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Analyse. Comment dialoguer avec les salafistes ?
Enquête. Demain, le papy boom
Reportage. Ces Marocains d’un autre royaume
Télévision. Ces séries chéries
Football. Dans l’intimité des Lions
Reportage.Portrait. La voix des rois
Phénomène. Viva Maradona
Inde. Après la bombe, le match
Immobilier. Crise ou pas crise ?
Développement. L'Europe à la rescousse
Débat. Pourquoi Mohamed Arkoun dérange
Cinéma. Nari, nari, Casanegra
Humour. Blagues enneigées
Livre. Mon prophète ce héros
Souvenirs, souvenirs. Brel le Marocain
N° 350
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Télévision. Ces séries chéries

(DR)

Le Marocain ferait tout pour sa dose cathodique. Zapping des programmes, marocains et internationaux, qui ont marqué les générations.


Guadalupe et Mouannad, amour moudablaj.
Un homme (riche), une femme (pauvre)

A en croire leurs goûts télévisés, les Marocains seraient romantiques, friands d’histoires à tendance rimmel-qui-coule. Soaps à l’appui : la déferlante mexicaine s'est abattue comme un coup de foudre sur le
Maroc. Guadalupe est le premier feuilleton doublé en arabe classique. Le couple 90's, Alfredo et Guadalupe, a fasciné petits et grands, jusqu'à s'immiscer dans le quotidien du Maroc profond. Si, dans les campagnes, l'arabe classique était aussi incompréhensible que le mexicain, les téléspectateurs n'en étaient pas moins touchés par les larmes de la jolie Cendrillon venue d'Amérique du Sud. La fureur est telle que l'actrice principale, Adela Noriega, est invitée en 1995 à la Semaine du Cheval et reçue comme une princesse … par une princesse. On dit même que par amour pour la série, certaines familles rurales du pays ont affublé leurs enfants de prénoms mexicains, avant de se voir interdire les petits noms de leurs idoles et de devoir piocher dans les prénoms certifiés made in islam. Par contre, dans presque tous les quartiers populaires, on trouve une Linda et une Rosa… parmi les chiens de compagnie. On fait comme on peut, hein! Et avec ce qu'on a. Aujourd’hui, la palme de la série qui fait tourner les têtes revient incontestablement à Nour, série turque doublée en dialecte syrien. Le feuilleton est devenu culte en moins de temps qu'il n'en faut pour épeler le prénom du héros. “Mohannad? Nari bogoss ! C'est l'homme de ma vie”, affirme Siham, adolescente dont la vie s'arrête lorsque son Brad Pitt venu d'Orient montre son minois à l'écran. Pour la ménagère moyenne, l'ado studieuse et toutes les femmes édulcorées se répétant “un jour mon prince viendra”, Mohannad trône dans l'inconscient général comme l'homme idéal… sur petit écran. Le flop de la série en Turquie n'a d'égal que le succès fou dans le monde arabe, où Mohannad et sa jolie Nour ont provoqué l'ire des imams (à la fatwa facile) et des maris (au divorce éclair). L'amour occidental gonflé aux valeurs musulmanes n'est pas de tous les goûts.


Séries-fleuves made in USA.
Bordel en famille

Pour ce qui est des soap-opéras américains, il n'y a pas que l'univers de Dallas qui soit impitoyable : Top Models, Santa Barbara, Les feux de l’amour et autres feuilletons du genre ont tenu et tiennent encore – depuis plus de dix ans – les Marocains en haleine. Qui n'en tirent, au meilleur des cas, qu'une plus grande connaissance des prénoms étrangers. Le pitch ? Des sagas à l'américaine, grandes familles (texanes ou autres), magnats du pétrole et de la mode (ou de n'importe quel domaine où se conjugent richesse et pouvoir), où gentils et méchants – tous beaux, riches, avec villas - se déchirent pour des histoires d'argent, de femmes et de jalousie. Zhor, grand-mère fassia, suit de près ces manigances. Elle se chamaille avec sa fille Salwa, lui coupe la parole pour expliquer que Taylor est riche mais que Brooke est accablée par son destin, tandis que Thorn fait des enfants illégitimes alors qu'Eric Forester se remarie… ou quelque chose du genre. “C'est parce que c'est loin de notre réalité qu'on regarde ces séries”, philosophe Salwa. “On découvre toutes les lubies de ces milieux-là. C'est le rêve américain. On rêverait même d'avoir leurs problèmes, ajoute-t-elle. C'est presque devenu des membres de la famille ! Ma grand-mère les pleure quand ils meurent, les engueule parfois, leur propose du thé et se vexe qu'ils ne lui répondent pas, depuis le temps qu'elle les connaît…” Non, grand-mère Zhor. Tout ça, c'est pour de faux.


