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N° 348
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Zoé Deback

Success story. Nos stars aux Pays-Bas

L’une des plus importantes communautés marocaines d’Europe avec près de 350 000 personnes, offre des icônes d’intégration réussie. Tour d'horizon de ces “Hollandais bien de chez nous”.


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Politique.
La nouvelle génération en avant



Vu de l'étranger, Ahmed Aboutaleb est la personnalité politique de nationalité marocaine qui a fait le plus parler d’elle aux Pays-Bas. à 47 ans, il est à la fois secrétaire d'Etat et futur maire de Rotterdam, la deuxième ville du pays. Sa carrière politique est fulgurante : débarqué du Rif à 15 ans, il devient reporter, puis dirige divers instituts de développement social et culturel tout en entrant au parti PvdA (travailliste). En 2002, il est nommé adjoint à la mairie d'Amsterdam (où sa politique sociale est très appréciée), et en 2007, secrétaire d'Etat aux Affaires sociales, devenant ainsi le premier Marocain à entrer au Gouvernement. En raison de sa double nationalité, l'extrême droite, avec à sa tête le député Geert Wilders, a tenté de s'opposer à sa nomination, déclenchant une vive polémique nationale. Aboutaleb n'est pourtant pas le premier Marocain à se lancer en politique. Un des pionniers est Mohamed Rabbae, 67 ans, ancien directeur du Centre des étrangers, et premier Marocain tête de liste d'un parti. En 1994, il partage avec Ina Brouwer le leadership du parti GroenLinks (Verts-Gauche), ce qui lui permet de siéger au Parlement jusqu'en 2002. Malheureusement, ses propos au sujet de Salman Rushdie, qui tendaient à soutenir la fatwa lancée contre lui par Khomeiny, ont contribué à ternir son image. La première femme marocaine à siéger au Parlement, en 1998, fut Khadija Arib, 48 ans, députée du PvdA qui, depuis, a été réélue trois fois. Elle s'implique également au Maroc dans le cadre du Conseil consultatif des droits de l'homme et du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger. Avec elle, on trouve actuellement au Parlement trois députés issus de la jeune génération d'origine marocaine. Samira Bouchibti-Abbos, 38 ans, également députée travailliste, est doublement connue, puisqu'elle a été journaliste à la télévision. Naïma Azough, 36 ans, et Tofik Dibi, 28 ans, encore étudiant, représentent la génération montante de GroenLinks. Depuis qu'il a été arrêté lors d'une manifestation contre “l'islamophobe Geert Wilders”, Dibi est connu pour ses dénonciations systématiques des discriminations. Du côté des institutions locales, les Hollandais connaissent bien Ahmed Marcouch, 39 ans, le premier Marocain devenu maire. Ce policier de carrière, ancien président de l'Union des mosquées, a pris la tête du quartier sensible et à majorité étrangère de Slotervaart à Amsterdam. Affrontant une réalité sociale difficile, il est respecté des communautés marocaine et hollandaise.


Business.
Des PDG modèles



Impossible de citer tous les chefs d'entreprises et financiers néerlandais d'origine marocaine. Parmi les parcours exemplaires, Ila Kacem, 41 ans, le premier étudiant d'origine marocaine en business management à l'Université de Rotterdam, a été engagé dès 1993 par le plus ancien cabinet de conseil en management, Vandebunt, avant de devenir partie prenante du capital, puis directeur en 2003. Ce cabinet, faisant souvent des études pour le gouvernement, influence de nombreux domaines politiques et économiques. Ila Kacem, qui a gardé des liens forts avec le Maroc, a initié la création d'un “fonds marocain” à Vandebunt, qui sert à développer des projets de lutte contre la pauvreté. Une success story plus impressionnante encore, de celles qu'on raconte pour montrer que l'ascenseur social est en bon état de marche, est celle de Rahma El Mouden, 48 ans, nommée “Amstellodamienne de l'année” en 2005, et reçue par la reine. Poussée par sa famille à épouser un Marocain déjà installé aux Pays-Bas, Rahma débarque à Amsterdam à l'âge de 16 ans, et deux ans après, elle est déjà mère de deux enfants. Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, elle apprend rapidement le néerlandais, tout en travaillant comme femme de ménage. En 1997, elle décide de monter sa propre compagnie de nettoyage avec sept de ses collègues. Dix ans plus tard, son entreprise Nettoyage multiculturel d'Amsterdam emploie 330 personnes et affiche 5,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Son succès s'explique largement par la motivation d'une équipe constituée majoritairement de femmes immigrées et dans laquelle l'entreprise investit réellement, en assurant une formation professionnelle et linguistique.


