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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Télévision. Fritures sur la 2

Fayçal Laraïchi
(AIC PRESS)

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour 2M : un ancien patron débarqué avec fracas, un trou dans les caisses estimé à 180 millions de dirhams et des syndicats en colère.


Mercredi 12 novembre, au théâtre Mohammed V de Rabat, 2M était presque au firmament : ex-aequo avec Al Aoula. Les deux chaînes nationales recevaient conjointement le Grand prix national de la presse et 2M était primée pour un reportage sur “l'expulsion abusive des Marocains d'Algérie”. Un court répit, le temps d'une cérémonie, pour
oublier les nuages qui s'amoncellent autour de la chaîne. Car depuis que le conseil d'administration de Soread 2M a démis de ses fonctions Mostapha Benali en juin dernier et l'a remplacé par Salim Cheikh, les rumeurs vont bon train. L'ancien patron de la chaîne de Aïn Sebaâ a-t-il été victime d'un règlement de comptes ? A-t-il détourné des millions de dirhams à son profit ? Entre l'ex-homme fort de 2M et le tout-puissant Fayçal Laraïchi, patron de la SNRT (qui chapeaute 2M), le point de non-retour a en tout cas été atteint.

Cher, cher le départ
Retour sur les faits. Le 24 juin dernier, à l'issue d'un conseil d'administration houleux présidé par Fayçal Laraïchi, Mostapha Benali, alors directeur général de 2M, est écarté de ses fonctions et aussitôt remplacé. Aucune raison officielle n'est avancée sur le moment. Mais deux jours plus tard, la rumeur commence à se propager dans la presse nationale : il manquerait 180 millions de dirhams dans les caisses de la chaîne. L'information est reprise, mais jamais vérifiée. Et pour cause, l'audit effectué par la Cour des comptes n'a pas encore rendu son verdict. Dans l'intervalle, Benali se (dé)fend d'un droit de réponse au directeur de la publication d'un quotidien partisan, lequel courrier est aussi envoyé à toutes les rédactions de la place. Dans la missive, le patron de 2M fraîchement débarqué détaille par le menu les comptes de la chaîne, positifs depuis sa prise de fonction fin 2003. Problème : il manque les chiffres de l'année 2008 pas encore publics. Mais d'ores et déjà, au sein de l'actuelle direction de 2M, on est catégorique. “Le déficit comptable de la chaîne n'a jamais été aussi important. Il avoisine les 180 millions de dirhams”, dénonce un responsable. A mots couverts, c'est la gestion de Benali qui est pointée du doigt. Si certains n'hésitent pas à accuser l'ancien patron de 2M de népotisme, d'autres préfèrent insister sur sa gestion hasardeuse qui l'aurait conduit à investir des sommes colossales dans un nouveau studio de tournage - le plus grand d'Afrique - qui grèverait aujourd'hui le budget de la chaîne. Accusé par voie de presse, soupçonné au mieux de mauvaise gestion, au pire de détournement de fonds, Benali est acculé. Il contre-attaque en intentant un procès à son ancien employeur. Et c'est en revendiquant la coquette somme de 20 millions de dirhams que l'ex-directeur général de 2M entend réclamer l'application de ses droits : “Tout salarié a droit à des indemnités de licenciement. Benali ne demande que le respect du Code du travail”, argumente une source proche du dossier.

Guéguerre non-stop
En l'absence de données objectives et de preuves irréfutables, 2M, sur laquelle l'ombre de la reprivatisation a (à un moment) plané, semble en tout cas plus que jamais gangrenée par une véritable guerre de tranchées. Si Fayçal Laraïchi a avancé ses pions et réussi à faire tomber Benali, le clan de Samira Sitaïl, que l'on dit proche de Fouad Ali El Himma, a aussi incontestablement gagné en autonomie. La toute-puissante directrice de l'information tient en Salim Cheikh un atout de taille. Nommé en conseil d'administration en juin dernier (et non plus par dahir comme ses prédécesseurs), le nouveau patron de 2M, âgé de 35 ans, laisse en effet inoccupé le terrain rédactionnel. Un vide bien sûr comblé par la dame de fer. “A 2M, le vrai pouvoir, c'est Samira Sitaïl qui le détient. Le problème c'est qu'elle n'a pas été assez consensuelle pour s'imposer à la tête de la chaîne”, nous explique une source à l'UMT, seul syndicat représenté parmi les employés de 2M. En attendant le verdict de la Cour des comptes et l'issue du procès qui oppose Benali à Soread 2M, les salariés de la chaîne de Aïn Sebaâ ont déjà les yeux tournés vers d'autres enjeux : “Certes Benali avait une gestion autoritaire, mais sous son ère, il y a quand même eu des acquis. Aujourd'hui, le débat doit porter sur notre ligne éditoriale et sur notre indépendance”, expose un journaliste de 2M. Sera-t-il entendu ?

 
 
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