|
Par Farida Ghazoui
Immobilier. Crise ou pas crise ?
|
Taoufik Hejira,
ministre de lHabitat.
(TNIOUNI)
|
Officiellement, le marché est au beau fixe. Officieusement, de plus en plus de promoteurs ne trouvent pas dacheteurs à leurs logements. Analyse.
Limmobilier est-il en train de vivre une
crise ? La question meuble, ces derniers temps, les conversations de salon. Et pour cause, les plus grandes puissances économiques mondiales sont touchées et le prix des biens immobiliers ne cesse de chuter. Chez nous, depuis 2000, date dentrée en vigueur des |
|
exonérations fiscales liées au logement social, le secteur a littéralement explosé. Investissements, vente de logements, création de villes nouvelles, développement de l'industrie des matériaux de construction, création d'emplois
une véritable dynamique économique a fait du Maroc un eldorado immobilier méditerranéen. Mais cela fait plusieurs mois que nous constatons un recul de lactivité, souligne cet agent immobilier casablancais. Certaines villes sont beaucoup plus touchées que dautres, comme Marrakech qui connaît une stagnation de limmobilier depuis près dun an. En labsence de baromètres immobiliers officiels, des estimations établies par des agences immobilières marrakchies font état dune baisse de 15 % en moyenne. Pour tous les spécialistes de limmobilier dans la ville ocre, la raison de ce tassement des ventes nest autre que la hausse vertigineuse des prix, enregistrée ces deux dernières années : 50 % au bas mot, selon ce professionnel. Marrakech nest pas la seule à connaître une baisse des ventes immobilières. D'après des chiffres communiqués par l'agence urbaine de Tanger, le nombre de logements produits durant les neuf premiers mois de cette année atteint 18 517 unités contre le chiffre record de 42 501 unités en 2007. Les investissements dans l'ensemble du secteur de l'immobilier (lotissement, logement, tourisme et industrie) témoignent également du ralentissement du secteur cette année après l'euphorie de 2007. En effet, ce montant global est passé de 20,1 milliards de dirhams en 2007 à seulement 7 milliards de dirhams durant les trois premiers trimestres 2008.
Des agrégats à la hausse
Mais officiellement, le Maroc ne vit aucune crise immobilière. Pour rassurer, le ministre de lHabitat dément lexistence de tout fléchissement dans le secteur quil dirige depuis six ans. Il ny a pas de crise immobilière au Maroc. Et je mengage personnellement à le déclarer publiquement dans le cas où les prémices dune stagnation se profileraient à lhorizon, précise-t-il. Pour Taoufik Hejira, les chiffres ne mentent pas. Aussi ne rate-t-il aucune sortie médiatique sans débiter pourcentages, taux et agrégats, tous à la hausse pour lannée 2008. Florilège. A fin septembre 2008, lencours de crédits immobiliers a enregistré un accroissement de plus de 43% par rapport à la même période l'an dernier. Les Marocains, particuliers et promoteurs, ont emprunté lors des dix premiers mois de 2008, plus de 31 milliards de dirhams, en hausse de 30 %. Autre chiffre : la hausse des ventes de ciment. Sur les dix premiers mois de lannée 2008, près de 12 millions de tonnes de ciment ont été écoulées, ce qui représente une hausse de 11,90% par rapport à la même période de lannée 2007 qui a enregistré près de 10,78 millions de tonnes. La consommation du mois doctobre 2008 a atteint un peu plus dun million de tonnes contre 9,5 millions de tonnes en octobre 2007, soit une variation à la hausse de lordre de 11,55%. Autre argument, limmobilier embauche toujours autant. Entre le troisième trimestre de 2007 et la même période de cette année, 62 000 nouveaux emplois ont été crées dans le secteur dont 51 000 postes en milieu urbain. Comment voulez-vous parler de crise alors que tous les voyants du secteur sont au vert ?, commente le ministre istiqlalien. Même son de cloche du côté des banquiers. Pour Noureddine Charkani, directeur général de Wafa Immobilier (groupe Attijariwafa bank), aucune frilosité nest à enregistrer dans lattitude des institutions financières nationales quant au secteur immobilier. Il serait faux de faire un parallèle entre la crise des subprimes, qui a coulé de grandes banques aux Etats-Unis notamment, et la situation immobilière actuelle dans notre pays. Et pour cause, notre système nest pas basé sur des prêts hypothèques mais sur la solvabilité des personnes, explique-t-il. Autrement dit, dans les pays européens et aux Etats-Unis, le prêt immobilier est accordé sur la base de la valeur du bien à acquérir, alors que chez nous, la plus grande garantie acceptée par les banques reste les rentrées dargent du futur propriétaire. Notre confiance dans la croissance de limmobilier au Maroc nest pas ébranlée et nous continuons à financer projets immobiliers et acquisitions personnelles, conclut le banquier.
