart des élèves ne connaissent malheureusement qu'à travers son rôle dans les films de science-fiction Aliens. Au programme de cette fin d'après-midi : une visite de l'établissement et une séance de questions-réponses. Lorsqu'elle apparaît avec quelques minutes de retard, l'actrice est entourée d'une flopée de bodyguards, et de plusieurs membres du staff du Festival. Et elle est habillée d'un tailleur bleu nuit à la coupe douteuse
ainsi que d'une paire de tongs. Le tout rehaussé par le pin's jaune et bleu de la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Rien de très surnaturel, et encore moins de très glamour. Après avoir été mitraillée par les photographes à chaque bout de couloir, la chasseuse d'aliens se dirige enfin vers l'amphithéâtre. Accompagnée de son mari, réalisateur de profession, Sigourney Weaver prend tout son temps pour répondre aux questions de nos apprentis professionnels du cinéma. Et surtout pour leur donner des conseils sur les étapes les plus importantes de la réalisation d'un film. Ou encore sur l'écriture de scénarios. Vous avez vraiment de la chance d'être dans une si belle école, mon mari et moi sommes vraiment impressionnés, déclare la star avant de partir. Résultat ? Des étudiants souriants et plus que motivés.
La déception Kandisha
Attendu depuis déjà deux ans, le film Kandisha du réalisateur Jérôme Cohen-Olivar risque sans aucun doute de marquer les esprits. Et ce ne sera pas pour sa qualité. Seul film marocain en compétition lors de cette 8ème édition du FIFM, Kandisha semblait pourtant très prometteur sur papier. Mais la réalité est toute autre. Même si une atmosphère particulière, découlant de la légende fascinante de Kandisha, émane du film, le coup de génie n'est vraiment pas au rendez-vous. Un manque de crédibilité se dégage de plusieurs scènes du film (comme par exemple lorsqu'un clochard affamé s'exprime dans un français des plus châtiés). D'autres sont complètement incompréhensibles, et plongent le spectateur dans la plus grande perplexité. Même le casting plutôt alléchant, composé d'une belle brochette d'acteurs marocains et étrangers, ne réussit malheureusement pas à sauver la mise. Dommage. Surtout pour Amira Casar et Assaâd Bouab dont les prestations sont vraiment remarquables. Et dommage aussi pour le cinéma marocain, qui n'est pas, comme l'année précédente, représenté par deux films en compétition. Et pourquoi est-ce que Casanegra de Noureddine Lakhmari n'a pas été retenu également ? C'est la question qui était sur toutes les lèvres pendant le Festival, surtout après la projection de Kandisha. Décision purement artistique, clame le comité d'organisation, loin d'apprécier le côté hardcore du film
En attendant, Casanegra sera en compétition au mois de décembre, au Festival de Dubaï, concurrent direct du FIFM de Kech.
Remember Ali Zaoua
Mardi 18 novembre, 21 heures. Soirée du cinquantenaire du cinéma marocain. Les invités, par petits groupes, foulent le tapis rouge pour accéder au hall du Palais des Congrès. Parmi eux, Yassine, un jeune Casablancais de 18 ans. Les regards le suivent, comme toujours. Avec son costume usé trop grand pour lui, le jeune homme détonne dans l'univers BCBG du Festival. Mais cela fait déjà trois ans qu'il assiste à cet événement, lui qui rêve de faire carrière dans le cinéma depuis qu'il a joué un rôle d'enfant des rues dans Ali Zaoua de Nabil Ayouch. Il est même devenu une sorte d'élément du décor, auxquels se sont habitués les membres de la sécurité, et ceux du staff du Festival. C'est d'ailleurs ces derniers qui lui donnent chaque année invitations et badges. Le plus dur c'est de trouver où dormir pendant le Festival, sachant que je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je n'hésite pas à dormir sur le trottoir en face quand il le faut, explique le jeune homme sans aucune amertume. Yassine ne respire et ne vit que pour le cinéma. Pendant la durée du Festival, il essaie d'assister au maximum de film, surtout marocains. Ses acteurs préférés ? Rachid El Ouali, Abdessamad Miftah El Kheir ou encore Driss Roukhe pour ne citer qu'eux. Mais parfois le rêve l'emporte sur la réalité et Yassine se met à relater des histoires plutôt surréalistes. Leonardo DiCaprio m'a donné son numéro personnel l'an dernier, et il m'a dit de l'appeler si un jour je suis aux Etats-Unis, se plaît-il à raconter un peu partout. Une sorte de mensonge salvateur, qui lui permet de ne pas renoncer à son rêve ? Sans aucun doute.
La Méditerranée par le cinoche
En parallèle au FIFM, se tenait également la troisième édition du Meda Film Development (MFD). Organisé par Ali n' Productions et financé par l'Union Européenne et par la Fondation du Festival de Marrakech, ce projet réunit chaque année des tandems de producteurs et scénaristes méditerranéens ayant des projets de longs-métrages. Cette année, certains participants venaient entre autres du Maroc, d'Algérie, mais aussi de Turquie, de Palestine ou encore d'Israël. Le but du MFD ? Les aider à bien ficeler leurs projets, à améliorer leurs scénarios, et surtout à faire les bonnes rencontres. Les participants ont pu donc approcher des distributeurs ou des producteurs et réalisateurs accomplis venus dans le cadre du FIFM. Sans le Meda Film Development et le Festival, nous n'aurions pas pu contacter aussi facilement tous ces experts du monde du cinéma, affirme Yanis Koussim, jeune scénariste algérien. Par ailleurs, le MFD est aussi un moyen de faire découvrir à des apprentis professionnels du 7ème Art le cinéma de toute la Méditerranée. On se rend compte en fait qu'il y a des thèmes qui reviennent souvent, comme l'amour de la famille et de la terre , explique le participant turc Esref Dinçer. Et même si les adieux seront larmoyants à la fin de cette aventure, les participants espèrent tous qu'ils resteront en contact quoi qu'il arrive. Et ils promettent tous de revenir au FIFM avec leurs films s'ils en ont l'occasion. Un joli investissement sur le futur.
Lami américain
Sil s'agissait de souligner les rapports schizophrènes qu'entretient le public marrakchi avec le cinéma du Grand Satan, Mensonges d'Etat de Ridley Scott, projeté lors du Festival, ne pouvait pas mieux être choisi. Dès la scène d'ouverture, les premiers symptômes percent. Un ersatz de Ben Laden annonce qu'il va faire exploser tous les infidèles si méchants avec les gentils musulmans. Applaudissements à tout rompre de la salle, sensible au discours. Une bonne heure plus tard, longuette tant le film est poussif, c'est au tour de Leonardo DiCaprio, agent infiltré de la CIA, d'y aller de son laïus sur l'islam tolérant. Alors que le méchant chef des barbus lui éclate les doigts au marteau, Leonardo s'indigne : Non, on a perverti le texte sacré. Non, le Coran interdit le meurtre d'innocents et le suicide. Applaudissements de la salle parce que c'est le Leonardo de Titanic, si beau et si gentil, servant de surcroît un discours ambiant cher aux Marocains : le pays de la tolérance, etc. Le vilain répond à Leonardo DiCaprio du tac au tac que c'est tout le contraire, qu'il a dû rater le verset du Coran qui parle de combattre les impies. Acclamation du public car c'est le Ben Laden du 11 septembre, si vengeur et si courageux. Des réactions aussi floues que le scénario du film
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