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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fédoua Tounassi

Bourse. Responsable mais pas coupable

Et si l’enquête du CDVM n’était
finalement qu’une tempête
dans un verre d’eau ?
(TNIOUNI)

Délit d'initié, manipulation de cours, suspicion. L'enquête du CDVM a fait boom et la Bourse de Casablanca perd (un peu)
de son capital crédit auprès des investisseurs.



Mercredi 12 novembre, le landerneau financier est suspendu au Conseil d'administration du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières). La tension est palpable dans les salles de marché : des têtes vont tomber. La place de Casablanca vient de vivre un mois au
rythme de scandales où tout le monde a plus ou moins trempé, et les sanctions risquent d'être lourdes. Le spectre des 10 millions de dirhams d'amende payés, en début d'année, par Upline Securities rôde encore. L'heure du déjeuner approche. “On en saura un peu plus”, confie un trader. Le rituel du déjeuner auquel sacrifie le CDVM durant son conseil d'administration est une occasion pour les uns et les autres de laisser filtrer des informations au reste de la communauté financière. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. Trois sociétés seraient dans le point de mire. On chuchote ici et là les noms de MSIN, Eurobourse et CFG Group. Ce dernier dont le président, Amyn Alami, est également membre du conseil d'administration du CDVM, est prié de quitter le conseil. “C'est un conflit d'intérêt flagrant que le reste des sociétés de bourse n'a pas cessé de dénoncer depuis des années sans que le gendarme du marché rectifie le tir”, tempête un patron de société de bourse. Certaines voix s'élèvent pour dénoncer le favoritisme dont jouit le CFG du fait des relations entretenues avec la directrice du CDVM Dounia Taârji, une ancienne associée de la boîte. La réunion prend fin laissant analystes, traders et journalistes sur leur faim. “Nous sommes en train de rédiger le communiqué final”, déclare Dounia Taârji, essayant de calmer les esprits. Le communiqué en question sera publié 5 jours plus tard, dimanche 16 novembre dans la matinée.

Les sociétés blanchies
Malgré l'effet d'annonce, la montagne a quelque part accouché d'une souris. Le rapport d'enquête sur les manipulations de cours ayant conduit à la forte chute des 15 et 16 septembre, a eu l'effet d'une douche écossaise sur la communauté financière. “L'autorité de surveillance vient de mettre à mort la crédibilité d'un marché déjà en proie à une crise de confiance”, s'indigne un patron de société de bourse. Les conclusions du gendarme du marché ont blanchi l'ensemble des intervenants sur lesquels pesaient des soupçons de manipulation de cours et de délit d'initié, dont le site Boursomaroc et CFG group.

Flash-back. Lundi 15 septembre, les places financières internationales entament la journée avec de fortes baisses. Au Maroc, on se sent à l'abri d'un séisme car la place de Casablanca a toujours été déconnectée des autres places mondiales et la capitalisation boursière des étrangers est minime. Pourtant, cette journée là, les deux indices chutent et la bourse clôture la séance avec une forte correction comparée à l'embellie des trois dernières années. Le Masi cédera 3,39%. Le lendemain, la chute s'accélère (-3,97%). Traders et analystes ne comprennent pas. On a beau expliquer ici et là que, paniqués, les petits porteurs ont précipité la chute en se portant vendeurs, que la crise y a été peut-être pour quelque chose, les intervenants du marché restent dubitatifs. Mardi 23 septembre, le très officiel Matin du Sahara accuse la banque d'affaires CFG group d'être à l'origine du mini-krach. La surprise est de taille. “D'autant que le quotidien proche du Makhzen n'a pas l'habitude de faire des sorties aussi tonitruantes et d'accuser une des banques les plus prestigieuses de la place sans preuve”, explique un observateur. Dans son réquisitoire, le quotidien reproche à l'établissement financier d'avoir fait des ordres à découvert, pratique illégale mais largement répandue. Le CDVM sort de sa tanière et décide d'ouvrir une enquête. Quelques temps après, un autre scandale éclate mettant en cause cette fois la société gestionnaire Bourse des valeurs de Casablanca. Grâce au nouveau système de cotation qui serait défaillant, des informations censées être inaccessibles aux sociétés de bourses et rediffuseurs d'informations circulaient dans le milieu financier, permettant d'être au courant des quantités cachées des ordres de Bourse. “C'est une aubaine pour n'importe quel trader. Cela lui permet d'être en forte position pour négocier les cours et emplacement dans le carnet d'ordres”, explique un ancien broker encore dans le circuit.

