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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

La position de ZB sur le derby WAC-Raja est la suivante : le match était truqué.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Il est grand temps de vous exposer les méthodes de travail de Zakaria Boualem. Cet homme officie comme informaticien au sein de la Banque Nationale Pour le Client quand son emploi du temps le lui permet. Cette dernière condition exclut naturellement les mardis et mercredis de semaine de Champion’s League – il prépare les matches durant la journée – et, bien entendu, les périodes de Coupe du Monde ou d’Euro. On peut également soustraire à son temps de travail les mois d’août et Ramadan pour des raisons connues de tous, ainsi que ses cinq semaines de congés réglementaires, un droit auquel le Guercifi demeure très attaché. Pourtant, personne ne se plaint du faible rendement professionnel de notre héros. Concrètement, il n’est jamais en retard. Etonnant, non ?

Voici sa méthode : s’il dispose de cinq semaines pour réaliser un projet informatique, il dort pendant quatre semaines et trois jours. L’avant-veille du délai de livraison, il plonge SOUDAIN dans une espèce de transe professionnelle quasi mystique qui lui permet d’abattre des montagnes. Il bosse comme un possédé, multiplie les tâches en parallèle comme un poulpe, ne dort quasiment pas, finit par conclure l’ensemble de ses tâches dans les délais impartis, avant de s’écrouler
de sommeil pendant quelques semaines, prises sur le prochain projet, qui sera traité de la même manière. Il ne lui a jamais traversé l’esprit de lisser sa charge de travail : on ne change pas une méthode qui fonctionne très bien. C’est la méthode du “soudain”. C’est celle qui permet aux rues de notre beau pays de se retrouver soudain propres et couvertes de drapeaux parce qu’on attend une visite royale alors que la veille au soir, les chats et les chiens jouaient au foot en utilisant un rat mort comme ballon et des canettes vides comme buts dans la même rue. Tout le monde utilise cette méthode. La police, par exemple, qui regarde toute l’année d’un œil éteint les motos sans plaques d’immatriculation et sans assurance circuler sur la roue arrière, et qui soudain se décide à déclencher une hamla. Le temps de la hamla, notre brave pays du Tiers-Monde devient l’Allemagne, soudain. Confiscations, fourrières, PV, contrôles… et puis tout redevient normal, voire pire, il faut bien se reposer…

C’est grâce à la même méthode du soudain que n’importe quelle famille du pays est capable d’organiser en trois minutes un mariage ou un enterrement sans le moindre raté. Les plats surgissent, les invités aussi, avec la tenue et la tête qu’il faut, les bonnes volontés se proposent et tout se passe très bien, merci. Le tout sans la moindre planification. C’est ainsi que nous sommes capables d’organiser des festivals spectaculaires sans pour autant être en mesure d’assurer une activité culturelle continue durant l’année. C’est pénible, une activité continue… Non, il nous faut trois jours exceptionnels pour nous décider à nous mettre au travail. La culture du soudain… Si, depuis quelques années, les copains de Zakaria Boualem quittent tous la banque pour travailler dans “l’événementiel”, ce n’est pas un hasard. C’est un domaine où le “soudain” est particulièrement à l’honneur. Tous les Marocains sont capables de faire de l’événementiel, certains pourraient même prétendre au statut d’événement eux-mêmes…

Zakaria Boualem est convaincu qu’on aurait pu organiser une Coupe du Monde brillante, alors qu’il est évident que nous n’aurons jamais de championnat digne de ce nom. Et nous voilà arrivés, par une habile transition, au seul sujet qui aurait mérité d’être traité cette semaine : le derby WAC-Raja ! La posi-tion de Zakaria Boualem est la suivante, merci d’en prendre note : le match était truqué. Ce zéro zéro pourri était clairement un foutage de gueule général. Il ne prendra même pas la peine de vous avancer des arguments tant la mascarade crevait les yeux. C’est pour protester contre cette forfaiture qu’il va vous quitter sans sommation, et sans merci.

 
 
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