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Par Cerise Maréchaud
Festival. Le cinéma du réel
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Puisque nous sommes nés de
Jean-Pierre Duret et Andrea Santana.
(DR)
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FIDA DocSouss a été loccasion pour le public gadiri de découvrir dautres facettes du monde. Coulisses dune première édition discrète
et convaincante.
Il faut quon parte pour mieux se connaître, souffle Nego, 13 ans, à son pote Cocada, 14 ans, en voyant les camions défiler devant la station-service qui leur sert dunivers, sur la terre brûlée du Nordeste. Les deux héros déshérités de Puisque nous sommes nés, documentaire |
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franco-brésilien coproduit par KissFilm (la société de Jamel Debbouze), le savent bien : il faut aller vers lailleurs pour savoir qui lon est. Cest exactement la raison dêtre de FIDA DocSouss, premier festival marocain exclusivement consacré au documentaire, inauguré du 4 au 8 novembre à Agadir et où le film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana était en compétition. Une édition discrète mais convaincante, appuyée par un budget de 3 millions de dirhams.
Vers le public
Certes, ni attroupement ni file dattente aux portes de la Chambre de commerce de la ville, où étaient projetés tous les films de la programmation, dans une salle souvent clairsemée, à lexception des soirées douverture et de clôture, pleines de monde. Mais de jour en jour, le bouche à oreille a semblé faire son effet, notamment à partir du jeudi férié de la Marche Verte, et grâce à des gestes témoignant dune réelle volonté daller vers le public. Notamment, une programmation scolaire animée par le comédien Driss Karimi (de lémission Ammi Driss sur RTM), où des dizaines délèves ont découvert le monde dune jeune femme autiste (Le Bestiaire de Gaëlle de Virginie Villemin) et le quotidien de trois ados iraniens en maison de correction (Its always late for freedom de Mehrdad Oskouei). Mais aussi une Caravane numérique ambulante déclinaison ad hoc du projet Cinéma numérique ambulant né au Bénin en 2001 qui, équipée dun projo, dun écran, dun groupe électrogène et dune poignée de DVD, a projeté certains films de FIDA DocSouss, précédés de Buster Keaton, dans des coins périphériques dAgadir.
Sensations fortes assurées : présenté en ouverture devant une salle pliée de rire, le film Où est lamour dans la palmeraie ?, où le cinéaste belge Jérôme Le Maire surprend un baiser, a provoqué un vrai tollé parmi le public populaire du quartier Tikiouine, mal à laise de partager cette impudeur en présence dun père ou dune sur. Le seul mot amour est tabou, en famille, il faut faire mille et un détours pour ne pas le prononcer, concède Tilila Eddarifi, 18 ans, qui compte ce film parmi ses favoris de la programmation. Les jeunes de ce quartier populaire ont pris ça un peu pour une offense, mais cest tout le principe dun documentaire, créer le dialogue, faire réagir, se satisfait Nezha Drissi.
De son temps
La directrice de FIDA DocSouss assure avoir voulu créer un événement ouvert, engagé et de son temps. Cest chose faite avec les films en compétition, malgré une qualité inégale, et avec des avant-programmes savoureux qui ont contribué, à petites doses quotidiennes, au charme du festival. Notamment la capsule suisse La Minute Verte, ou 60 secondes de sensibilisation au développement durable (dégivrer son frigo, regonfler ses pneus, fermer le robinet
) à travers un croquis animé et un commentaire, ou encore de petits making-of de la série Femmes du monde, du navigateur-dessinateur-photographe Titouan Lamazou. Cohérence également côté sections parallèles : Palestine, Environnement, Droit des femmes, Economies alternatives et Ecotourisme. Le tout raconté par une écriture voulue accessible à un public novice, plus à même de sidentifier à des histoires incarnées par des personnages : mère courage dans un kolkhoze laitier de Russie, guérisseur chamanique aux Philippines, artistes de cirque rural en Chine, mômes descolarisés du Brésil, cultivateurs de fraises de Gaza, jeunes femmes daujourdhui en Algérie.Le documentaire est un outil déducation populaire au sens noble, un vrai vecteur de réaffirmation de sa propre identité et douverture sur le monde, à partir duquel le sens civique reprend son sens, le citoyen peut penser être à même de participer à la société, poursuit Nezha Drissi. Si lon peut regretter que, malgré la présence de nombreux professionnels, les quatre jours de festival naient pas donné lieu à une vraie table ronde - pour évoquer par exemple le difficile essor du documentaire au Maroc, des questions de fond sur ce genre cinématographique indispensable ont bel et bien soutendu toute la rencontre : quest-ce quun documentaire ? À quoi ça sert ? Après chaque film, un débat instructif, alimenté par des spectateurs manifestement interpellés tant par le fond économie parallèle du troc à Buenos Aires que par la forme ou, plutôt, la démarche. Au Bangladesh, il y a la malnutrition, des inondations
Pourquoi nen avez-vous pas parlé ?, demande un spectateur à Olga Prudhomme, réalisatrice du Téléphone portable de Halima, qui évoque limpact du microcrédit sur la vie dune famille et le développement dun village.
