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Par Zoé Deback
Bilan. A quoi sert El Yazami ?
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Driss El Yazami,
président du CCME, ne sest pas fait que des amis parmi les MRE.
(TNIOUNI)
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Le Conseil de la communauté marocaine à létranger souffle sa première bougie. Pour les acteurs associatifs de la diaspora, déçus, lheure nest pas à la fête. Bilan.
Driss El Yazami, le président du Conseil de la communauté marocaine à létranger (CCME), semble avoir lart de fâcher ceux qui attendent le plus de lui : les MRE (Marocains résidant à létranger). Deux exemples récents soulignent la maladresse de sa communication. Le 11 novembre, El Yazami est à Washington pour rencontrer des Marocains |
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des Etats-Unis. Le meeting ne rassemble guère plus de douze personnes, mais une gaffe du président du Conseil la vite rendu célèbre sur Youtube. Lorsquon a rappelé à El Yazami la revendication de certains MRE, qui voudraient que laéroport de Bouarfa, dans lOriental, utilisé pour des vols irréguliers et privés vers le Moyen-Orient, relie aussi lAmérique du Nord, il a éclaté de rire. Les habitants de Bouarfa nont pas vraiment apprécié. Plusieurs déclarations dEl Yazami ont également choqué, comme : Les associatifs qui sont mécontents du CCME ont des intérêts personnels. Certains veulent seulement être représentés au Parlement. La phrase montre le fossé entre les aspirations des MRE à une vraie représentation politique et le CCME tel quil sest concrétisé : rien de plus quune instance de consultation, de prospection et de dialogue, comme déclarait El Yazami après lassemblée générale de juin.
Trois semaines plus tard, le 2 décembre, cest à Utrecht que le président du CCME cause un petit scandale lors de la première rencontre organisée par le Conseil avec des leaders associatifs aux Pays-Bas. Jamal Ryane, président de la Plateforme intercontinentale des MRE, raconte : Alors que la réunion avait déjà commencé, El Yazami a soudain demandé aux médias présents de sortir. Vous imaginez limage du Maroc que cela donne aux Hollandais ! Pourquoi un tel geste ? Il voulait sans doute éviter les questions gênantes quauraient pu lui poser les journalistes hollandais, sur les imams, la double nationalité, etc. Mais cest un haut responsable, avec un statut de ministre, qui ne devrait pas ainsi jeter de lhuile sur le feu, estime Saïd Charchira, directeur du Centre européen détudes et danalyses sur les migrations à Düsseldorf.
Rejet unanime
Ces problèmes de communication du CCME avec les communautés marocaines des différents pays viennent sajouter au malaise causé par les désignations des membres. Les acteurs associatifs interrogés disent ne pas comprendre le choix des personnes nommées pour représenter leur pays daccueil et rejettent massivement le CCME. Exemple : les réunions organisées par le Conseil sont ignorées et des manifestes sont publiés sur Internet. Une pétition, préparée par une coordination européenne (dont la Plateforme intercontinentale) pour le 18 décembre, à loccasion de la Journée internationale du migrant, demande même la dissolution du CCME.
Certaines associations réfléchissent à la possibilité de créer un Conseil alternatif, comme le projet dun Conseil démocratique civil des Marocains du monde, initié par lAlliance mondiale des Marocains de létranger (Amomé), qui siège en Belgique. Car au-delà des impressions négatives, beaucoup dorganisations ont publié une argumentation solide contre le CCME. Le premier faisceau de critiques concerne les modalités de sa création, notamment labsence délection de ses membres. Comme beaucoup dassociatifs, Latifa Aït Baâla, porte-parole de lAmomé, fait un constat accablant : La lettre et lesprit du discours royal de 2005 ont été bafoués. Le Conseil est dénué de fondement démocratique puisque non élu et non représentatif des MRE. Les désignations ont été faites selon le principe du copinage, additionné de quelques sommités. La plupart des membres nont pas de lien solide avec les communautés. Les femmes et les jeunes sont sous représentés, contrairement aux promesses du discours royal.