Inadéquation de loffre
Pour le ministre de tutelle comme pour les banquiers, le constat est clair. Le Maroc ne vit pas de crise immobilière. Toujours est-il quacheter un logement est devenu de plus en plus difficile. Les promoteurs immobiliers continuent de produire des logements qui, en termes de standing et de prix, ne répondent pas aux attentes de la classe moyenne. Un promoteur immobilier est avant tout un investisseur. Il est tout à fait normal quil place son argent dans un segment qui lui est le plus rentable, argue Youssef Ibn Mansour, président de la FNPI (Fédération nationale de la promotion immobilière). Les promoteurs ne sont pas actuellement en difficulté, mais voient venir la crise. Aucun effort nest fourni par le gouvernement pour maintenir la croissance du secteur immobilier, souligne le président de la fédération professionnelle. En dautres termes, lEtat ne veut plus subventionner le logement. Le partenariat entre le privé et le public en matière de production de logement social, qui a permis de dépasser la barre des 100 000 logements sociaux produits en 2007, a montré ses limites. Laveu est celui de Taoufik Hejira qui a, à maintes reprises, demandé aux professionnels de trouver de nouvelles pistes de coopération, touchant dautres segments de logement, comme léconomique et le moyen standing. La demande la plus pressante existe en logements dont les prix vont de 500 000 à un million de dirhams. Or, aucune offre valable ny répond efficacement, souligne le ministre. Lannée 2009 sera dailleurs charnière dans ce sens. De nombreuses actions sont en cours délaboration en vue de diversifier loffre immobilière destinée à cette catégorie de Marocains, jusque-là exclue de la propriété immobilière en raison de linadéquation des biens immobiliers existants sur le marché. Suffiront-elles à donner un nouveau souffle à un secteur qui contribue à hauteur de 25 % dans la valeur ajoutée crée par léconomie marocaine et qui emploie plus de 800 000 personnes ? |
 |
Logement.
80% des Marocains propriétaires en 2012
Ce nest un secret pour personne : le Marocain aime habiter chez lui. La location est toujours considérée comme une situation inconfortable pour le ménage marocain, doù une forte demande sur le marché de lacquisition. Etre propriétaire est un objectif que la grande majorité des familles tentent par tous les moyens datteindre. En effet, actuellement, 64 % des ménages marocains sont propriétaires de leurs logements, alors quen 2004, ils étaient uniquement 57%. Ce taux atteindra 80% en 2012, souligne le ministre de lHabitat. |
|
 |
Haut standing.
Un secteur qui stagne
Si les différents acteurs du marché de limmobilier ne sont pas unanimes quant à lexistence dune crise, ils sont tous daccord sur le fléchissement des ventes sur un segment particulier, celui du haut standing. Ces dernières années, les offres de villas, appartements et autres maisons traditionnelles, à la finition luxueuse, ont fleuri dans différentes villes du Maroc, avec des prix se chiffrant à plusieurs millions de dirhams. Mais depuis quelques mois, la situation sur le haut standing est devenue plus problématique que le reste des autres segments. Et ce pour de nombreuses raisons : une saturation du marché dabord, puisque le Maroc nest pas un pays réputé pour ses riches, une baisse des acquéreurs étrangers qui constituent lessentiel de la clientèle de nombreux projets immobiliers de haut standing, notamment dans des villes comme Tanger, Marrakech ou encore Agadir, et la crise immobilière mondiale qui touche particulièrement ce segment de limmobilier. |
|
|