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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Farida Ghazoui

Football. Dans l’intimité des Lions

Face à l’Ecosse, la victoire (3-0)
n’a pas suffi aux Lions
de l’Atlas pour atteindre
les huitièmes de finale.
(AFP)

Joueurs, entraîneurs, businessmen ou tout simplement rentiers... ceux qui nous ont fait vibrer en France lors du Mondial 98 ont continué leur bonhomme de chemin. Retrouvailles.


“Pour moi, vous êtes les champions du monde”. C'est en ces termes que Hassan II a accueilli ces héros, pourtant sortis du Mondial français par la petite porte du premier tour. Les Lions de l'Atlas n'ont joué que trois matchs avant de plier bagage, mais le défunt roi, grand passionné de
ballon rond, n'a pas laissé passer l'occasion d'une réception en l'honneur de l'équipe nationale. Tous les joueurs se rappellent de la cérémonie organisée au palais royal de Rabat. “A notre retour au pays, c'était la plus grande consolation que nous pouvions espérer”, se souvient Mustapha Chadli, seul des 22 joueurs “tricolores” toujours en exercice. Après une longue carrière au Raja, il défend depuis deux saisons la cage du MAT (Moghreb Athletic de Tétouan).

Déception et fierté marquent toujours le périple français, près de dix ans plus tard. Flash-back. Pour leur entrée en scène, les poulains de Henri Michel décrochent un nul 2-2 face à la Norvège, grâce aux buts marqués par Mustapha Hadji et Abdeljalil Hadda, alias Camacho. Une bonne dose d'optimisme pour cette sélection africaine avant d'affronter un géant du foot, la “Seleçao” de Ronaldo. Sur la pelouse du stade de la Beaujoire à Nantes, les Marocains ne déméritent pas, mais sont sévèrement battus 3-0. Une semaine plus tard à Saint-Etienne, le onze national joue sa dernière chance contre l'Ecosse. La victoire et un revers des Vikings norvégiens contre le Brésil sont impératifs. “Il nous fallait malheureusement plus que des espoirs”, se souvient, non sans une pointe d'amertume, Salaheddine Bassir, qui réussit un magnifique doublé, après que Camacho, l'autre attaquant, a ouvert la marque, lors d'un match d'anthologie. Mais voilà, cette victoire, aussi brillante soit-elle, ne signifie pas pour autant un ticket aux huitièmes de finale. Au grand dam du public, en France comme au Maroc, le royaume se fait dépasser au classement par la Norvège qui l'emporte dans les dernières minutes de son match face à un Brésil déjà qualifié (2-1).

Cafés, immobilier… et foot
“Pour la plupart d'entre nous, cette Coupe du Monde a représenté le début d'une carrière professionnelle”, confie Youssef Chippo, international marocain qui a pris part à ces phases finales du Mondial. Ce milieu défensif formé au KAC vient, à peine, de mettre un terme à son parcours de professionnel au Qatar. Il s'est définitivement installé à Rabat, pas loin de sa ville d'adoption, Kénitra, dont il suit le club de très près, au même titre que l'évolution de ses investissements, aussi bien au Maroc qu'à l'étranger. Un footballeur qui réussit est un homme riche, parfois très riche.

La Coupe du Monde 1998 a également été une consécration pour un autre international, et non des moindres, Noureddine Naybet. à la retraite depuis près de 2 ans, celui que l’on surnomme le “roc de l’Atlas” partage son temps entre le Maroc, où il a lancé des projets immobiliers, et l’Espagne, pays qui lui tient particulièrement à cœur. Le Mondial 98, Salaheddine Bassir l’a toujours dans la peau. Ses fans, notamment les plus jeunes, ont pu le suivre sur la première chaîne de télévision marocaine, avec son émission de téléréalité, Al Kadam Addahabi (Le Pied d'Or). Salaheddine Bassir s'est aussi tourné vers le business. En plus d'un café, fameux sur l'une des artères les plus convoitées de la capitale économique, il gère plusieurs propriétés immobilières et s'investit de plus en plus dans l'associatif. “Ouvrir un café” semble ainsi l'investissement du footballeur par excellence. Driss Benzekri, l'ancien keeper de la Renaissance de Settat (et proche parent de son homonyme, le défunt Driss Benzekri, grand militant des droits de l’homme) a aussi son café à Mohammedia, en plus de plusieurs commerces à Settat. Le Marrakchi Tahar Lakhlej, qui n'a pris sa retraite qu'en 2003, à l'âge de 35 ans, est retourné vivre dans la ville ocre, là où il a son café, en face du Palais des congrès, et de nombreux projets immobiliers. Mais Marrakech est surtout synonyme de Kawkab, son club préféré. Tahar Lakhlej a bien essayé de contribuer à la gestion de son club. Il a même été élu président pour moins d'une saison mais il a vite baissé les bras. Depuis quelques mois, il vit entre Marrakech et Lisbonne, ville où il a vécu six ans, quand il évoluait pour le Benfica local.