Je souffre avec eux
Le documentaire nest pas du reportage mais le cinéma du réel, il ne transmet pas une information mais de lémotion, il ne parle pas dun sujet mais raconte une histoire, il est moins réaliste que poétique, il suppose un auteur qui dit je, qui pose son regard sur une réalité : des points essentiels également au cur de latelier de trois matinées tenu par la cinéaste libanaise Nadine Naous (Chacun sa Palestine) et lauteur marocain Ali Essafi (Le Silence des champs de betterave, Ouarzazate movie, Le Blues des Cheikhates). Quand je vois un documentaire sur les Palestiniens, ça ne mapprend rien, je connais leur situation. Mais je me sens proche deux, je souffre avec eux, confie Ghizlaine Raouine, 21 ans et membre du jury cinéphile (Prix Planète).
Le débat sur la place de la fiction dans le docu est un faux débat, exprime pour sa part Antoine Cattin, coréalisateur de The Mother (lauréat du Grand Prix), dont la narration parfois elliptique nen est pas moins éloquente : peu importe de savoir si Liouba, mère dune famille nombreuse dans la campagne russe, est condamnée (ce quon croit savoir) ou pas (la réalité), ce qui compte, cest de ressentir quelle, dans sa réalité, se sent usée, à bout. Par contre, une vraie question, éthique, qui se pose, cest quest-ce quon filme, quest-ce quon ne filme pas, poursuit le cinéaste. Enlève ta caméra avant que les flics nous emmerdent !, souffle au cadreur une Liouba désemparée sur un quai de gare. Mais la caméra continue de tourner, au risque dune arrestation. Je reconnais la dimension parfois manipulatrice, voire cynique, du documentaire, poursuit Antoine Cattin. Pendant deux ans, on a passé beaucoup de temps immergés dans cette famille. Et subitement, une fois le tournage fini, on sest faits plus rares alors que pour eux, rien navait changé.
Métaphores
Parfois, cest le réel qui rattrape brusquement la mise en scène. Comme dans Strawberry fields, sur les cultivateurs de fraises à Gaza qui, sous les missiles et les survols dhélicoptères, négocient leur survie pendant que leurs partenaires israéliens négocient leur chiffre daffaires de lautre côté du passage de Karni. Dans une scène, la réalisatrice Ayelet Heller surgit dans le champ, apeurée, craignant pour sa survie : Je ne veux pas être tuée, lance-t-elle avant dappeler un responsable de Tsahal pour se faire localiser. Au montage, après longue réflexion, jai finalement tenu à montrer toute la folie de ce moment, et ce que moi, Israélienne, ai pu faire pour être en sécurité et pas eux, Palestiniens. Mais parce quil sagit de cinéma, le documentaire peut aussi se permettre la métaphore. Dans A Road to Macca de George Misch, un bédouin désarçonné par son dromadaire pleure la perdition de sa culture. Dans Strawberry fields, les fraises écrasées évoquent des tâches de sang. Dans Les Anges de la piste de Rémy Ricordeau, sur une troupe de cirque dans les campagnes du Shanxi, le camion en panne dans la montagne symbolise le travail de Sysiphe. Dans Puisque nous sommes nés, la mort des animaux suggère la précarité des humains. Cest beau un camion plein de maïs, rêve pourtant Cocada : le camion, synonyme dévasion, dabondance, dune figure paternelle.