Associations.
Des hommes d'influence



La communauté marocaine est connue aux Pays-Bas par ses représentants associatifs. Sadik Harchaoui, qui fut le premier procureur-adjoint d'origine marocaine, est aujourd'hui, à 35 ans, directeur de Forum, l'institut pour le développement multiculturel. Il partage l'affiche, parmi les figures nationales, avec Farid Azarkan, directeur de l'Association des Marocains en Hollande (SMN), une organisation importante que le gouvernement consulte régulièrement. Du point de vue marocain, la personnalité de référence est le président de la plate-forme intercontinentale des MRE, Jamal Eddine Ryane, 50 ans. Pour le champ religieux, à côté de pontes comme Khammar El Bakkali, le président quinquagénaire du Conseil des oulémas aux Pays-Bas, les Hollandais connaissent surtout Mohammed Cheppih, qui, avec sa grande barbe, fait plus que ses 30 ans. Cet intégriste repenti dirige le projet d'une nouvelle mosquée, qui entend réunir les musulmans au-delà de leurs origines nationales (avec des prêches en néerlandais), faire prier les femmes avec les hommes, mais aussi constituer un complexe culturel ouvert sur le monde non musulman.


Littérature.
Par amour du néerlandais



L’écrivain des Pays-Bas le plus connu dans son pays d'origine est Fouad Laroui, 50 ans, auteur d'une dizaine de romans en français. Ce Marocain a choisi de s'installer à Amsterdam à 30 ans, après des études à Paris et en Grande-Bretagne. Abdelkader Benali, 33 ans, représente bien la nouvelle génération qui a grandi aux Pays-Bas et écrit en néerlandais. Son premier roman, Noces à la mer, qui parle du choc des cultures, a obtenu un immense succès public et le prix Libris (l'équivalent du Goncourt) en 1997. Un autre auteur célèbre est Hafid Bouazza, 38 ans, arrivé aux Pays-Bas à 7 ans, qui a réussi l'exploit de maîtriser l'arabe classique et le néerlandais. C'est l'amour de cette langue seconde qui définit toute son écriture. Enfin, dans la “relève littéraire” néerlandophone, figurent de plus en plus de jeunes auteurs d'origine marocaine, entre autres Mohammed Benzakour, Naïma El Bezaz, Mustafa Stitou et Khalid Boudou, dont le premier roman a été adapté au cinéma dans un film à succès, Het Schnitzelparadijs, avec Mimoun Oaïssa comme acteur principal.


Musique.
Les rappeurs et la starlette



C’est dans le rap que les jeunes musiciens d'origine marocaine s'illustrent le mieux. Le très populaire Ali Bouali, alias Ali B., 27 ans, natif d'Amsterdam, représente un modèle de mélange des cultures marocaine et hollandaise. Le jeune homme s'est fait remarquer en tutoyant “affectueusement” le Premier ministre à la télévision. Les Hollandais ont surtout retenu son rôle de modérateur, après l'assassinat du cinéaste Théo Van Gogh par un Marocain en 2004, quand il avait été un des premiers de la communauté marocaine à clamer que ce crime était inacceptable. Ali B. fait du rap une histoire de famille puisque la nouvelle étoile, Yes-R (Yasser Roshdi, 22 ans), n'est autre que son petit cousin. Plus provocateurs, les rappeurs Cilvaringz (Tarik Azzerouagh, 29 ans) et surtout Salahedin (Abid Tounssi, 27 ans), deux amis d'enfance, qui ont grandi aux Pays-Bas, sont reconnus internationalement puisqu'ils font partie du prestigieux collectif américain Wu Tang Clan. En 2007, Salahedin a sorti un album dont la pochette, destinée à choquer, présentait une photo de lui très ressemblante de celle, célèbre, de l'assassin de Théo Van Gogh. Dans un autre genre, la pop, Hind Laroussi Tahiri -sur scène Hind tout court- a représenté les Pays-Bas à l'Eurovision 2008. De mère hollandaise et de père marocain, le grand public l'a découverte en 2003, lorsque, à 18 ans, la starlette décroche la troisième place au concours des Pop Idols (la Star Academy hollandaise).


