Melilia-Nador. La frontière de la honte
Islam. La bataille de l'image
Maroc-Belgique. Spy wars acte 1
Enquête. Il était une fois la garde royale
Parcours. Mental combat
Société. Marocaines d'aujourd'hui
Inde. Bombay sous les bombes
France. Martine voit rose
Fiscalité. L'Etat premier contribuable
Pêche. La fin des sardines
Art. La couleur des maux
Edition. La revanche d'une bannie
Cinéma. Le prophète rouge
Livre. Destin de femme
Portrait. One météo show
N° 349
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Azzeddine El Hadef

Portrait. One météo show

Aziz Fadili, homme de théâtre,
a accedé à la notoriété grâce
au petit écran.
(AIC PRESS)

Soleil radieux au sud, belles éclaircies au nord, température en hausse… et quelques clowneries en bonus. L’ancien présentateur Aziz Fadili a marqué le paysage audiovisuel marocain des années 80. Rencontre.


“Les présentateurs météo européens ont toujours des choses nouvelles à servir aux spectateurs, entre la pluie, la neige, le froid…alors que chez nous le soleil est de rigueur toute l’année. Il fallait donc accrocher le spectateur, même si le contenu est quasiment identique”, explique
aujourd’hui Aziz Fadili, l’ex-Monsieur Météo de la RTM. Pari réussi. L’homme de théâtre puise dans son expérience passée pour plaire, tout en informant. Et pourtant, rien n’était gagné d’avance. À l’évocation de cet épisode de sa vie, Aziz El Fadili ne manque pas d’esquisser un sourire qui en dit long. Il est arrivé là par hasard, reconnaît-il.

Dans les années 80, face à l’arrivée des paraboles sur les toits et balcons des foyers marocains, la télévision publique essaye de faire peau neuve. La direction de la Vieille dame, confiée au Français André Paccard secondé par Tayeb Saddiki, cherche alors de nouvelles figures pour animer différentes rubriques, voire meubler les intermèdes. Le credo de l’époque : “La télé bouge”. Le casting déniche des talents qui exercent encore de nos jours : Hassan Hariri, Kaïma Belouchi, etc. Reste aux deux responsables à trouver un Monsieur Météo. Tayeb Saddiki ne va pas chercher loin pour dénicher l’oiseau rare : les hommes de théâtre. Il propose donc le poste à Aziz Fadili. Hésitant, le comédien demande un essai, puis finit par accepter.

“Saddiki m’a dit : lève-toi et fais quelque chose... J’avais un journal entre les mains, je l’ai collé au mur et je me suis mis à lire et à improviser”, se souvient Aziz Fadili. La scène est drôle, différente du profil habituellement pince-sans-rire de la RTM. Paccard et Saddiki sont convaincus que Fadili est “the right man in the right place”. Ils font venir de France un formateur en météo, spécialement pour lui enseigner toute la panoplie technique du parfait Monsieur Météo : les vents, la hauteur des vagues, les marées, les hautes et basses pressions… Fadili puise également son inspiration des cassettes vidéo de présentateurs célèbres, ramenés dans les bagages de son professeur. Le comédien se rend alors compte que ce qu’on lui demandait n’était pas si difficile que ça. Un peu comme faire de la comédie. Le bagage technique acquis, il ne lui reste plus qu’à imposer son propre style.

