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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Proche-Orient. L’Intifada des colons

(AFP)

La police israélienne a évacué les ultranationalistes retranchés dans “la maison de la discorde” à Hébron, devenue le théâtre d’exactions contre les Palestiniens.


La crise d’Hébron couvait depuis longtemps. Haut lieu de tensions entre Palestiniens et Israéliens depuis son occupation en 1967, la ville a été au centre d’un accord en 1997, aux termes duquel Israël avait évacué 80% du territoire. Mais l’Etat hébreu occupe toujours une enclave où plusieurs centaines de colons vivent sous protection de l’armée,
retranchés au milieu de plus de 150 000 Palestiniens. Depuis mars 2007, des colons juifs occupent un édifice de quatre étages dans cette ville symbolique de Cisjordanie, qui abrite le Tombeau des Patriarches, un lieu saint vénéré par juifs et musulmans. Surnommé Beit Hashalom (maison de la paix) par les colons, le bâtiment n’a pas tardé à être rebaptisé “maison de la discorde” par les médias.

Le lieu a été l’objet d'une polémique entre un homme d'affaires juif américain qui prétend l’avoir acheté 700 000 dollars et se prévaut d'un acte de propriété, et un Palestinien qui conteste la vente. En novembre, la Cour suprême israélienne a tranché : elle affirme que le document d’achat est faux et ordonne l'évacuation dans les trois jours de la maison. Les colons ne doivent pas “appliquer leur loi en occupant une propriété contre la volonté de son propriétaire”, a estimé la Cour dans son jugement. Mais ces derniers étaient bien décidés à rester : “Le combat pour cette maison est en réalité le combat pour toute la terre d'Israël”, a proclamé le rabbin Dov Lior, principal dirigeant spirituel de l'extrême droite nationaliste.

Evacués un par un
Forts du soutien d’un autre rabbin, également député du parti ultraorthodoxe Shass, venu s’installer avec eux dans la maison, les quelque 250 colons se sont livrés, pendant quelques jours, à des actes de provocation, attaquant des Palestiniens et leurs propriétés. Jusqu’à ce que les forces de l’ordre, accusées de passivité, décident finalement d’agir : jeudi 4 décembre, une centaine de policiers et garde-frontières d'une unité d'élite antiterroriste pénètre dans le bâtiment. En une heure, les occupants sont évacués, traînés vers l'extérieur. Les policiers, qui ont pris les occupants par surprise, ont utilisé des grenades lacrymogènes pour neutraliser les colons avant de souder les portes du bâtiment. Les heurts ont fait une vingtaine de blessés légers parmi les forces de l'ordre et les manifestants. Des colons en colère se sont ensuite livrés à une série d'actes de vandalisme à l'encontre de Palestiniens à Hébron, détruisant des oliveraies, jetant des pierres, tirant en direction des maisons. Bilan : trois blessés par balle et au moins deux maisons incendiées. L'armée finit par décréter le secteur zone militaire fermée, interdisant aux colons juifs l'accès aux quartiers palestiniens de la ville.

Perte de contrôle
La violence a été telle que le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a qualifié les exactions perpétrées contre les Palestiniens de pogroms. “J'ai honte de ces scènes de juifs ouvrant le feu contre des arabes innocents à Hébron. Il n'y a pas d'autre définition que le terme pogrom pour qualifier ce que nous avons vu”, a-t-il affirmé. Et d’ajouter : “Nous sommes les fils d'une nation qui sait ce qu'est un pogrom, et je prononce ces mots après y avoir mûrement réfléchi”. Après ces exactions, Hébron apparaît comme le symbole de la dégradation de la situation en Cisjordanie. Les violences montrent aussi le refus du camp ultranationaliste de tout démantèlement de colonies occupées en Cisjordanie, ainsi que le caractère presque incontrôlable des colons radicaux. Des responsables parmi ces colons eux-mêmes se sont inquiétés d'une “perte de contrôle” sur les jeunes extrémistes, tandis que la presse est quasi unanime pour reprocher aux autorités leur inaction et leur laxisme. L'un des colons radicaux de Kyriat Arba a fait scandale en souhaitant aux soldats israéliens de mourir ou d'être enlevés par des Palestiniens, comme l’a été le jeune caporal Gilad Shalit, aux mains du Hamas et de deux autres groupes armés palestiniens depuis juin 2006.

 
 
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