Télévision et cinéma.
Chouf, chouf, nos Marocains !



Le visage d'origine marocaine le plus connu du petit écran hollandais est certainement celui de Laila Abid, 31 ans, présentatrice du journal télévisé sur la chaîne publique. Quant aux acteurs, le plus connu est Najib Amhali, 37 ans, l'un des premiers Marocains à apparaître à la télévision. Après des débuts au théâtre, un show d'humoriste, en 1998, lui offre le succès populaire. Mais sa vraie consécration à l'écran date de 2004 avec le film Shouf Shouf Habibi, le premier blockbuster consacré à la communauté marocaine, qui aborde les problèmes d'intégration de façon hilarante. Actuellement, le “Gad Elmaleh hollandais” joue dans plusieurs séries télévisées et ses spectacles affichent complet. L'immense succès de Shouf Shouf Habibi, diffusé dans une quarantaine de pays, a également rendu célèbres l'initiateur du projet - et acteur principal - Mimoun Oaïssa, Mohamed Chaara et Mimoun Ouled Radi, et surtout lancé au cinéma la belle Touriya Haoud, après sa carrière internationale de top-model. En 2005, cette dernière pose pour Playboy et joue dans le film américain Five Fingers de Laurence Malkin. Depuis, elle vit entre Los Angeles et Amsterdam, mariée à l'acteur Greg Vaughan. Aux Pays-Bas, le succès de Shouf Shouf Habibi a permis à Mimoun Oaïssa de lancer l'année suivante une série télévisée, Shouf Shouf, avec grosso modo le même casting. Cette série a aidé à lancer la carrière de la jeune Maryam Hassouni qui, depuis, a reçu un International Emmy Award 2006 pour son jeu dans le téléfilm Offers, et commencé une carrière au cinéma.


Arts plastiques et mode.
Du bled aux musées américains



Le peintre Rachid Ben Ali, 33 ans, est un cas à part. Atteint de surdité, il a grandi à Taza, communiquant avec sa mère dans une langue des signes “familiale”. Puis, à 15 ans, sa famille l'envoie tout seul aux Pays-Bas pour se faire soigner. Il y est resté et est devenu un artiste plasticien très coté en Europe et en Amérique du Nord. Plusieurs de ses œuvres tourmentées et violentes ont été achetées par des musées hollandais. Du côté de la mode, deux Hollandais d'origine marocaine ont une renommée internationale. Saïd Mahrouf, 35 ans, est à la fois costumier, créateur de performances présentées dans plusieurs musées d'art contemporain, et styliste. Sa première collection de haute couture a été présentée au FestiMode 2007 de Casablanca. Mais le designer le plus célèbre aux Pays-Bas s'appelle Aziz Bekkaoui. Ce touche-à-tout de 39 ans crée des costumes pour la danse et le théâtre, crée des collections de haute couture et expose ses travaux partout dans le monde.


Sport.
Fous de foot



Toutes les grandes équipes de football néerlandaises ont leur “quota” de joueurs d'origine marocaine. La star incontestée s'appelle Ibrahim Afellay, attaquant du club PSV Eindhoven, grand espoir du foot hollandais et habitué du circuit de la prestigieuse Champion's League européenne. A 21 ans, après un long dilemme face à ses deux pays qui, tous deux, le voulaient pour leur sélection nationale, il a opté pour l'équipe des Pays-Bas, où il a fait ses débuts en 2007. Khalid Boulahrouz, 27 ans, un défenseur qui a joué dans plusieurs clubs européens dont le grand Chelsea de Jose Mourinho, a fait le même choix dès 2004. Il a, comme Afellay, disputé le dernier Euro sous les couleurs hollandaises. Par contre, le très prometteur Mounir El Hamdaoui, 27 ans également, vient de décider de jouer avec les Lions de l'Atlas. Cet attaquant de l'AZ Alkmaar, actuel meilleur buteur du championnat des Pays-Bas, serait également convoité par le FC Barcelone. Il y a lieu, enfin, de signaler le cas toujours pas tranché (entre le Maroc et la Hollande) de Ismaïl Aissati, autre joueur d'avenir, qui vient d'être recruté par l'Ajax d'Amsterdam à tout juste 20 ans.

 
 
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