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N° 349
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Meryem Saadi

Société. Marocaines d’aujourd’hui

Les femmes composent la moitié
de la populaition marocaine.
(TNIOUNI)

Niveau d’études, revenu, nombre d’enfants, statut marital… la Marocaine des années 2000 est bien différente de ses aînées. Telles sont les conclusions d’une enquête réalisée par le Haut commissariat au plan. Retour sur les données les plus frappantes.


La Marocaine bouge, change, à presque tous les niveaux, année après année. C’est ce qui se dégage de la série de tableaux, graphiques et courbes recueillis par le HCP et rendus publics à l’occasion de la Journée
de la femme marocaine, le 10 octobre dernier. En milieu urbain ou rural, la femme marocaine du début du 21ème siècle n’a plus rien à voir avec celle de la fin des années 80. Et encore moins avec celle du lendemain de l’indépendance.

La femme, le mariage et les enfants
En 2007, les femmes composent la moitié de la population marocaine, vivent plus en ville qu’à la campagne et, surtout, vivent plus longtemps. Leur espérance de vie est passée d’une moyenne de 66,4 ans en 1987 à 73,7 en 2007. Et comme dans le reste du monde, elles survivent aux hommes, qui eux ne dépassent pas en moyenne les 71,2 ans. Quant à l’âge moyen du mariage, il a reculé chez les deux sexes. L’année dernière, il était de 27,2 ans pour les femmes, et de 31,8 pour les hommes. Le phénomène n’est pas propre au milieu urbain, même à la campagne les Marocaines se marient de plus en plus tard. Conséquence directe ? La baisse du taux de fécondité, qui s’explique également par le recours aux moyens de contraception. En 2007, le nombre moyen d’enfants par femme était de 2,77 alors qu’il était de 5,8 vingt ans plus tôt, et de 7,2 en 1960 ! Au lendemain de l’indépendance, le Maroc a d’ailleurs connu la croissance démographique la plus forte de son histoire. À la campagne, les mentalités commencent donc à changer. “La fécondité actuelle a beaucoup changé en valeur symbolique par rapport au Maroc rural et paysan des années 50, car le pouvoir n’est plus lié qu’à la terre et au nombre d’enfants garçons, porteurs du nom et garants de l’honneur de la famille”, expliquait déjà en 2005 la chercheuse Hayat Zirari, dans un rapport intitulé Evolution des conditions de vie des femmes au Maroc. Aujourd’hui, la Marocaine contrôle son propre corps et a pris conscience de l’importance de la contraception.

Chefs de ménage et femmes seules
Malgré ces progrès, toute une partie de la population féminine vit dans la précarité, notamment les femmes chefs de ménage. En 2007, 18,7 % des ménages marocains avaient à leur tête une femme, qui subvient seule aux besoins des membres de sa famille. La majorité d’entre elles sont veuves (54,2 %), inactives (70,8%) et surtout sans diplômes (88,2 %). Selon les cas, elles subsistent grâce à des pensions ou des retraites, ou alors grâce à l’aide de leurs enfants ou d’autres personnes de leur famille. Dans la catégorie des femmes vivant seules, là encore les veuves, plutôt âgées, sont majoritaires avec près de 62 %. Il est en effet très difficile pour les veuves de se remarier, qu’elles soient jeunes ou pas. Les célibataires, quant à elles, représentent seulement 15,5 % des femmes qui ne vivent pas avec leurs familles ! “Ce chiffre prouve que l’interdépendance sociale diminue au Maroc. Les enfants ne vivent plus forcément avec leurs parents et leurs grands-parents”, analyse la sociologue Assia Akesbi. “Cela ne signifie pas forcément régression, parce que c’est aussi le choix de certains parents”, poursuit-elle.

L’émancipation par l’école
Autre amélioration : l’analphabétisme recule. Dans les années soixante, 96 % des femmes ne savaient ni lire ni écrire. Aujourd’hui elles sont 52 %. Des campagnes de sensibilisation lancées dans tout le Maroc, et surtout dans les campagnes, vers la fin des années 90, sont parvenues à des résultats probants : le taux de scolarisation des fillettes progresse. Sauf que cela est encore loin d’être suffisant. Dans le monde rural, le taux de scolarisation des fillettes entre 6 et 11 ans est passé de 22,5 % en 1990 à 87,7 % en 2007. Malheureusement, à la campagne, plus une fille grandit, moins elle a de chance de finir sa scolarité. Seules 15,7 % des fillettes de 12 à 14 ans ont fréquenté l’école en 2007 (contre 1,1 % en 1990).

Cela n’empêche pas l’augmentation du taux de filles dans l’enseignement secondaire, mais aussi supérieur. Quand elles vont à l’université, les femmes sont majoritaires dans des domaines tels que la chirurgie dentaire (elles représentaient 67,9% des lauréats entre 2005 et 2006), la médecine ou la pharmacie (62,2 % des lauréats entre 2005 et 2006). Lorsqu’elles se dirigent vers des formations professionnelles, les femmes préfèrent devenir des techniciennes spécialisées (elles représentent 40,4 % des effectifs). Cependant, les femmes ont encore beaucoup de chemin à faire pour s’imposer à la fois dans les milieux scolaires et professionnels. Car il ne faut pas oublier qu’en 2007 les étudiantes ne représentaient que 8,7 % des femmes. Et que la réalité est encore plus dure : plus d’une Marocaine sur deux reste une femme au foyer.

[ Voir graph 1 ]        [ Voir graph 2 ]



Divorce. Au bonheur des dames

En 2007, 27 904 actes de divorce ont été recensés par le ministère de la Justice. Parmi eux, 26 457 ont été réclamés par les épouses. Sauf qu’en comparaison avec 2006, les hommes demandent de plus en plus le divorce. En effet, en 2007, le nombre des demandes formulées par les époux est passé de 5800 à 14 181, dont 12 734 ont été rejetées. Explication de toute cette effervescence ? La nouvelle Moudawana bien sûr, qui a facilité le recours au divorce, mais aussi le changement de mentalité de certaines femmes. “Elles sont de moins en moins dépendantes financièrement, donc moins soumises, et exigent plus de choses de leurs maris. Et beaucoup d’entre eux ne le supportent pas”, explique la sociologue Assia Akesbi. D’après le recueil du Haut commissariat au plan, la majorité des divorces se font soit moyennant une compensation – appelée khoulaâ- (29,58 %), soit par consentement mutuel des deux époux (29,54 %). Le reste sont des divorces soit révocables (22,68 %), soit avant consommation (17,42 %), soit à l’initiative de l’épouse exerçant un droit d’option (0,46 %). À noter que les divorces prononcés suite à deux divorces successifs ne représentent que 0,31%.

 
 
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