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Par Zoé Deback

Espagne. La fin de l’ETA ?

Après un mois de repérages, les
forces de police françaises
maîtrisent Txeroki, dans un
appartement de location…
(AFP)

L’arrestation du chef militaire de l’organisation terroriste, qui lutte depuis 1968 pour l’indépendance du Pays Basque, suscite l’enthousiasme. Mais une nouvelle tête pourrait émerger très vite.


Deux indices ont causé la chute de “Txeroki”, le n°1 militaire présumé de l'ETA (Euskadi ta Askatasuna, “Pays Basque et Liberté”) pourtant connu pour ses précautions, notamment ses déménagements incessants et ses déguisements, qui l'avaient sauvé plusieurs fois des
griffes de la police. Sa première erreur était difficile à éviter : ses boîtes e-mail avaient été repérées par le Centre national d'intelligence espagnol, grâce à des techniques d’espionnage informatique américain. Les services français, collaborant avec leurs collègues espagnols, ont ainsi pu suivre sa trace jusqu'aux cybercafés où il s'était connecté. Mais sa seconde erreur, rapportée par le quotidien El Païs, est grossière : il aurait fixé, sur une Peugeot 207 volée, des plaques d'immatriculation “2936 ZL 75”… Or, n'importe quel Français sait que “75” signifie Paris, où les plaques à deux lettres ont disparu depuis belle lurette ! Après un mois de repérages, à l'aube du lundi 17 novembre, les forces de police françaises sont passées à l'assaut dans un appartement loué de la station de ski de Cauterets, Hautes-Pyrénées, et ont facilement maîtrisé Txeroki. C'est ainsi que s'est achevée, à 35 ans, la cavale de celui qui incarnait l'aile de l'ETA hostile au dialogue avec le gouvernement, et que le ministre de l'Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, a décrit comme “le responsable de tous les commandos de l'ETA durant les deux dernières années, celui qui ordonnait tous les attentats”. Les dossiers préparés dans plusieurs tribunaux comportent 22 chefs d'accusation à son encontre, qui pourraient lui coûter jusqu'à 40 ans d'emprisonnement. Peu après sa mise en détention, le gouvernement a multiplié les déclarations optimistes. Le ministre de l'Intérieur a déclaré que cette arrestation, “le premier objectif” de la lutte antiterroriste, était “d'une importance extraordinaire”, avant de tempérer, sur la radio Cadenda Ser : “La fin de l'ETA est une illusion que nous ne pouvons pas nous permettre”. Il a indiqué que les forces de sécurité sont en alerte maximale car “la bande va essayer d'envoyer un message signifiant qu'elle n'est pas si faible”. Le 30 octobre, deux jours après le démantèlement d'un commando en Navarre, une voiture piégée avait fait 17 blessés dans une université de la région.

Régénération impressionnante
La décapitation militaire de l'organisation suit de peu sa décapitation politique, notamment l'arrestation, le 21 mai dernier, du chef politique de l'ETA, alias Thierry, ce qui présage d'un affaiblissement important. “L'arrestation de Txeroki va définir un avant et un après pour l'ETA”, estime le quotidien basque Diario Vasco. D'après Jean Chalvidant, criminologue à l'Université Paris II et auteur de ETA, l'enquête, pas moins de 350 arrestations ont eu lieu depuis la rupture de la trêve en janvier 2007, ce qui porte à 750 le nombre de membres de l'ETA en prison, un record depuis 1969. Si l'arrestation de Txeroki déclenche un tel soulagement, c'est à cause de sa personnalité particulière. Il incarne parfaitement la nouvelle génération de l'ETA, enrôlée très jeune, peu préparée et peu instruite, qui privilégie la violence. Il était le dernier leader en liberté de la branche qui a déclenché la rupture de la trêve. “Il avait un charisme indéniable, était adoré de ses recrues qu'il accompagnait beaucoup sur le terrain, explique Jean Chalvidant. Il était un mythe et ce mythe est tombé”. Peut-on y voir la fin de l'idéologie la plus violente au sein de l'ETA ? “Je ne suis pas optimiste. Après la rupture de la trêve, les dissensions internes ont été mineures, l'ensemble de l'organisation a suivi”, répond le chercheur, qui voit une autre raison de ne pas s'emballer : “Malgré une nette perte de crédibilité de l'ETA auprès de la population, sa capacité de régénération est toujours aussi forte, ce que montre un nombre de membres relativement stable, même après la vague d'arrestations qui a débuté en 2007”.