Pour d'autres, ce passage par le professionnalisme s'est transformé en “exil” à vie. Un certain Abdelkrim Hadrioui, célèbre n° 3 des FAR, a choisi les Pays-Bas. Marié à une Hollandaise, il a dû affronter ces dernières années de sérieux problèmes de poids. “Il revient au Maroc de temps à autres... pour gérer ses différents biens immobiliers. Cet été, il vient de s'acheter une belle villa à Sidi Abed près de Rabat”, précise un ancien international, toujours en contact avec le défenseur latéral. Abdelilah Saber, également sur la ligne défensive de Henri Michel en 1998, a, quant à lui, choisi la France. Parmi ceux formés et installés à l'étranger, qui ont joué sous les couleurs nationales, Mustapha Hadji, le plus emblématique, a choisi Marrakech pour installer son affaire. Son associé n'est autre qu'Ismaïl Smahi, plus connu sous le nom de Triki. Il meuble son temps par pour la chaîne de télévision Eurosport France, comme lors de la CAN 2008. Mustapha est également l'un des ambassadeurs pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud aux côtés de grands noms du ballon rond africain, tels George Weah, Mark Fish, Abedi Pelé, Hossam Hassan ou Roger Milla. Car pour la majorité des anciens de 98, le football est plus qu'une carrière : une grande passion. Nombreux sont ceux qui ont choisi l'encadrement. Saïd Chiba, l'ex-joueur du FUS de Rabat, est actuellement au Qatar, au club éponyme où il assure la fonction d'entraîneur adjoint du Brésilien Lazaroni, avec sous sa houlette des joueurs comme Youssef Safri ou encore Talal Karkouri. Youssef Rossi a pris la même destination, mais à Al Khor, club au sein duquel il a clôturé sa carrière, son projet immobilier à Bouznika ayant fait sa fortune pour de bon. Abdelkader Brazi enfin, le troisième keeper choisi par Henri Michel pour le déplacement à Clermont-Ferrand, ville où résidait l'équipe nationale durant ce Mondial, a préféré revenir à ses anciennes amours, les FAR en l'occurrence, club dont il a intégré le centre de formation. Pour d'autres, la carrière avec l'équipe nationale a duré le temps d'une dizaine de sélection. Souvenez-vous d'un certain Ali Khattabi. Toujours actif en championnat hollandais, il a décliné plusieurs sélections depuis 98. Et pour cause, cet attaquant a développé une grande phobie de l'avion.



Souvenir. Remember Saïd Belqola

Le 12 juillet au Stade de France, le monde fêtait des footballeurs comme Zidane ou Ronaldo. Au milieu des génies du ballon rond, en ce jour de finale du Mondial, rendez-vous retransmis dans le monde entier, se faufilait une frêle silhouette aux cheveux châtains, le referee de cette finale du Mondial, un Marocain, feu Saïd Belqola en l'occurrence. Cet inspecteur des douanes mène la rencontre de manière magistrale, n'étant nullement impressionné par la dimension planétaire de l'événement. Une rencontre menée de main de maître, qui lui vaut la médaille d'or de la FIFA pour cette compétition. Plus tard, il est élu meilleur arbitre arabe pour l'année 1998 et est décoré par Hassan II. En 2000 et 2001, il travaille comme conseiller et consultant de la Fédération du Japon de football et dirige quelques matchs du championnat japonais. Quatre années après le Stade de France, Saïd Belqola décède des suites d'une longue maladie.

 
 
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