Aucun rapport dactivité
Mais depuis la création du Conseil, bien dautres griefs se sont ajoutés, notamment au sujet de son fonctionnement. Le moins quon puisse dire est quil na pas démarré sur les chapeaux de roue. Non seulement les 13 membres manquants (sur les 50 prévus par le dahir) nont toujours pas été nommés, mais la première et unique assemblée générale na eu lieu que six mois après la création du Conseil, remarque Abdelkrim Belguendouz, chercheur à lUniversité Mohammed V de Rabat et spécialiste des migrations. Cest apparemment lors de cette assemblée, les 6 et 7 juin dernier, que la plupart des membres se sont rencontrés pour la première fois. Avec un ordre du jour essentiellement consacré à des tâches introductives (règlement intérieur, budget
), laction la plus concrète a été la mise en place de six groupes de travail. Et depuis ? Le Conseil donne du temps au temps : les groupes de travail ont jusquà janvier 2010 pour rendre un rapport. Les activités en cours consistent en des apparitions à divers séminaires où le CCME est partenaire, des voyages à létranger. Pour le reste, cest surtout beaucoup deffets dannonce, estime le chercheur. Il cite en exemple les consultations des partis politiques annoncées pour septembre, ou bien létude comparative des droits politiques des ressortissants émigrés dans le monde annoncée depuis juin (en fait un travail commandé à une chercheuse).
Fait révélateur, résume-t-il, la réunion annuelle, que le dahir impose au mois de novembre, na même pas eu lieu. Il ny a donc eu, à ce jour, aucun rapport dactivités, alors quil sagit tout de même dune instance au budget de 45 millions de dirhams (qui devrait passer à 49 pour 2009). Finalement, ce Conseil qui fonctionne au ralenti, aux objectifs peu définis, et qui nest censé prendre sa forme définitive que dans trois ans, sest tellement éloigné des aspirations de participation citoyenne des MRE quil semble avoir aggravé la situation. Le CCME est contre-productif : au lieu de fédérer les MRE, il est en train de les diviser, estime Aït Baâla. Et la responsable associative dexpliquer : Certains se sont sentis méprisés et, en réaction, se détournent de leur engagement envers le Maroc. Je connais lexemple de militants de la marocanité du Sahara qui ne veulent plus simpliquer dans cette cause. |
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Représentation politique. Histoire dun projet avorté
Journée internationale contre l hogra du Maroc à légard des MRE : cest une étrange commémoration que plusieurs associations belges ont inaugurée le 26 octobre 2008, en organisant un sit-in devant lambassade marocaine de Bruxelles. Elles voulaient en effet exprimer leur colère, née le 26 octobre 2007, jour où le Conseil consultatif des droits de lhomme (CCDH) a remis son avis au roi concernant la création du CCME. Deux ans auparavant, le discours royal fondateur du 6 novembre 2005 avait suscité beaucoup despoir en annonçant la création dun Conseil supérieur des MRE, constitué de façon démocratique et transparente, et bénéficiant de toutes les garanties de crédibilité, defficience et de représentativité authentique. Mais les MRE doivent attendre le discours 2006 pour apprendre que le souverain confiait au CCDH le soin de plancher sur la création dudit Conseil, puis encore un an avant le discours du 6 novembre 2007, qui reflète lavis du CCDH. Le ton a changé : tout en affirmant que cest dune instance représentative quil sagit, Mohammed VI ne parle déjà plus de Conseil supérieur, mais dune formule transitoire (pour une période de 4 ans ), cest-à-dire un Conseil formé de membres désignés. Le dahir qui suit, le 21 décembre, augmente encore la déception des MRE : bien loin du projet initial, le CCME sera uniquement consultatif, émettant des avis sur les sujets concernant la communauté de létranger. La participation politique nest plus quun sujet de recherche parmi dautres
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