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Par Nina Hubinet
Inde. Après la bombe, le match
New Dehli voit la main de mouvements islamistes pakistanais derrière les attentats de Bombay. Des soupçons qui enflamment le match entre les deux frères ennemis du sous-continent.
Alors que les combats faisaient encore rage dans deux grands hôtels de Bombay, jeudi 27 novembre, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, accusait déjà son voisin pakistanais, qui a aussitôt démenti toute implication et menacé de poster des soldats le long de la frontière indienne. Les querelles entre New Dehli et Islamabad ont été ravivées |
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par les attaques du 26 novembre, qui ont fait 171 morts en trois jours. Mais, malgré les menaces, le processus de paix engagé en 2004 ne devrait pas être remis en cause. Pour les groupes extrémistes pakistanais, signer un accord de paix signifierait vendre le Cachemire à lInde, rappelle Mariam Abou Zahab, chercheuse rattachée au Ceri (Centre de recherches et détudes internationales) et spécialiste des mouvements islamistes au Pakistan. Le seul terroriste rescapé aurait affirmé aux enquêteurs indiens quil avait été, comme les autres assaillants, entraîné par le Lashkar-e-Taïba, un mouvement islamiste basé au Pakistan et actif au Cachemire, région frontalière que se disputent les deux pays depuis 1947. Les moujahidines du Deccan, le groupe jusque-là inconnu qui avait revendiqué les attaques de Bombay, ne serait quune couverture. New Delhi a donc demandé, mardi 2 décembre, à Islamabad de lui livrer une vingtaine de personnes impliquées dans ces attaques selon les enquêteurs indiens. De leur côté, les Pakistanais disent attendre des preuves pour extrader les suspects.
La main dAl Qaïda ?
Le degré de sophistication et les cibles des attaques semblent désigner le Lashkar-e-Taïba, bien que celui-ci ait démenti. Ce groupe salafiste, créé en Afghanistan dans les années 1980 avec le soutien des services secrets pakistanais pour combattre les Soviétiques, est à lorigine de deux actions spectaculaires en Inde : lattaque du Parlement à New Delhi en 2001 et les attentats contre des trains de banlieue à Bombay en 2006, dans lesquels plus de 200 personnes avaient été tuées. Mais la thèse indienne occulte les discriminations et les attaques des nationalistes hindous dont sont victimes les musulmans en Inde, et noie les critiques sur linefficacité des services de renseignement du pays. Selon les médias américains, la CIA avait averti New Delhi en octobre que des hôtels de Bombay pourraient être visés par des terroristes venus par la mer. Les attaques nont pas pu avoir lieu sans des complicités locales, souligne Jean-Luc Racine, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de lInde et du Pakistan. Mariam Abou Zahab va plus loin : Daprès moi, il sagit dune collaboration entre différents groupes, indiens et pakistanais. Voire avec Al Qaïda : les liens entre le Lashkar-e-Taïba et lorganisation de Ben Laden sont avérés depuis longtemps. Lopération du 26 novembre visait ainsi à la fois lEtat indien et lOccident, ennemi global dans la rhétorique dAl Qaïda. Cette attaque dépasse largement le conflit cachemiri. Elle sinscrit dans le cadre dune montée du terrorisme au Pakistan, analyse Jean-Luc Racine.
Islamabad en équilibre
Le premier ministre pakistanais, Asif Ali Zardari, se trouve de fait dans une position déquilibriste. Sil sévit contre le Lashkar-e-Taïba, officiellement interdit en 2002, il sattire les bonnes grâces de New Delhi et de Washington, mais il prend le risque de voir se multiplier les actes terroristes dans son pays, où plus de 6000 Pakistanais ont trouvé la mort depuis début 2008. Les militaires pakistanais ont soutenu ces groupes terroristes pour combattre larmée indienne au Cachemire. Mais ils se sont retournés contre eux, souligne Mariam Abou Zahab. Pour Jean-Luc Racine, la solution ne peut donc venir que dune position ferme de larmée pakistanaise, qui détient le pouvoir réel dans le pays. Petit espoir, selon Mariam Abou Zahab : Les Américains ont fini par comprendre quil fallait résoudre le conflit au Cachemire pour espérer avancer en Afghanistan. |
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