Face à ce genre nouveau, le public marocain ne semble pas être très sûr de ses attentes. Sortis prématurément du documentaire franco-brésilien Puisque nous sommes nés, un groupe détudiants évoque dabord les problèmes de traduction arabe dans les casques audio. Mais les enfants des rues, on a la même chose ici, balaie Ahmed Alaoui, 21 ans, qui aurait aimé voir un film sur le hrig ou la fuite des cerveaux. Sévader et se retrouver en même temps, une équation pourtant rendue possible par le documentaire. Et quand, interloqués, les spectateurs sinterrogent sur le degré dintimité atteint par certains auteurs avec leur personnage, Jean-Pierre Duret répond : Faire un documentaire, cela prend le temps quil faut pour se connaître, se comprendre, se respecter. Un beau voyage vers autrui et vers soi-même. |
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Palmarès. La mère, le penseur et le chaman
Grand Prix de ce premier FIDA DocSouss : The Mother, dAntoine Cattin et Pavel Kostomrov (Russie, Suisse) : lhistoire de Liouba, mère courage qui se bat pour la survie de sa famille dans le froid dun kolkhoze laitier. Un film magnifique sur des femmes fortes, des enfants fragiles et des hommes faibles. Le Prix Coup de cur du jury (Prix TV 2M) récompense A Road to Macca, the journey of Muhammad Asad de George Misch (Autriche) : un portrait en forme de road-movie, de Vienne à Grenade, via le Pakistan et Tanger, sur Leopold Weiss, juif converti à lislam, dont il devint lun des grands penseurs modernes. Choisi par le jury des cinéphiles gadiris (Prix Planète), Le Chaman, son neveu
et le capitaine de Pierre Boccanfuso (France, Philippines) : lhistoire croisée dun guérisseur traditionnel et dun jeune chef de famille de la société Palawan face aux mutations du monde moderne. |
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Bémol. Maroc, es-tu là ?
Bémol de cette édition de lancement, la quasi-absence du cinéma documentaire marocain. Prévus le soir du 6 novembre, des films sur la Marche Verte ont été déprogrammés car la SNRT ne les a pas envoyés à temps, nous expliquent les organisateurs. On savait aussi que Nos lieux interdits, plongée dans la catharsis mémorielle de lInstance équité et réconciliation signée Leïla Kilani et seul film marocain initialement sélectionné en compétition, en avait été retiré : Son coproducteur, le Centre cinématographique marocain, a préféré se réserver la première pour le Festival national du film, interprète à regret Nezha Drissi. Mais la directrice de FIDA DocSouss insiste : Jai lancé un appel à films marocains mais on na rien reçu, soit trop tard, soit des uvres qui ont déjà beaucoup tourné. Nous voulions des inédits. Pas de Hakim Belabbès, de Ali Essafi, dIzza Genini ou de Dalila Ennadre, donc, mais des choix soit hybrides, comme la projection en section parallèle dun épisode de la série Amouddou (Al Aoula) signé Ahmed Boufous et coproduit par la société gadirie FaouziVision, soit pas terribles, comme les deux films du réalisateur Rachid Kasmi, commandés par Al Jazeera : Une femme nommée Rachid, portrait de la militante Fatna El Bouih sous forme dun long monologue en arabe classique, entrecoupé dassez maladroites scènes de reconstitution ou de ralenti ; et Mères célibataires, sur le thème que lon sait, 50 minutes au sein de lassociation Solidarité féminine sans réelle personnalité et alourdies dun pathos un peu dérangeant. Hasard ou pas, très peu de professionnels marocains ont fait le déplacement. Ils se déplacent plus facilement à Marrakech, dommage quils naient pas eu cette curiosité, remarque Nezha Drissi. |
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