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Par Souleïman Bencheikh
Politique. Les yeux dans les bleus
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La disparition de Mustapha Oukacha
a ouvert la voie à des aspirations
individuelles qui risquent de faire
des dégâts au sein du RNI. (TNIOUNI)
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Le Rassemblement national des indépendants nest pas un parti (de ladministration) comme les autres. Le parti des bleus anime le débat et se fait une cure de jouvence. Eclairage.
Depuis un an, le RNI savoure. Le parti de la colombe est arrivé 4ème lors des dernières élections législatives et il a su négocier sept portefeuilles ministériels en sus du perchoir et de la présidence de la seconde chambre (acquise depuis 2000). Et tout cela grâce à un esprit de coopération constructive très apprécié en haut lieu : comme l'Istiqlal |
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en 2002, le RNI a accueilli à bras ouverts des candidats estampillés Makhzen et intégrés non sans quelques rocambolesques revirements. Aziz Akhannouch, l'homme d'affaires devenu ministre de l'Agriculture, a un temps valsé avec le MP avant d atterrir finalement au RNI. Mêmes parcours sinueux pour Amina Benkhadra et Nawal El Moutawkil. Avec cinq ans de retard sur l'Istiqlal, les décideurs du RNI ont donc bien compris comment s'y prendre et envoyer les bons signaux, aux bons moments
et aux gens qu'il faut.
Qui mange qui ?
Dernier fait d'armes, en octobre, quelques semaines après un scrutin qui avait valeur de test, le RNI s'est allié au Parlement avec le groupe le plus en vue du moment, celui du moins qui avait le plus fait parler de lui : le bien nommé Parti authenticité et modernité (PAM) dont l'étoile a certes commencé à pâlir après le cuisant échec des élections partielles. Cette alliance, dont tout le monde devisait comme d'une éventualité, a néanmoins pris de court les militants du RNI et du PAM. Seul un quarteron de stratèges a, semble-t-il, planifié ce mariage aussi précipité que sans amour. Le rapprochement entre nos deux groupes parlementaires s'est fait sans concertation. Tout s'est joué en coulisses. Normalement, ce genre d'alliances entre partis se discute pendant des mois et il aurait été salutaire qu'un large débat soit mené, analyse un cacique du RNI qui a aujourd'hui pris ses distances avec le parti.
La précipitation dans laquelle s'est créé le nouveau groupe Rassemblement et modernité (première force du Parlement avec 80 représentants et 85 conseillers) a, de fait, semé le doute dans les esprits. D'un coup, la stratégie de Fouad Ali El Himma a semblé moins compréhensible et les premières fissures du bel édifice qu'il espérait construire avec le Mouvement pour tous les démocrates (MTD) sont apparues : un rendez-vous électoral manqué en septembre dernier, de nouvelles recrues trop remuantes et mal ingurgitées, à l'image du PND dont le patron, Abdallah Kadiri, a saisi la justice pour régler un contentieux politique avec le PAM, et des bleus plus récalcitrants que prévu, comme lorsqu'ils ont refusé au PAM d'inviter Najib Akesbi aux travaux menés sur la Loi de Finances par leur groupe parlementaire commun. Raison avancée ? Akesbi serait trop marqué à gauche. En fait, en draguant tous azimuts, le parti de Fouad Ali El Himma a fait beaucoup de mécontents, et pas seulement parmi les ralliés de la première heure, noyés dans la masse des élus RNI. En même temps que les défections s'accumulent, El Himma se fait moins audible, et moins visible. Mais pour le parti de la colombe, la donne est idéale : les déboires du PAM confortent les bleus dans la stratégie qu'ils ont toujours privilégiée : ne jamais être très regardants sur leurs alliances, du moment qu'ils peuvent y trouver un bénéfice à court terme.
Objectif 2009
Dans l'immédiat, le RNI a du pain sur la planche. Son premier conseil national depuis le quatrième congrès et l'élection de Mustapha Mansouri se tiendra samedi 20 décembre à Casablanca. Mais d'ores et déjà, quelques colombes de mauvais augure perturbent la douce quiétude dans laquelle est plongé le parti. Mohamed Aujjar qui, en mai 2007, avait au dernier moment fait basculer le vote des militants du congrès en faveur de Mansouri, est aujourd'hui plus amer que de coutume. Je ne me fais pas d'illusions : ce conseil national ne sera pas l'occasion de dresser le bilan de la fusion avec El Himma, ni de discuter du bien-fondé du parachutage de certains ministres au RNI. Pourtant, c'est l'occasion où jamais. Le conseil national est la deuxième plus grande instance du parti, estime l'ancien ministre des Droits de l'homme de Abderrahmane Youssoufi. Ce conseil national servira en fait à tout autre chose : pour le 30ème anniversaire du RNI, le parti compte rendre un hommage appuyé à son ancien zaïm, Ahmed Osman. Surtout, les bleus entendent préparer le terrain pour les élections communales fixées au 12 juin 2009, qui s'annoncent capitales pour le futur équilibre parlementaire et gouvernemental.
