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Sortie. Woody in Barcelona
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Aicha Akalay,
correspondance de Barcelone

Sortie. Woody in Barcelona

Woody Allen
(AFP)

Le maître du cinéma américain a plongé à Barcelone et ramené un film frais, drôle, intelligent. Comme dab’. A ne pas rater.


Woody Allen est une star. A Barcelone, même les badauds qui l’ignoraient en sont désormais convaincus. Son dernier film a été entièrement tourné dans la ville de Gaudi et elle le lui rend bien. Dans la capitale catalane, tout le monde ne parle que de ce réalisateur américain qui aurait aimé être européen. Certains l’ont croisé au détour d’une rue sombre, d’autres non, mais ils le prétendent quand même.
C’est le phénomène Woody Allen, il est devenu l’ambassadeur de leur ville. Alors Vicky Cristina Barcelona, c’est d’abord une ville. La plus belle, entend-on à la sortie des salles. C’est aussi l’histoire et les aventures de deux amies américaines, Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johansson, nouvelle égérie d’Allen) fraîchement arrivées à Barcelone. Vicky vient pour un master en civilisation catalane, Cristina est là…pour rencontrer des hommes. Vicky et Cristina, c’est la blonde et la brune, l’épicurienne et la raisonnable, la célibataire et la fiancée, deux profils aux antipodes l’un de l’autre.

Les deux amies font la rencontre d’un artiste espagnol, (Don ?) Juan Antonio, joué par Javier Bardem, loin, loin, de son personnage dans le terrible No country for old men des frères Coen. Chemise rouge, teint hâlé, sourire enjôleur, le spanish lover fait une proposition aux deux femmes, indécente aux yeux de Vicky, affriolante aux yeux de Cristina : découvrir à trois le petit village d’Oviedo et les sommets de l’amour. Cristina finit pas convaincre son amie. Et elles s’envolent pour une folle aventure où la plus raisonnable des deux n’est pas celle qu’on croyait. De retour à Barcelone, Juan Antonio et Cristina entament une idylle et seront rejoints par l’ex-femme de Juan Antonio, Maria Elena, alias Penelope Cruz, plus hystérique que la moyenne. Woody fait ainsi de Barcelone bien plus que le simple théâtre des passions de ces joyeux drilles. La ville est un personnage, comme le fut New York dans Manhattan. Mais tout en couleurs, ici sublimées par la lumière éclatante de l’été que Woody Allen sait capter. Vicky, Cristina et les autres découvrent la passion à deux, à trois, à quatre. Et les œuvres de Gaudi défilent dans cette ville des prodiges, les sentiments des personnages aussi, un peu à la manière des édifices de l’architecte, jamais droits, le réel et l’irréel se confondant, le rêve et la réalité s’enchevêtrant.

En pensant à Bergman
Le grand septuagénaire new-yorkais signe là un long-métrage mirifique, un de plus. A la hauteur de Match point et du Rêve de Cassandre, ses deux précédents films (européens, déjà) tournés à Londres. C’est que l’Europe sied si bien à ce binoclard from New York. Le résultat est forcément un événement, comme souvent automnal, grinçant, enlevé. Il faut dire qu’on l’aime bien ce Woody, logorrhéique intarissable, hypocondriaque bilieux, intello licencieux, dépressif taciturne, un être avec mille et une marottes, enfoui dans un corps gauche, sexuellement peu attrayant. Avec son humour yiddish généralement indépassable dans l’art de l’autodérision, sa capacité rare à traiter avec facétie des sujets tels que la mort et les vices de l’amour, et son obsession pour la philosophie existentielle, on obtient forcément un personnage digne du plus grand intérêt, plutôt atypique dans le paysage hollywoodien.

Son truc à lui, c’est le cinéma européen, Truffaut, Fellini, mais surtout son maître ès cinéma, le Suédois Ingmar Bergman. Il a toujours envié au réalisateur des Fraises sauvages son art de disséquer la psychologie des relations humaines. De Annie Hall et Harry dans tous ses états à Intérieurs et Une autre femme, Woody a toujours puisé dans cette veine psychanalytique un peu bergmanienne, avec l’humour et le jazz en plus. Avec Vicky Cristina Barcelona, c’est à peine s’il a remplacé la clarinette par une guitare flamenco (Paco De Lucia) pour coller de près à son sujet espagnol. Bienvenue donc au nouveau-né de Mister Allen, aux dehors exotiques, en réalité très adulte, finalement assez grand public, librement dédié aux femmes, à la sexualité et à une foultitude de choses intéressantes.

(Vicky Christina Barcelone est actuellement en salle)

 
 
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