Le Moyen-Orient à domicile.
Dissection sociétale sur petit écran

Au commencement de la série arabe était l'Egypte. Précurseur dans le domaine, le pays où coule le Nil a écoulé dans le monde arabe ses intrigues, ses stars et sa langue. Les Marocains, pourtant loin du dialecte égyptien, le comprennent et le parlent couramment, du moins ceux qui ont suivi les centaines d'histoires importées. La série égyptienne ayant fait son temps, c'est désormais la Syrie qui fait fureur. Parmi toutes celles qui ont marqué les esprits, existe un point commun indéniable : toutes imposent une description analytique de la société et de l'histoire à une époque donnée. La série Layali Al Hilmiya, diffusée et rediffusée sur 2M dans les années 90, raconte la saga d'une famille féodale égyptienne des années 30. La trilogie de Naguib Mahfouz, elle, est portée à l'écran et s'impose vite comme une fresque de la société égyptienne à l'époque de la colonisation anglaise. “Rares sont les feuilletons marocains à aller aussi loin dans la dissection sociétale”, explique un téléspectateur fou du Moyen-Orient. “Ça nous fait un cours d'histoire romancé, même s'il ne touche pas directement notre pays”. Quant aux productions syriennes comme Al Kawassir, Al Jawarih et autre Al Bawassil, feuilletons historiques diffusés pendant ramadan, le succès est aussi aux portes de la petite lucarne. Rania, directrice d'école à Casablanca, explique son engouement : “Al Kawassir me fascinait, parce que cette série se situait pendant Al Jahiliya, époque antéislamique longtemps délaissée”. Le tout dans un arabe châtié, avec des personnages bien campés. Et Rania de continuer : “Le public marocain a du goût, quoi qu'on en dise. Il suffit souvent du bouche-à-oreille pour que des familles entières se passionnent … lorsqu'on leur offre des productions de qualité”.


Spécial ados.
A chacun ses héros

Les séries dites pour jeunes ont bercé différentes adolescences. “Sauf que moi, je connais le Cosby Show et La petite maison dans la prairie, alors que ma mère ne sait absolument pas ce qu’est Beverly Hills ou Melrose Place”, lance Sophia. Les séries qu’elle cite et que sa mère ne connaît pas, ce sont un peu les filleules de Dallas et autres sagas de familles imbriquées. Avec des personnages plus jeunes, pas forcément très riches mais aux sourires toujours aussi ultrabright. Quant aux séries regardées par sa maman, elles représentent le pan bon enfant de la série américaine. Les feuilletons pour teenagers, plus variés, laissent aux téléspectateurs le luxe de choisir. “Mon père regardait le Cosby Show, mon grand frère le Prince de Bel air, et moi je suis plutôt Friends”, résume Ihssan, faisant du petit écran et de ses programmes une affaire de génération. Ce qui lie X-Files, Urgences, Xena, Friends, Sauvés par le gong et Hartley cœur à vif ? “Pas grand-chose, sauf nous”, résume t-il.


Darija TV.
Raconte al halka al akhira !

La grimace sur les visages d’Ayoub et Saïd se déclenche en même temps. A l’instant même où les mots “série marocaine” sont prononcés. Encore sous le choc des feuilletons ramadanesques indigestes, Ayoub raconte : “Le ftour, c’est quand même le supplice. Pourquoi pensez-vous que les jeunes sortent de table dès qu’ils ont un œuf et une demi-chebbakia dans le ventre ?” D’après lui, parce que les programmes de nos deux chaînes nationales les désespèrent. Et qu’il faut fumer la première cigarette post-jeûne. Forcément. Saïd, lui, tempère après son rictus. Il tente, tant bien que mal, de sortir quelques séries marocaines du lot. Parmi les feuilletons qui dénotent, on retrouve Lalla Fatima, Aziza, Rhimou et Oujaâ Trab. C’est déjà pas mal. “Lalla Fatima caricature des petits bourgeois de la classe moyenne. Ils ne sont ni très riches, ni très pauvres. Les personnages sont bien interprétés et les deux premières saisons vraiment captivantes”, analyse Karima, téléspectatrice qui voudrait passer de l’autre côté de l’écran. Si les problèmes quotidiens de la petite famille moyenne ont tellement bien pris, c’est que le ton y est léger, sans humour gras ni chutes faciles. “La révolution Lalla Fatima est le fruit d’une collaboration franco-marocaine”, précise Fayçal. “Question qualité, nos feuilletons sont encore loin du compte. Certains scénarios sont bons mais leur application technique totalement chaotique. Mais ça viendra, petit à petit, si on s’ouvre à ce qui se fait ailleurs. Sans griller les étapes”. Ayoub, Saïd, Karima et Fayçal ont cela de commun qu’ils parlent de leurs séries marocaines préférées en commençant par raconter “al halka al akhira” (le dernier épisode) et en finissant par chantonner l’air du générique. Un esprit de synthèse très… marocain.

 
 
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