|
Par Ayla Mrabet
Je rêve de gagner aux Oscars
|
Mohamed Ismaïl, cinéaste
(DR)
|
Antécédents
| 1951. |
Naissance à Tétouan |
| 1974. |
Intègre la RTM |
| 1996. |
Sort son premier film, Aouchtam |
| 2000. |
Réalise Et après, son deuxième film |
| 2008. |
Sortie de son quatrième film, Adieu mères, aujourd'hui candidat aux Oscars |
|
|
Smyet Bak ?
Abdeslam Ismaïl
Smyet mok ?
Zohra Bent Abdelkader Sordo
Nimirou dla carte ?
A 9850
Pourquoi on ne vous voit jamais aux mondanités du cinéma ?
Je suis souvent à l'étranger pour des festivals. Je ne suis pas un homme de salon. Je me trouve là où je dois être, chez moi, à mon bureau.
Vous êtes un homme pressé ?
Je n'ai pas de temps à perdre
J'ai écoulé mes 24 heures, je suis à la recherche de la 25ème.
La plupart de vos films portent sur le Hrig, au mieux sur l'immigration. Vous ne seriez pas tenté par un voyage clandestin, par hasard ?
Oh, j'aurais pu. A 7 ans déjà, une famille juive dont mon père était très proche voulait m'emmener à Madrid. Mais il n'a pas voulu. Si tout le monde part, à qui va-t-on laisser ce pays? Alors le Hrig, je le regarde comme un bon terrain cinématographique, rien d'autre.
Et l'immigration en bonne et due forme ?
La télé m'a ouvert ce genre de portes. On m'a proposé d'aller m'installer en France, au Koweït, en Irak
C'est vrai que l'Irak, c'est le bon plan
Ni l'Irak ni aucun autre bled. Je ne me vois pas émigrer. Même si parfois, lorsque les choses vont mal, je me demande ce que je fais là.
C'est quoi ce titre, Adieu mères ?
C'est mères au pluriel, hein. Mères dans plusieurs sens : la mère patrie, mère adoptive, etc. Lorsqu'on part et qu'on laisse sa terre, on traverse la mer
Bref. C'est un jeu de mots pour retracer l'exil forcé de ces juifs du Maroc.
Avoir la cote auprès des juifs marocains, ça vous aide ou ça vous gêne ?
Me gêner? Pas du tout ! Au contraire, je suis fier des réactions que suscite mon film. A chaque fin de projection, des juifs d'origine marocaine, souvent très âgés, viennent m'embrasser et me parler de leur propre expérience. La nostalgie est perceptible à chaque fois, et les témoignages touchants.
Adieu mères et Où vas-tu Moshé de Hassan Benjelloun sont sortis presque en même temps. Le revival juif dans le cinéma marocain, c'est un effet de mode ?
Je ne pense pas. Au Maroc, le cinéma a toujours fonctionné par thèmes. Deux exemples : l'immigration clandestine et les années de plomb. Et puis, concernant mon film et celui de Benjelloun, la thématique de départ est la même, mais le traitement complètement différent.
Votre film a été présélectionné pour représenter le Maroc aux Oscars
Vous avez déjà choisi le costard ?
(Rires) C'est la dernière chose à laquelle je vais penser ! Maintenant, si ça se fait
Avant les Oscars, il y a un énorme travail à faire, et je me trouve un peu seul à défendre et promouvoir ce film. De l'autre côté de l'Atlantique, ce sont de grosses machines qui sont déployées en termes de marketing, de pub, etc. C'est dans des moments comme ça que je me demande ce que je fais ici.
Vous y croyez, quand même ?
Adieu mères a toutes ses chances. C'est LE film, l'occasion pour le Maroc de défaire l'association musulman/terroriste. Et puis techniquement, le film se défend. Par ses ambiances des années 60, par ses costumes, ses personnages...
Vous comptez mettre un tarbouch à la statuette, si vous gagnez ?
Je suis contre toute forme de folklorisation, dans ma vie comme dans mon cinéma. Si je gagne, je dédierai l'Oscar à mon pays. Une sorte de consécration pour le 50ème anniversaire du cinéma marocain.
Et vous pourriez vendre l'Oscar pour financer votre prochain film ?
Je préfère encore continuer comme j'ai toujours fait. Avec mes problèmes financiers et mes ambitions qui les dépassent.
Dans le cadre du festival du film religieux, vous avez été invité par le Vatican et reçu par le pape. Vous avez aussi fait un tour dans la papamobile ?
Non, mais elle est passée à 5 mètres de moi.
Wow, la chance
Tout ça ne vous donne pas l'idée de vous convertir ?
Je suis musulman et je le resterai toute ma vie. Je n'ai ni le besoin ni l'envie de changer de peau
Encore moins de religion. |
|