Pendant ce temps, en coulisses, se joue la succession du défunt Mustapha Oukacha qui a laissé vacant son fauteuil de président de la Chambre des conseillers. Maâti Ben Keddour, actuel chef du groupe Rassemblement et modernité à la deuxième chambre et proche de l'ancien titulaire du perchoir, est sur la brèche : Je compte assurer la fin du mandat de feu Oukacha qui court jusqu'au renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, à savoir septembre 2009. Je gèrerais en quelque sorte une période transitoire de dix mois, nous a confié Ben Keddour, favori pour la course à l'investiture. Mais il n'est pas le seul à briguer un perchoir très convoité. Pour le RNI toujours, Abdelkader Salama, soutien affiché de Mustapha Mansouri, président du RNI, lors du dernier congrès et originaire de Nador comme lui, semble hésiter à franchir le pas. Devant les tergiversations des bleus, matérialisées par les hésitations de Mansouri qui, à mots couverts, en appelle à l'arbitrage royal, d'autres ambitions se font jour et mettent à mal la fragile majorité de Abbas el Fassi. Certains barons istiqlaliens font entendre ici et là leur intention de briguer eux aussi le perchoir. C'est notamment le cas pour Saâd El Alami et Faouzi Ben Allal. Au RNI, on explique à qui veut bien écouter qu'il n'y a aucune raison pour que la succession de Oukacha échappe au parti. S'il doit y avoir un changement des équilibres au sein de la majorité et à la Chambre des conseillers, la logique veut que ce soit après les élections communales et le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, expose Aujjar.
Mais, en pointant les exigences revues à la hausse de son parti, Abdelouahed Radi a ouvert une boîte de Pandore qui n'est pas près de se refermer : Nous refusons la manière dont nous sommes présents au gouvernement. Alors que nous n'avons qu'un seul siège de moins que le RNI au Parlement, nous nous retrouvons avec cinq ministères. Le RNI en a sept et il a en plus la présidence des deux Chambres du Parlement, avait déclaré le ministre de la Justice à un quotidien de la place au lendemain de son élection à la tête de l'USFP. De quoi donner des sueurs froides à Abbas El Fassi, gardien d'une cohésion gouvernementale très fragile. En attendant que le roi se penche sur l'hémicycle et donne un signe à son favori, le RNI semble voguer dans le sens du vent, comme il l'a toujours fait, sans faire de vagues. Le meilleur moyen sans doute pour revenir à la primature. Le meilleur moyen aussi de ne rien changer à la politique made in Morocco qui, avouons-le, nous ennuie tous un peu. |
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Balisage. 30 ans de politique
Le sens commun retient que le RNI est un parti créé par Hassan II pour son beau-frère et camarade du Collège royal, Ahmed Osman. Celui-ci, qui a occupé les fonctions de Premier ministre de 1972 à 1979, s'est vu offrir sur un plateau une formidable machine électorale qui était, dès le départ, un nid de notables, d'hommes d'affaires et de technocrates précurseurs. Dans la foulée des élections législatives de 1977, 167 députés sans appartenance politique, essentiellement des élites économiques et intellectuelles, lancent une réflexion collective en vue de créer un mouvement qui ferait de la démocratie sociale son leitmotiv. C'est donc en octobre 1978 que se crée officiellement le RNI sous la présidence de Osman. Depuis cette date, le RNI est présent au gouvernement sans discontinuer, que ce soit pendant les beaux jours du Wifak (alliance de droite) ou ceux de la Koutla (alliance de la gauche et de l'Istiqlal). En 1981, le RNI connaît une scission qui donne naissance au Parti national démocrate (PND). A la différence d'autres partis de l'administration (UC et FFD pour ne citer que ceux-là), le RNI est parvenu à maintenir son assise électorale au fil des scrutins et à s'imposer dans la cour des partis qui comptent. Depuis mai 2007, le RNI a amorcé un nouveau virage en poussant Osman vers la sortie et en élisant Mansouri à sa tête. Mais rassurons-nous, les bleus n'y ont pas perdu leur âme. Plus que jamais, et comme tout le monde, ils sont makhzéniens avant tout ! |
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