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Par Samir Achehbar
Phénomène. Viva Maradona
Quel est lévénement le plus important depuis lélection de Barack Obama à la tête du monde ? Ne cherchez pas loin, cest le come-back sur les terrains de Diego Maradona, Dieu de la planète foot.
Rocknroll star. Maradona dirige la sélection argentine depuis fin octobre et tous ont les yeux braqués sur sa (grosse) silhouette, médias, businessmen, annonceurs et sponsors, et hommes politiques (si, si). Diego, cest laffaire du siècle. Le meilleur footballeur de tous les temps, |
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un ange dun mètre soixante (ou soixante-cinq, les bras un peu levés), tellement gros (il lui est arrivé de crever le plafond des 100 kg à la pesée) quon la parfois appelé le cube, grandi et célébré dans le monde entier, avant dêtre déchu et de tomber plus bas que terre. Star, donc, héros heureux et malheureux, surprenante icône altermondialiste, ami de Fidel Castro dont il porte un tatouage sur la jambe (le bras est tatoué Che), un sphinx qui nen est pas à sa première résurrection, lui qui a survécu à tant de cures de désintoxications (à lalcool, à la coke, à la malbouffe) et à tant dhospitalisations en état durgence.
Fêtard, roi des people
Pour son retour officiel, Maradona a failli déserter le banc de la sélection dont il vient dhériter. LArgentine jouait un match amical à Glasgow, finalement gagné 1-0. Diego, lair stoned, avait la tête ailleurs, à Madrid où sa fille, enceinte de six mois, avait précipitamment été admise dans une clinique. J'ai le cur gros. Je voulais aller la rejoindre, mais je savais qu'elle voulait que je reste ici, à Glasgow, a déclaré Maradona à la presse de son pays. Diego na pas déserté mais Agüero, la nouvelle star de léquipe dArgentine, si. Aguero, donc, a quitté la sélection pour se rendre à Madrid, au chevet de la fille de Diego
dont il est le petit ami.
On la compris, celui quon appelle El Pibe De Oro (pied dor) ne fait rien comme personne. Le foot, chez lui, est indissociable du people, de lhumain mais en dimension extralarge, plus grand que nature. Il est un peu le symbole inattendu, absolu, de ce vieux concept, un peu creux quand même, danti-impérialisme. Ami de Castro et de lancien président argentin Carlos Menem, il a longtemps mené campagne contre le président sortant Bush, comme le ferait une authentique rockstar. Diego est aussi ami
avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. En avril dernier, ce dernier sexprimait ainsi au sujet du Pibe de Oro : Je remercie sincèrement Son Excellence (Maradona) pour sa gentillesse envers la nation iranienne juste et révolutionnaire, a-t-il dit dans un message personnel repris par l'agence de presse officielle Irna. Etonnant, nest-ce pas ?
Dans un excellent numéro dédié à Maradona, le magazine So Foot citait, en décembre 2007, un cinéaste qui tentait de cerner limpact mondial du phénomène Diego. Un chauffeur de taxi libanais me disait un jour que Maradona symbolisait tellement une icône pour le Tiers-Monde que plein de gens (au Liban) avaient fait la fête à Beyrouth en 1986 quand lArgentine a gagné la Coupe du Monde. Ben oui, à ce point. Le Pibe est la star du petit peuple, le favori des pays pauvres et des (supposés) pauvres parmi les riches. Là où sa popularité culmine, cest dans les cités et les quartiers chauds, au Brésil comme au Maroc, ou en France. Diego sait jouer au foot, mais aussi se battre. Sa popularité est montée en flèche dans les cités depuis quil a démontré, en 1984 (à loccasion de la finale de la Coupe dEspagne, suivie dune bagarre générale) quil savait se battre comme un petit gars de la rue a expliqué, un jour, un journaliste français. Pas bête, pas faux.
Diego, les Marroquies te saluent bien
Alors, peut-on faire confiance à Diego ? Ceux qui parlent de mon inexpérience (en tant que coach) me font bien rire. J'ai passé presque 20 ans en sélection. Le football n'a pas changé. L'eau chaude a déjà été inventée, a répondu le maître-fou à ses détracteurs. Dès sa nomination surprise à la tête de la sélection argentine, le monde sest coupé en deux : les pro et les anti-Maradona. Cest le plus grand footballeur de tous les temps, il pourrait entraîner nimporte quelle équipe vers le succès rien quen bougeant le petit doigt, scandent les premiers. Il na jamais rien dirigé, rien managé, même pas sa propre personne, répliquent les seconds. Sur le Web, les forums de discussion vont bon train et les pro lemportent largement sur les anti. Florilège : Mara, t un vrai roi, bonne chance monsieur (
) Oui, tu y arriveras et, comme disaient les Rolling Stones : Brown Sugar (ndlr allusion à la drogue) (
) Diego, tes pieds sont en or, ta tête aussi. La première sortie de Maradona dans la peau dun sélectionneur a tourné au succès. Cétait le 19 novembre, à Glasgow, dans un match amical qui a battu des records daffluence
et de pub. Le match, pris dassaut par les plus grands sponsors, a enregistré des taux daudience dignes dune finale de Coupe du Monde, ou des dernières élections américaines.
Au Maroc, on a suivi tout cela (merci la parabole) avec enthousiasme. Et émotion. Diego, on connaît. Et on aime. Tous. En avril 2004, et alors que Dieu - excusez lutilisation incongrue du vocable est hospitalisé pour la énième fois en unité de soins intensifs, le Maroc recevait lArgentine (0-1) en match amical à Casablanca. Les deux équipes foulent la pelouse du complexe Mohammed V en déployant le maillot de Diego frappé du fameux numéro 10. Des banderoles étaient déployées spontanément par le public, venu en masse. Les gens scandaient le nom de Maradona, ils lui souhaitaient tous un prompt rétablissement, nous explique, avec émotion, un des organisateurs de ce Maroc Argentine. On a appris, plus tard, que Maradona a pris connaissance de ce soutien, quil en a été touché aux larmes
, conclut notre source. Diego, comme tous les vrais héros, a le pleur facile. En attendant de le voir de nouveau sur une pelouse marocaine, espérons que le nouveau Maradona, désintoxiqué, (un peu) amaigri, aura plus loccasion de pleurer de joie que de peine à la tête de la sélection de son pays. |
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Bio sélective
1961. Naissance en Argentine, dans une famille pauvre
1976. Rejoint un club local, Argentinos junior
1982. Part à Barcelone, lun des clubs les plus riches au monde
1986. Gagne la Coupe du Monde avec la sélection argentine à laide, entre autres, dun but inscrit avec la main de Dieu en quart de finale
1991. Contrôlé positif à la cocaïne. Dans la foulée, la police découvre un stock, dans lune des demeures de Diego, un demi-kilo de poudre blanche !
1994. Emmène lArgentine au Mondial américain, mais se fait contrôler (positif) et quitte ses coéquipiers en pleine compétition. Depuis, Diego multiplie les annonces sur sa retraite sportive
et les séjours à lhôpital. |
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