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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nina Hubinet

Inde. Bombay sous les bombes

L’opération, minutieusement
préparée, a touché une
dizaine de sites.
(AFP)

Une série d’attentats et d’attaques dans la capitale économique indienne a fait au moins une centaine de morts. Un groupe islamiste jusque-là inconnu, qui pourrait être lié à Al Qaïda, a revendiqué cette action.


“Hystérie collective”, c’est le terme employé par un homme d’affaires français pour décrire l’atmosphère qui régnait jeudi 27 novembre à Bombay : les combats entre terroristes islamistes et forces de l’ordre indiennes se poursuivaient après une série d’attentats la veille, 200
personnes étaient toujours retenues en otages, et des dizaines d’étrangers se pressaient à l’aéroport pour quitter le pays au plus vite. Certains obervateurs évoquent déjà un “11 septembre indien”. Comme les Etats-Unis en 2001, l’Inde semble en tout cas avoir été surprise par cette attaque terroriste de grande ampleur. Si les attentats sanglants se sont multipliés ces derniers mois dans les villes indiennes (lire encadré), c’est la première fois que les Occidentaux sont spécifiquement visés.

Carnage anti-étrangers
Mercredi soir, à 23h heures locales, des commandos lourdement armés –notamment d’AK-47 et de grenades- ont en effet attaqué trois hôtels de luxe, le Taj Mahal, le Trident (l'ancien Hilton) et l'Oberoi, ainsi qu’un haut lieu du tourisme, le Café Léopold, mais aussi un cinéma multiplexe, deux hôpitaux et une gare habituellement bondée, qui relie le quartier d’affaires au centre-ville. Les terroristes ont fait feu de manière indiscriminée autour d'eux, pendant que plusieurs bombes explosaient. En tout, une dizaine de sites de la ville ont été visés en même temps. Une opération quasi militaire, qui semble avoir été minutieusement préparée. Selon le journal Indian Express, la marine indienne a arraisonné jeudi matin un cargo qui est suspecté d'avoir conduit les terroristes jusqu’à Bombay par la mer.

Plus de 110 personnes (des Indiens en grande majorité) auraient été tuées dans les attaques et environ 300 autres blessées, selon un premier bilan jeudi. Au moins neuf ressortissants étrangers - dont un Italien, un Britannique, un Japonais et un Australien – sont au nombre des victimes. “Les terroristes recherchent et tuent Américains et Britanniques, et ont relâché des Italiens et des Espagnols après vérification de leurs passeports”, a affirmé un témoin interrogé par un journaliste de l’édition en ligne du quotidien français Le Figaro. L’ensemble des dirigeants occidentaux ont vivement condamné cette attaque. Jeudi matin, la police et des commandos de l’armée indiennes avaient réussi à reprendre le contrôle du Taj Mahal, où ils ont retrouvés de nombreux corps, mais 200 personnes étaient toujours retenues en otages par les terroristes dans les deux autres hôtels de luxe. La police assiégeait également un centre juif, la Nariman House, où un rabbin, Gavriel Holtzberg, avait été pris en otage. Quatre terroristes ont été tués et neuf autres ont été arrêtés, tandis que 12 policiers, dont le chef de l'unité antiterroriste de Bombay, ont trouvé la mort.

Crainte de représailles hindoues
Les assaillants étaient visiblement très jeunes. Un étudiant australien a raconté qu'ils ressemblaient à “des petits garçons”. Disant appartenir à un groupe jusque-là inconnu, les Moujahidine du Deccan (le Deccan est le grand plateau central de l'Inde), ils ont réclamé la libération de tous les prisonniers islamistes détenus dans les prisons indiennes. Le groupe terroriste, composé à première vue d’Indiens –ils parlaient hindi et urdu d’après les témoins -, pourrait néanmoins être lié à Al Qaïda, très présente dans la région. Le groupe séparatiste armé du Cachemire, Lashkar-e-Taiba, souvent accusé par l'Inde de mener des attentats sur son territoire depuis le Pakistan, a nié être à l'origine de cette action. Le Premier ministre Manmohan Singh a néanmoins affirmé jeudi qu’“il était évident que le groupe qui avait mené” les attaques était “basé en dehors du pays”. Mais la réalité pourrait être plus complexe.

Quatrième pays musulman du monde, avec quelque 150 millions de musulmans, l’Inde est confrontée ces dernières années à la radicalisation d’une petite minorité de jeunes musulmans, en réaction notamment aux attaques des fondamentalistes hindous. En 2002, des pogroms anti-musulmans dans l'Etat du Gujarat avaient fait environ 2000 morts. Les citoyens musulmans sont également victimes de discriminations, que les preneurs d’otages de Bombay ont dit vouloir dénoncer. Mais selon plusieurs analystes, cette spectaculaire attaque de Bombay marquerait un tournant : les islamistes indiens radicaux se seraient approprié le terrorisme jihadiste, jusque-là imputé à des manœuvres de déstabilisation venues du Pakistan ou du Bangladesh. Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a lui-même reconnu récemment cette “nouvelle dimension” du terrorisme en Inde.

Au-delà de l’impact de cette attaque d’envergure sur le tourisme et les investissements étrangers, on craint maintenant des représailles des extrémistes hindous contre la population musulmane.



Zoom. Attentats à la hausse

Le plus sanglant attentat de l’histoire indienne date de 1993 : attribué à la pègre indienne, il avait fait 257 morts, à Bombay. Les nombreux attentats commis dans le pays en 2008 ont pour la plupart été revendiqués par un groupe islamiste encore inconnu il y a six mois, les Moudjahidine indiens.

• 30 octobre. Dans quatre villes de l'Etat d'Assam, dans le nord-est de l’Inde, 13 bombes explosent quasi simultanément, causant la mort de 77 personnes et faisant plus de 300 blessés. Ces attentats sont revendiqués le lendemain par les “Forces de sécurité-Moudjahidine indiens”.
• 13 septembre. A New Dehli, 24 personnes sont tuées et une centaine d’autres blessées dans cinq attentats à la bombe. Les Moudjahidine indiens revendiquent ces attaques dans un courriel adressé aux télévisions.

• 26 juillet. Une série de 17 explosions fait 58 morts et plus de 160 blessés à Ahmedabad, la sixième ville indienne. Les bombes ont été placées dans des quartiers où cohabitent hindous et musulmans. Les Moudjahidine indiens revendiquent ces attaques, ainsi que l'explosion, la veille à Bangalore, de huit bombes qui ont tué deux personnes. Ils disent vouloir venger les violences antimusulmanes qui ont ensanglanté le Gujarat en 2002.

• 13 mai. Sept attentats à la bombe dans des marchés et près de temples hindous font au moins 63 morts et 216 blessés à Jaipur, dans le Gujarat, Etat de l'ouest de l'Inde. Les Moudjahidine indiens revendiquent cette série d'attaques et menacent de viser d'autres sites touristiques si l’Inde continue de soutenir Washington et Londres.

 
 
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