La violence s'essouffle
Toutefois, sur le plan purement stratégique, on observe un affaiblissement de l'aile extrémiste. L'analyste Luis R. Aizpeola rappelle, dans les colonnes d’El Païs, que la branche responsable de la rupture de la trêve n'a pas atteint son objectif de pousser la violence jusqu'à forcer le gouvernement à accepter ses conditions. “L'ETA a échoué à créer une tension similaire à celle de la rupture de trêve antérieure en 1999. Dans la seule année 2000, la bande terroriste avait assassiné 33 personnes en 63 attentats, alors qu'actuellement, en une année et demie, seules 7 personnes ont été tuées”, explique-t-il. Mais surtout, poursuit-il, pendant la même période, “tous les commandos que cette bande a mis en marche pour sa campagne de terreur sont tombés”. Selon lui, cet affaiblissement militaire a “un effet direct sur l'entourage politique, décapité en octobre 2007, et dont les suppléants sont en clandestinité”, faisant allusion à la récente interdiction de deux partis, Action nationaliste basque (ANV) et Parti communiste des terres basques (PCTV). Pourtant, ce manque de représentation politique ne devrait pas être un motif de satisfaction pour l'Etat espagnol, estime Jean Chalvidant : “Le gouvernement fait une grave erreur en étouffant toute manifestation légale de l'indépendantisme. Puisque les partis et les journaux indépendantistes sont régulièrement interdits, un jeune qui aspire à militer est obligé de se tourner vers l'ETA.” L'espoir d'un arrêt du terrorisme repose donc aussi sur l'émergence d'une alternative politique non violente forte. Sur 2 millions de Basques, près de 300 000 électeurs seraient favorables aux idées indépendantistes. Le parti Eusko Alkartasuna (“Solidarité Basque”) espère ainsi fédérer les sympathisants des projets souverainistes de gauche en vue des élections régionales de mars 2009. Mais ceux qui sont déjà passés en clandestinité, eux, n'ont plus beaucoup d'alternatives.



Biographie. Chef charismatique

Miguel de Garikoïtz Aspiazu Rubina, alias Txeroki, né en 1973 à Bilbao, est issu de la “kale borroka” de la fin des années 90, un phénomène de guérilla urbaine indépendantiste. Il entre ensuite dans le commando Olaia, responsable de plusieurs crimes entre novembre 2001 et décembre 2002, dont l'assassinat du juge José María Lidón et l'attentat qui coûta une jambe au député Eduardo Madina. En mai 2002, il abandonne son travail de serveur à Bilbao et ses études d'éducation physique pour passer dans la clandestinité. Après avoir été entraîné par la célèbre Soledad Iparragirre, alias “Anboto”, il passe sous les ordres du chef militaire de l'époque, Gorka Palacios. L'arrestation de ce dernier en décembre 2003 lui ouvre la voie d'une ascension dans la hiérarchie. Entre 2003 et 2004, il prend la tête de l'ensemble des commandos. Il profite du cessez-le-feu déclaré en mars 2006 pour mettre en place une “nouvelle ETA”, avec des recrues de la “kale borroka”. Il est soupçonné d'être derrière la décision de rompre brutalement la trêve, par l'attentat du 30 décembre 2006 à l'aéroport de Madrid (2 morts), qui mit officiellement fin, en juin 2007, aux tentatives de dialogue du gouvernement Zapatero. Le meurtre des deux policiers espagnols abattus par balles à Capbreton le 1er décembre 2007 lui est aussi attribué.

 
 
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