Une météo populaire
Le jour J, il fait froid à l’extérieur des studios. Le présentateur improvisé demande qu’on lui apporte un brasero plein de charbon et se lance dans l’arène : “Mesdames et messieurs, bonjour”. Les échos encourageants poussent notre homme à faire encore plus. Chaque jour, Aziz Fadili fait le tour des souks voisins de la ville de Rabat. Le présentateur rencontre les paysans et discute avec eux de tous les sujets qui concernent leur milieu, leur lien aux conditions météorologiques, comment ils en perçoivent et expliquent les manifestations. “Je rencontrais les paysans pour apprendre. J’ai ainsi pu connaître les saisons, les signes du zodiaque dont ils se servaient dans leur vie quotidienne, et je ne manquais pas de m’en servir à mon tour lors de mes présentations. Les réactions ne manquaient pas”, raconte-t-il. La célébrité est au rendez-vous, Fadili peut alors se permettre des choses. Grande première, il demande des reportages pour enrichir son émission, aussi courte soit-elle. Lors de ces tournages, il accompagne lui-même le caméraman et écrit les scénarios. De cette période, il garde de bons souvenirs. Comme ce jour de 1986, où le Maroc vient de battre le Portugal par 3 à 1 et se qualifie au second tour de la Coupe du Monde. Pour manifester sa joie, Fadili arrive devant la caméra en jellaba. À l’approche de la fin de l’émission, il l’enlève pour laisser apparaître la tenue de l’équipe de football du Maroc. “Les spectateurs ont sûrement cru que je devenais fou”, se remémore-t-il encore aujourd’hui, en souriant.

L’amour des marionnettes
La célébrité de Fadili à l’écran n’est pas le fruit du hasard. Son chemin, il l’a tracé depuis son enfance, dans l’ancienne médina de Rabat, où il est né. Après ses études primaires, le jeune garçon intègre le conservatoire de musique, d’art dramatique et de danse, dirigé, à l’époque, par Abdelouahab Agoumi. Ses compagnons d’études s’appellent alors Touria Jabrane, actuelle ministre de la Culture, Mhamed El Jaffane, présentateur à la RTM, Abbas Ibrahim, Nezha Regragui ou encore Mahmoud El Idrissi.

Après sa formation, El Fadili se tourne vers le théâtre, en compagnie de Larbi Doghmi, et rejoint la troupe des marionnettes du ministère de la Jeunesse et des Sports de l’époque. Cette troupe a des accords avec la télé publique et diffuse des spectacles en direct tous les vendredis, à partir d’un studio situé au théâtre Mohammed V. En plus de ces spectacles, Fadili et ses amis font la tournée des établissements scolaires pour présenter Ahmed Ould Sayad, Zlat, pièce écrite par Ahmed Tayeb El Alj. L’aventure dure deux ans, jusqu’à la nomination d’un nouveau directeur à la RTM, qui met fin à l’expérience et condamne la troupe à la disparition. “Il devait apparemment restructurer la RTM. Il commencera par nous”, déplore l’artiste, convaincu que la troupe aurait pu participer à l’éclosion de l’art des marionnettes au Maroc. Les membres de la troupe ne baissent pas les bras. L’un d’eux, Driss El Allam, continue à se battre et décroche une convention de financement avec le ministère de l’Education nationale, en échange de tournées dans les écoles du monde rural. Aziz Fadili se rappelle : “Les écoles n’avaient pas de murs. Lors des présentations, parents et élèves constituaient le gros de l’assistance. Tous étaient étonnés que les marionnettes puissent bouger et nous demandaient des explications, croyant que cela marchait à l’électricité”.

Demain la télé ?
L’aventure théâtrale continue parallèlement à la présentation météo. En 1986, Aziz Fadili crée Sandouk Lafraja (boîte à spectacle), qui lui permettra d’exhiber ses marionnettes au parc de la Ligue Arabe à Casablanca, accompagné du fameux duo Naqous et Snisla. Il présentera son spectacle dix ans de suite au Festival international des marionnettes, où il reçoit une distinction, en 2000, pour son spectacle Le petit prince. Malgré son parcours théâtral, Fadili se fait connaître du grand public par le petit écran, surtout à travers son interprétation du personnage de Bais Diss. À l’origine, Mostafa Derkaoui lui propose un petit rôle dans sa série télévisée racontant l’histoire d’un joueur de foot, abandonné par tous suite à une blessure, sauf par les gars de son quartier. Aziz Fadili n’incarne pas le héros, mais campe Bais Diss, un personnage parmi d’autres, toujours les godasses au cou et une raquette à la main. Devant le succès de la série, le personnage devient central et Fadili récolte les fruits de son travail.

Aujourd’hui, plus de météo, plus de théâtre, plus de Sandouk Lafraja. Sa reconversion ? “Ce sera la télé avec mes enfants”, avoue notre tranquille sexagénaire.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés