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N° 350
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Serraji,
correspondant au Canada

Humour.
Blagues enneigées

(DR)

Rachid Badouri fait un tabac au Québec. Après Jamel Debbouze et Gad Elmaleh, une autre étoile des comiques marocains expatriés est sur orbite. Rencontre.


Samedi 25 octobre 2008, soirée d’automne pluvieuse à Montréal. Une heure avant le début du one man show Arrête ton cinéma de Rachid Badouri, le hall du théâtre est déjà archicomble. Avec 170 spectacles à guichets fermés, 165 000 billets vendus et un agenda pratiquement booké jusqu’à 2011, l’humoriste québécois d’origine marocaine est
promis à un bel avenir. Dans sa loge, Rachid est souriant et sympathique, loin de l’image du gars chauve à l’air ravageur des gigantesques affiches qui ornent tout Montréal. La mascotte de Loto-Québec, dont les spots publicitaires passent en boucle sur les stations télé et radio, raconte sa vie, la trame de fond de son spectacle, comme un film hollywoodien.

Ténacité familiale
“Rachid n’aurait pas pu voir le jour au Québec à cause de l’excès de zèle d’un agent de l’immigration qui, à tort, m’avait jugé inapte à être un bon immigrant”, se rappelle papa Badouri, qui a finalement obtenu sa régularisation. Deux ans plus tard, en 1976, Rachid Badouri naît à Montréal. Depuis son jeune âge, l’artiste garde des souvenirs inoubliables de ses premiers voyages au Maroc, à Hadriya, le village natal de son père, perché dans le Rif, entre Taza et Al Hoceïma. “Ce fut un choc! Je découvris des gens modestes, mais chaleureux, avec le sens de l’hospitalité dont seuls les Marocains ont le secret. Tout l’amour et la joie partagés avec la famille me poussaient à ne plus vouloir rentrer au Québec.” Ce premier contact avec la terre de ses aïeux marqua à jamais Rachid. Il en a fait un des moments forts de son spectacle. Dans un numéro, par exemple, il exécute une imitation mémorable de la marche d’une poule : “Le gag préféré de ma mère”, confie Rachid, avant de parodier en épreuve olympique une toilette beldia (traditionnelle).
Avec l’âge, Rachid n’a pas cessé de démontrer une incroyable capacité à faire rire. Imitations ou blagues conquièrent tout son entourage, son premier public. Puis, au sein de l’équipe d’improvisation du lycée, il apprend à canaliser son talent et réalise ses premières expériences de scène. “Mon père me prédisait une carrière de médecin ou d’avocat. Alors que moi, je me gavais des spectacles de Michel Leeb, Smaïn et des films de tout genre”, livre Rachid. Ce rêve de devenir une star du showbiz ne plaît pas au paternel. “Il n’arrêtait pas de faire le mariolle, à la maison, dans la rue, à l’école, partout”, se souvient papa Badouri qui, à chaque pitrerie, martelait son hyperactif enfant d’un “arrête ton cinéma!”, réplique à l’origine du titre de ce premier spectacle de Rachid. “J’ai dû batailler fort pour imposer mon choix de carrière, confie-t-il. J’avais une soif insatiable de faire rire et je préférais les spectacles aux études. Logiquement, j’ai abandonné en Terminale pour devenir le plus jeune agent de bord chez Air Transat.” Rachid amuse alors les voyageurs qui, l’espace d’un vol, devenaient son public. “Avant chaque décollage, j’expliquais les instructions en cas d’urgence. J’exultais à la panique des voyageurs quand j’exécutais exprès les manœuvres de travers”. Devenu à 24 ans vendeur dans un magasin de matériel électronique, il continue de faire de son travail une série de numéros comiques.