Plusieurs sociétés de bourse auraient profité de ces informations pendant quelques mois, avant que l'une en informe le gendarme du marché. La BVC est mise sens dessus dessous des enquêtes internes et externes sont ouvertes. Ces informations ont également filtré à travers un site de bourse en ligne : Boursomaroc. Ce site est le dernier à avoir prescrit un abonnement auprès de la BVC en juin 2008 donc après le passage à la nouvelle plateforme de cotation qui présente la faille. Les sociétés disposant d'un site de bourse en ligne, d'un flux électronique de cotation ou faisant du routage automatique des ordres, notamment Dar Tawfir (CFG group), BMCE Capital Bourse et Wafabourse pouvaient avoir accès à ces informations confidentielles. De là à accuser ces sociétés de délit d'initié, il n'y a qu'un pas que certains n'ont pas hésité à franchir. “MSIN, société de bourse abonné au même site, en a parlé lors d'un ftour débat sur la crise internationale. Elle a été clouée au pilori lors du Conseil d'administration du CDVM, qui lui a demandé des explications. Son seul tort, c'est d'avoir mis en garde la bourse”, déplore un intervenant du marché. La réaction de la BVC ne tarde pas, elle mettra fin à la diffusion des informations dès le lendemain.

Le directoire débarqué
Près de deux mois plus tard, le Conseil met hors de cause tous les protagonistes, les sociétés de bourse et la société gestionnaire du site en ligne Boursomaroc, mais sans publier l'intégralité du rapport d'enquête. Pour toute réponse aux interrogations du milieu financier, l'autorité de régulation se fend d'un communiqué où langue de bois et confusion s'entremêlent. “A l'issue de ses investigations, le CDVM considère que la baisse du 15 au 17 septembre 2008 ne résulte pas d'une tentative de manipulation de marché, ni d'une pratique généralisée de vente à découvert”. Et d'ajouter que “la baisse du marché a été suscitée par la conjonction de plusieurs facteurs qui, pris individuellement, ne peuvent susciter une tendance, mais qui, dans le contexte particulier des journées du 15 et du 16 septembre, ont pu contribuer à alimenter la baisse des cours et le sentiment de panique”. Parmi les facteurs, sont cités pêle-mêle, l'arrêt de certains programmes de rachat, la position des OPCVM qui sont devenus vendeurs ainsi que la crise financière internationale qui a abouti au désengagement des investisseurs étrangers de la place. C'est une première : une institution officielle avoue que la crise a un impact négatif au niveau national. Mais son effet est quelque peu exagéré vu que les investisseurs étrangers ne participent qu'à hauteur de 1,8% de la capitalisation boursière. “Le CDVM a préféré ne pas aller au fond des choses et sanctionner les intervenants qui sont véritablement à l'origine de ce krach”, s'indigne un opérateur du marché. “Certes ceux qui cherchaient des responsables de la chute sont déçus, mais la baisse fait partie du fonctionnement d'un marché, et en l'occurrence on ne peut pas dire qu'elle ait été provoquée intentionnellement par tel ou tel”, nous explique pour sa part Dounia Taârji, ajoutant que le CDVM n'a pas relevé de "fraudeurs" responsables de la baisse des cours. Seul sanction : le Conseil a demandé la tête du directoire de la bourse de Casablanca, Fathallah Berrada (président du directoire de la bourse), Hind Bouhia (directeur) et Omar Idrissi Kaitouni (directeur du service informatique). L'intérim sera assuré par Jawad Hamri, conseiller du ministre des Finances. Et notre source de commenter, amère : “Ils serviront de bouc émissaire. Beaucoup ont trempé dans la fraude, personne n'a intérêt à ce que ça aille plus loin”.

 
 
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