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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Mohammed VI est un bon client”

Mahi Binebine, peintre,
sculpteur, écrivain
(DR)

Antécédents

1959. Naissance à Casablanca.
1979. Départ à Paris.
1987. Première exposition à Paris.
1991. Libération de son frère Aziz, de Tazmamart.
1992. Premier roman, Le sommeil de l'esclave (Edition Stock).
1997. Exposition au musée de Guggenheim à New-York.
2002. Retour au Maroc.

Smyet Bak ?
Mohammed Binebine.

Smyet mok ?
Halima Mina El Mahi

Nimirou d'la carte ?
Qu'est-ce que j'en ai fait, attendez… Voilà, E50791.

Mahi, vous avez un lien de parenté avec la mahia ?
(Rires) Oui, c'est une compagne de certaines nuits chaudes à Marrakech.

Si Binebine, votre frère est un ancien de Tazmamart, feu votre père était l'amuseur de Hassan II. Et vous, vous êtes bine ou bine ?
(Rires) On peut dire les choses comme ça.

Vous vous êtes remis de la tragédie vécue par votre frère ?
Un jour, Aziz (son frère, ndlr) m'a dit : “Je suis sorti de Tazmamart, pas toi”. Tazmamart est terrifiant et fascinant à la fois. Cela montre les atrocités dont l'homme est capable. On retrouve cela dans mon travail.

De votre père, vous avez hérité l'art de divertir les puissants ?
Je pense que oui, dans ma famille, nous sommes des courtisans dans l'âme. Mon grand-père était courtisan d'El Glaoui, mon père était proche de Hassan II. Je pense qu'on a ça dans le sang.

Vous êtes un mondain néo-makhzénien en quelque sorte…
Peut-être… Je ne trahis pas mes valeurs, mais vous savez, je fais de la peinture. Mes clients sont des gens riches, je suis obligé de les fréquenter.

Il paraît qu'on vous a proposé le poste de ministre de la Culture, et que vous avez refusé…
Non, c'est faux, je vous assure. Et puis, même si on venait à me le proposer, je refuserais.

Entre nous, vous êtes revenu au Maroc parce que le marché de l'art a explosé ?
Pas du tout. En 2002, le marché n'avait pas encore explosé.

Et donc, pourquoi ce come-back ?
Je suis revenu au pays parce que Le Pen était au deuxième tour des élections présidentielles. Je ne voulais pas que mes filles grandissent dans une ambiance détestable. Je suis parti sur un coup de tête, sans savoir ce que cela donnerait.

Aujourd'hui, ça va plutôt bien. On dit que vous avez tellement d'argent que vous ne savez pas quoi en faire…
On va dire que ça va. Je prépare un avenir pour mes enfants, j'investis dans des terrains. Mais je ne fais pas que ça, je soutiens beaucoup d'associations…

Vous avez les moyens de partir à la retraite ?
Oui, monsieur.

Monsieur est chanceux. Vous êtes toujours amateur de packs sauna-massage ?
Héhé, oui, j'adore ça.

Vous faites beaucoup plus jeune que votre âge, vous utilisez des crèmes anti-rides ?
Non, je suis juste un bon vivant. Je fais partie de cette catégorie de personnes qui ne vieillissent pas, elles meurent d'un coup (rires).

Vous avez une petite “mouche” sous la lèvre. Ça plaît aux dames ?
Oui, je pense que tout mon charme est concentré dans cette mouche.

Vous êtes meilleur peintre qu'écrivain ?
Je ne pense pas, je me trouve meilleur en écriture, mais que voulez-vous, la peinture rapporte plus. En plus, c'est net d'impôts… Ne réveillez pas l'eau qui dort (rires).

Et l'écriture, c'est pour vous racheter une conscience ?
Pourquoi ça ? Je n'ai rien à me reprocher.

Le roi fait partie de vos clients ?
Bien sûr…

C'est un bon payeur ?
Et comment ! Il n'est pas du genre à laisser traîner les choses.

Comment va votre ami Hamidou Laânigri ?
Ah je vois, vous faites référence à une déclaration que j'ai faite à la presse.

Oui, un petit peu…
Je vais tout vous dire alors. La journaliste a mal interprété mes paroles. Je racontais à propos de Laânigri qu'il cultive une vieille amitié avec un ancien de Tazmamart, ce qui montre toute la complexité de notre pays. Et puis, soudain, je suis devenu le meilleur ami de Laânigri.

C'est le cas ?
Je suis un homme de gauche qui se réserve le droit de fréquenter qui il veut. Voilà tout.

 
 
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