Téléphone arabe
En 1999, il décroche le troisième prix du Concours Juste pour rire et un stage à l’École nationale de l’humour à Montréal. Mais rien ne suit. “J’ai frappé à toutes les portes, j’ai animé des mariages et me suis fait dire des choses horribles. Sans l’aide de ma famille et mon acharnement à la tâche, je n’aurais jamais goûté à la joie d’être sur scène”, avoue l’humoriste. En 2005, Badouri décide de passer à la vitesse supérieure. “J’ai réuni tout mon matériel artistique sur un DVD promotionnel et je l’ai envoyé à des maisons de production, des stations de radio et des chaînes de télévision.” Le talent et la persévérance finissent par payer. “Après cinq ans et deux semaines de galère, sur le point d’effectuer une grosse vente au magasin, j’ai reçu le coup de fil tant attendu pour passer une audition”, poursuit-il. Le jeune homme plaque tout et passe trois jours enfermé dans le sous-sol de la maison familiale à se préparer. “Le jour J, mon père a utilisé le téléphone arabe pour noyer la salle de monde : les parents, les proches, les amis, etc. Il savait que jouer devant deux ou trois personnes pouvait ruiner tous mes espoirs”, explique Rachid. Et ça a marché. Les responsables de Juste pour rire, l’un des plus grands festivals de l’humour, le choisissent et, après une période de rodage de huit mois, le public suit. En juillet 2005, lors du gala, sa prestation spectaculaire lui vaut une ovation du public et le Prix “Révélation de l’année”. Depuis le Québec a vu l’éclosion de la star montante du showbiz québécois. Au point de faire la première de Gad Elmaleh lors de sa dernière prestation à Montréal et de recevoir la visite incognito de Jamel Debbouze et son épouse. “Il m’a fait une surprise en se présentant à ma loge pour me féliciter, en juillet dernier, à l’entracte; j’étais aux anges !”, confie Rachid en imitant à la perfection l’accent de la banlieue parisienne. Le succès de Badouri à Montréal renvoie des échos à Paris. Outre Gad et Debbouze, des artistes comme Michel Boujenah ou Diam’s chuchotent que “ça chauffe à Montréal en parlant de mon spectacle”, confie Rachid, et des contacts sont noués outre-Atlantique avec Laurent Grégoire, agent d’artistes réputé. Mais le succès n’est pas (encore) monté à la tête de Rachid. “Mon fiston est un remède contre l’intolérance et un messager qui brise les barrières dans son spectacle en traitant le sujet délicat de la diversité culturelle au Québec”, estime fièrement son père. Et de conclure : “Il a invité des artistes issus de l’immigration à présenter, à la fin de son spectacle, leur numéro devant plus de 2000 personnes. C’est sa façon à lui de conjurer le mauvais sort et la galère de ses débuts en offrant sa chance à la relève.”



One man show.
Monsieur spectacle

A le voir si à l’aise sur scène, Rachid Badouri semble être né sous les projecteurs. Mélange de musique, de danse, de jeu de lumières et d’imitations à un rythme soutenu, le spectacle est réglé comme une montre suisse, au quart de tour. Et la salle comble reste plongée dans un rire collectif, parfois hystérique. Par la magie de son jeu et des effets spéciaux, Rachid transforme le simple fait de chercher du lait dans une épicerie en une scène hollywoodienne truffée d’intrigues et de cascades. L’humoriste, dans une suite de scènes hilares, raconte des tranches de sa vie. Il commence par sa dévotion pour Michael Jackson, puis sa période “fresh hip hop” où il découvre les sorties nocturnes, avant de partager son amour du cinéma en parodiant entre autres Rocky. Il enchaîne ensuite les gags sur son expérience d’agent de bord chez Air Transat, de gérant du département cinéma-maison dans un magasin d’électronique et d’animateur de mariages, avant de décrire la scène où il décroche son audition à Juste pour rire et, du coup, son sésame d’humoriste à temps plein. “En racontant sa vie, Rachid a réussi à me remuer. J’ai vécu en accéléré mes années d’ado et ma découverte du monde adulte”, avoue Mélanie, une “fan” étonnée mais conquise. Cette Montréalaise, la trentaine, n’a pas cessé de rire tout au long de la présentation. “On le connaissait à travers la télé et la pub, mais ce qu’on a vu ce soir a dépassé nos attentes. On s’est reconnus dans chaque gag”, renchérissent à l’unisson Diane et Jacques, à leur sortie du spectacle. Nous aussi.

 
 
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