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Par Ayla Mrabet
Zapping. Le syndrome du canapé
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Les deux chaînes nationales gavent nos bambins de dessins animés. Cest tout ce quelles savent faire... (DR)
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Le petit écran marocain est presque aussi prévisible que le destin des milliers de moutons du pays. En moins sanguinolent, mais plus soporifique. Vingt-quatre heures de farniente, ou presque, devant Al Aoula et 2M. Récit.
Nos chaînes principales sont à consommer avec modération. C'est que les rations de séries, les rasades d'émissions culinaires et les fauteuils rouge et vert du Parlement sont clairement débilitants. Al Aoula et 2M, surs siamoises en froid, sont un hymne à la lobotomie passive. Moins |
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douloureuse que l'opération, certes, mais avec sa petite fournée de dégâts. Avec quelques consolations aussi, celles qui font qu'on les regarde quand même. Qu'on zappe de l'une à l'autre pour essayer de comprendre pourquoi notre tante vieille fille risque la sclérose devant l'écran, pourquoi notre petit frère braille de toutes ses forces pour qu'on voie son dessin animé de la vie de la mort qui tue, pourquoi notre mère mime l'élève studieuse, sous le charme des chhiwate religieusement dictées par Choumicha.
Mal à la rétine
Les JT respectifs de nos deux chaînes, à l'heure du déjeuner, sont invariablement suivis par des séries où les femmes gémissent et pleurent, meurent parfois, pour laisser un mari veuf et très riche s'apitoyer sur leur sort. Novelas, feuilletons marocains, égyptiens...tout y passe. Le langage des larmes et des pseudodrames attendrissants pour desperate housewives mène son intarissable combat contre les neurones. Pour ensuite, sur Al Aoula, laisser place aux palpitantes aventures du Parlement. Rien de nouveau de ce côté-là. Un vibreur de portable fait la guerre au micro d'un parlementaire, déclenchant grésillements et ultrasons dans la salle. L'orateur fait taire son mobile, prenant soin, tout de même, de vérifier qui l'appelle. Pour essayer de le joindre à cette heure-ci, l'émetteur ne doit pas vraiment être au fait de ses fonctions.
Il finira par arrêter d'appeler, croyant sans doute le parlementaire dans un tunnel...politique. Pendant ce temps-là, sur 2M, les feuilletons s'enchaînent. Woujae Attrab, (bonne) adaptation télévisuelle et marocaine de La terre, roman d'Emile Zola, passe à 15h10. La série est déconseillée aux enfants de moins de dix ans. Sauf qu'à cette heure-ci, ils sont censés être à l'école, en train d'apprendre leurs tables de multiplication à l'arrière des cahiers La Gazelle
Enfin. Puis la chaîne revient au marathon des séries, égyptiennes, syriennes ou doublées, celles qui explorent les turpitudes amoureuses internationales. Les soubresauts du Parlement, eux, durent et font mal à la rétine, les représentants s'accrochant de plus en plus à leurs sièges, à défaut de (souvent) les déserter.
Les femmes et les enfants dabord
18 heures, l'heure du goûter, des enfants qui rentrent à la maison, qui catapultent leurs cartables non loin du poste télé. Et se pendent à la télécommande. Bizarrement, les programmes pour enfants sont souvent plus riches et variés que ceux destinés aux adultes. Les dessins animés du moins. Après sa session enfants, Al Aoula devance 2M dans la course aux émissions culinaires, sprintant pour couper la ciboulette sous le pied de Choumicha. Les pupilles commencent à fatiguer, les ingrédients et les doses se confondent dans l'esprit. Tajine de messages subliminaux. Et là, c'est l'overdose télévisée : sur Al Aoula et 2M se chevauchent les deux séries (cultes et turques) du moment. La zapette jongle entre Nour et Sanawate Addayae, imbrique les deux histoires, marie les héros, sanglote en syrien. A un moment, l'héroïne de Sanawate Addayae s'approche pour embrasser son ex-amoureux.
Le bisou, bien évidemment, sera (très mal) coupé. Mais pas le débat du couple censuré, où le héros veut comprendre ce qui vient de se passer. Le spectateur aussi
De toute façon, on s'en fout. A la fin, l'amour triomphe de tout. Le spectateur avachi contre son gré devant sa télé somnole, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire. Il entend pousser les fleurs, passer les mouches, les anges, le journal télévisé, les feuilletons gras made in Morocco. Puis il fait fonctionner son pouce pour passer sur la 2. Ouvre un il, trouve The Queen. Suit le film, trouve la reine Elisabeth crédible. Se repose les méninges. Les rallume pour regarder Docteur House. De toute façon, il a déjà tous les DVD. Le dernier bulletin d'informations s'affiche sur l'écran, l'envie d'éteindre s'affiche sur son front. Mais il continue, entre courage et léthargie, jusqu'au petit matin. Puis il se souvient qu'il a le câble. La parabole, cadeau des dieux
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